Propos préalables sur la médiation

Propos préalables sur la médiation

 

La relative nouveauté de la médiation thérapeutique nous impose avant toute chose de repérer que le concept générique de  » médiation  » tout comme la réalité à laquelle il semble renvoyer ont subi une évolution et une extension qui ont conduit à des déformations tout à fait considérables. Cette profusion rend parfois difficile la tâche de rassemblement de ces pratiques éparses sous la même appellation. Comme de nombreux termes employés couramment, le mot médiation a été progressivement tiré de son domaine d’origine et il a été transplanté hors de son champ d’application pour être utilisé aujourd’hui dans toutes les conversations. Ce qui donne l’impression que le terme a été vidé de son sens pour recouvrir  » toute pratique relationnelle constituée autour d’un objet « . Or, à y regarder de plus près il existe bien de grandes différences entre la  » médiation familiale « , la médiation thérapeutique et un  » médiateur numérique « . L’utilisation d’un mot étant un signifiant de la réalité à laquelle il renvoie, il nous incombe de pouvoir resituer ce que nous déposons dans ce terme.

La prolifération des terminologies référées à la médiation ainsi que les enjeux institutionnels poussant à recourir à ce type de démarche thérapeutique impliquent de définir d’abord de quoi nous parlons lorsque nous employons le terme de médiation mais également ce que nous entendons  » mettre au travail  » au sein de ces dispositifs. En effet, la terminologie  » médiation  » tente de faire la synthèse d’une très grande variété de pratiques dont certaines sont réalisées sans soubassements théoriques suffisants ou encore avec des postures cliniques forts discutables au point que certaines s’opposent entre elles en fonction des implicites théoriques des  » concepteurs  » de l’atelier en question. Nous pouvons remarquer que la multiplication des pratiques associées à la médiation à produit un effet kaléidoscopique qui a conduit à une multiplicité et à une diversification de  » l’offre de soin « , mais sans toujours s’articuler avec les enjeux des problématiques prises en charge et sans toujours articuler les diverses pratiques entre elles. Ceci peut parfois donner l’impression qu’il est possible de faire de la médiation de tout et qu’il est possible de proposer toutes les médiations possibles. Cette remarque se trouve à mi-chemin entre la vérité et l’erreur d’interprétation. En effet, la pratique de la médiation semble ne pas encore avoir trouvé de limite quant à l’objet utilisé en tant que  » médiateur « . De plus, s’il est effectivement possible à priori de mettre en place un atelier à médiation à partir de tout type d’objet, cela suppose que toutes ces pratiques renvoient à un même ensemble cohérent. A l’inverse, si une pensée générale de la médiation est en train d’émerger elle ne s’oppose pas à une déclinaison de certains éléments en fonction de la particularité de la problématique des patients ou encore des propriétés de l’objet utilisé.

Ensuite, il semble essentiel de définir ce qui relève de la médiation dans une pratique éducative ou pédagogique de la médiation thérapeutique qui ne repose pas tout à fait sur les mêmes soubassements conceptuels et cliniques. Entreprendre une médiation artistique ne suppose pas les mêmes attentes qu’une médiation thérapeutique. Faire une médiation éducative ne repose pas tout à fait sur les mêmes principes que dans le cadre d’une médiation thérapeutique.

Dire que l’on fait une médiation ne signifie pas que l’on fait de la médiation.

Dire que l’on fait de la médiation par l’art ne signifie pas automatiquement que l’on se trouve dans le champ de la médiation thérapeutique.

Dire que l’on fait de la médiation éducative s’oppose sur certains points à la médiation thérapeutique.

D’un côté, il ne suffit donc pas de proposer un objet pour que la fonction médiatrice ou la fonction thérapeutique opère de fait. L’objet de médiation ne saurait avoir en lui-même un pouvoir  » magique « . En effet, le  » pouvoir  » opérant de la médiation passe par un invariant : le recours à la sensorimotricité et le passage des organes des sens à la mise en mots. A l’inverse, la proposition d’un objet de médiation ne saurait être uniquement un  » prétexte  » à l’échange ou relever d’un simple support relationnel qu’elle permettrait de convoquer et de soutenir. Afin d’éviter les écueils consistant soit à fétichiser l’objet ou soit au contraire à négliger le recours à ses modalités sensorielles spécifiques, nous devons nous référer à une conceptualisation de base de ce qui se joue afin de pouvoir après-coup proposer une lecture des processus psychiques convoqués par l’activité.

D’un autre côté, si la conceptualisation de la médiation thérapeutique a atteint un degré de maturité qui permet de trouver une base commune, cela n’empêche pas d’enrichir la théorie à partir de la pratique et de proposer des inflexions qui permettront de prendre davantage en compte les éléments de souffrance du patient. En effet, l’émergence d’un modèle de la médiation pose toujours le problème d’un risque de fétichisation de la conceptualisation et d’un enfermement autour d’une approche. Ainsi, le fait de faire preuve d’inventivité dans sa pratique ne s’oppose pas avec une démarche de complexification de ce qui a déjà été écrit sur la médiation, ce qui suppose une articulation minimale avec les grandes lignes du travail thérapeutique médiatisé. Il convient donc de pouvoir situer une histoire de la médiation, une méthodologie fondamentale, des hypothèses de bases ainsi qu’une idée des processus sous-jacents en fonctions de certains objectifs. Le développement d’une pratique à médiation à partir d’un nouvel objet implique par conséquent un travail d’articulation et de maillage entre l’héritage des modèles sur lesquels elle repose et les nouveaux éléments que cette pratique permet d’observer. Par ailleurs, pour ceux des praticiens pour qui la médiation constitue une nouveauté, la simplicité apparente de sa mise en place liée à paradoxalement à l’hyper-complexité des processus engagés nous invite à une revue de la question à travers un ensemble de concepts qui convoquent cette pratique ou alors qui en découlent. Ceci afin d’éviter de tomber dans une simplicité qui consisterait à penser que le plaisir partagé suffirait à  » opérer  » dans l’atelier. En effet, si le travail de médiation thérapeutique repose sur un principe de soutien d’un suffisant plaisir à être à travers une modalité d’échange de mise en commun d’une activité ludique, il s’agit là d’un point commun avec de nombreuses autres activités qui ne tiennent ni compte du transfert ni des enjeux de tension nécessaire pour la mise en mouvement d’une dynamique thérapeutique. La recherche de plaisir ne saurait être le seul élément pouvant servir de repère aux animateurs. C’est d’abord et avant tout ce à un Jeu de passé et de présent, d’actualisation et de virtualisation, de tension à plusieurs niveaux qui permet l’élaboration d’une position thérapeutique. Il s’agit donc ici de reprendre les grands principes qui régissent la médiation thérapeutique depuis son commencement afin de proposer une conceptualisation d’ensemble suffisamment souple mais à l’épreuve de la critique pour servir de support et de boussole aux praticiens impliqués au sein de ces dispositifs.

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