La Cyberdépendance : histoire, principes et critiques

​La Cyberdépendance



De manière générale, la multiplication des termes utilisés pour décrire ce phénomène traduit un manque de consensus dans ce domaine. La conceptualisation la plus répandue encore actuellement est celle de la cyberdépendance. Certains auteurs ont repris points par points les critères de la dépendance du DSM-IV (préoccupation, désir persistant, irritabilité, augmentation de la durée, perte des autres investissements, persistance de la pratique malgré les répercussions négatives, mensonges) auxquels ils ajoutent l’utilisation à des fins d’auto-médication, afin d’effectuer un rapprochement avec le concept de cyberdépendance. D’autres auteurs ont ajoutés un ensemble de facteurs associés qui se sont agglutinés autour de ce noyau central au titre de facteurs de commorbidité. Ces éléments ont été renforcés par les travaux d’autres auteurs qui ont proposé des outils d’évaluation de la cyberdépendance. Citons parmis eux le Internet Addiction Test (IAT) qui est composé de 20 Items ou encore le Chen Internet Addiction Scale (CIAS) qui en comprend 26 sur une échelle de 4 points.

Un des modèles les plus récents est celui de Davis qui propose une approche cognitivo-comportementale de l’Utilisation Problématique d’Internet. Cet auteur avance l’idée selon laquelle l’UPI surviendrait à la rencontre de plusieurs facteurs tels que la cognition inadaptées et des effets de comportements qui renforcent ou non  la symptomatologie, mais également d’une psychopathologie pré-existante dont les manifestations se trouvent accentués par des « stresseurs ». 
Objections et critiques du concept de cyber-dépendance
Les critiques du concept de cyberdépendance relèvent de trois points principaux.

Premièrement, le concept de cyberdépendance est beaucoup trop large pour pouvoir rendre compte de la réalité de la souffrance des utilisateurs et de son sens. Conscient de ce biais, certains auteurs proposent de mieux définir le champ d’application du concept de cyberdépendance et d’ouvrir sur une complexification de la réalité à laquelle ce terme renvoie. En effet, le concept fait presque exclusivement référence à l’utilisation d’Internet tandis qu’il existe peu de littérature sur les pratiques hors-ligne. 

Deuxièmement, certains auteurs montrent que les mécanismes typiques aux jeux de hasard et d’argent, et dont les critères avaient été mis de côté par  K. Young dans son étude princeps, s’ils relèvent particulièrement du champ du jeu pathologique, ne sont pas spécifiques à Internet et à la cyberdépendance. De plus, si Internet est un média potentiellement addictogène qui renforce les autres dépendances, cela ne fait de la version « Internet » des jeux d’argent ou de pari en ligne des addictions encore plus fortes que leur version sociale. Ajoutons qu’il existe des personnes qui ne sont pas addictés à Internet mais qui peuvent utiliser ce média en rapport avec d’autres addictions. Enfin, d’autres auteurs proposent tout simplement de renoncer à utiliser le terme d’addiction à Internet en raison de son aspect trop vague et non-spécifique. Ils mettent en avant le besoin de préciser le concept et lui préfère par exemple celui d’addiction à des activités en ligne spécifiques. Il préconise de faire la part entre ce qui relève de l’usage d’Internet en soi, du jeu d’argent et de hasard qu’il soit pratiqué en ligne ou dans le monde réel et du jeu vidéo (en ligne ou hors-ligne) sans composante financière. 

Troisièment, les travaux de recherche mettent en avant un paradoxe dans la manière d’aborder la cyberdépendance. En effet, certains auteurs ont tendance à critiquer les démarches visant à proposer des critères diagnostiques de la cyberdépendance alors qu’ils ont eux-mêmes recours à des comparaisons avec les critérisation reconnus de la dépendance. Ainsi, il est très difficile de sortir de ce raisonnement consistant à dire que la cyberaddiction est un phénomène nouveau méritant un regard nouveau mais qu’à la fois il peut appartenir au domaine des addictions qui, elles sont en partie définies par des critères stricts plus anciennement établis. Par conséquent, il semble que la question des pratiques problématiques sur Internet ne puisse encore être pensé en dehors des modélisations de la dépendance. 
Pour conclure sur la Cyberaddiction et la Cyberdépendance
Le concept de cyberaddiction n’est pas reconnu comme un trouble mental ni dans le DSM, ni dans la CIM établie par l’OMS car les auteurs ne sont encore parvenus à dégager un consensus sur sa critérisation. Bien que certains auteurs remarquent l’existence d’une réalité clinique spécifique à une dépendance à Internet (Griffiths, 2000 ; Nadeau et al., 2011 ; Vaugeois, 2006), d’autres invitent à aborder les pratiques problématiques d’Internet sous angle tout à fait nouveau, notamment en raison des mutations sociétales en cours. En effet, par exemple, les critères de durée qui ont été posés dès le départ par dans les travaux de K. Young étaient sans doute pertinents à l’époque, en raison des conséquences financières qu’impliquait la tarification à la minute. Cependant, ils ont perdus quelque peu de leur spécificités dans la mesure où les modalités d’utilisations des objets virtuels-numériques sont passées du limité à l’illimité.

Bibliographie
Chen, S. H., Weng, L. C., Su, Y. J., Wu, H. M., & Yang, P. F. (2003). Development of Chinese Internet Addiction Scale and its psychometric study, Chinese Journal of Psychology, 45, 279-294. 
Davis, R., (2001). A cognitive-behavioral model of pathological Internet use, Computers in Human Behavior, 17, 187-195. 
Griffiths, M. D., (2000). Does Internet and computer “addiction” exist? Some case study evidence, Cyberpsychology & Behavior, 3, 211-218. 
Griffiths, M. D., (2003a). Videogames: advice for teachers and parents, Education and Health, 21, 48-49. 
King, D. L., Delfabbro, P. H., (2013a). Issues for DSM-V: video-gaming disorder?, Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 47, 20-22. 
Nadeau, L., Acier, D., Kern, L., & Nadeau, C.-L. (2011). La cyberdépendance : état des connaissances, manifestations et pistes d’intervention. Montréal, Québec : Centre Dollard-Cormier-Institut universitaire sur les dépendances. 

http://www.centredollardcormier.qc.ca/cdc/documents/cybercomplet.pdf
Starcevic, V., (2013). Is Internet addiction a useful concept?, Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 47, 16-19. 
Taquet, P., (2014). Addiction au jeu vidéo : processus cognitifs, émotionnel, et comportemtaux impliqués dans son émergence, son maintien et sa prise en charge. Thèse de Doctorat en Psychologie, Unité de Formation et de Recherche, Université Lille 3, Soutenance le 10 Avril 2014, Lille, p. 64.
Vaugeois, P. (2006). Cyberaddiction : Fundamentals and Perspectives.Montréal, Centre québécois de lutte aux dépendances. 
Young, K. S., (1998b). Caught in the Net: How to recognize the signs of Internet addiction and a winning strategy for recovery. New York : John Wiley. 

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