Avengers 2 : lecture psychanalytique

Avengers 2 : lecture psychanalytique

pré-hisoire, fantasmes du bébé non-viable, fantasme de scène primitive, double transitionnel et apparition du Soi…ou l’émergence des fondements la réflexivité.

 
Le film Avengers 2 nous invite à un voyage post-moderne au sein des fantasmes invariants et universels qui habitent l’esprit de l’homme et dont la psychanalyse nous a appris le décryptage. Je vous propose ici d’analyser, de décoder et de décortiquer ensemble la trame du film afin de révéler une part des idées latentes de cette oeuvre et de montrer en quoi les grands mythes repérés par la psychanalyse sont, en dépit des attaques répétées dont elle fait l’objet par des gens qui ne l’ont pas lu ou qui l’ont mal lue, universels et intemporels, au point qu’il n’est pas besoin d’aller les chercher dans de vieux grimoires pour les retrouver mais de tout simplement aller voir un film de science fiction au cinéma.

En voici un bref billet à travers lequel nous aborderons en plusieurs étapes le point central autour duquel gravite tout le film, à savoir, l’apparition du soi corporel comme lieu d’origine du soi émergent (D. Stern) et un territoire d’apparition de la réflexivité. Ceci tournera autour de la figure charismatique et dédoublée de Ultron, fils auto-engendré de Ironman, issu d’une conception déniant la différence des sexes.

 

Préhistoire, fantasme du bébé non-viable et fantasme scène primitive

 

Prologue : une fécondation difficile et un début de scène primitive voilée

 

La métaphorisation particulièrement tissée qui est offerte par le film Avengers 2 nous permet de voir tout d’abord le lien entre la préhistoire de l’individu, les fantasmes et le berceau psychique qui le précède ainsi que les angoisses sous-jacentes.

Le film commence directement dans l’action avec une guerre ouverte entre le groupe des Avengers et Hydra, la société jumelle et maléfique du Shield. Nous comprenons que les hommes d’Hydra qui était sur un projet d’envergure viennent d’être repéré et que leur présence a été découverte dans une petite ville reculée, dont le nom évoque celui d’une ville polonaise tristement connue du fait de l’épisode Nazi. Le film débute donc en pleine bataille.  Les premières scènes suggèrent une forme de ballet des corps et d’interaction dont la mise en scène s’avère proche d’une forme d’hyper-scénarisation d’un coït de groupe en extérieur, violent et particulièrement destructeur. Les effets spéciaux et les cascades traduisent un entremêlement particulièrement fluide et brutal. Le film nous amène progressivement à comprendre que les Avengers convergent vers un point centrale de la géographie des lieux : une sorte de château fortifié situé sur une colline, peu accessible. Petit à petit l’attention de la caméra se focalise sur la trajectoire de Ironman qui, semblable à un trait lumineux, se fraye un chemin plus vite que les autres, comme un spermatoïze trainant derrière lui son flagelle et la trace lumineuse de sa trajectoire presque divine. Alors qu’il arrive presque au contact de la bâtisse, Ironman se cogne hélas contre un mur invisible, une sorte de bouclier électromagnétique qui entoure tout l’édifice et empêche quiconque d’y pénétrer. Nous avons ici d’emblée une métaphore de la version biologique de la procréation. La scène se déroule dans une forêt hostile peuplées d’obstacles et d’ennemis et le héros tente de se frayer un chemin. Le bouclier constitue ici une métaphore de la barrière de l’ovocyte dont la membrane protectrice est lysée par le spermatozoïde qui peut ensuite pénétrer et fusionner avec le noyau afin de former la cellule-oeuf. Ironman est alors le seul à déposer un explosif sur l’édifice, qui annule et désactive son bouclier sans rien n’abîmer de la matérialité de la demeure. Comme le spermatozoïde qui pénètre seul l’ovule, Ironman entre dans la bâtisse et se confronte à quelques hommes armés dont il se défait rapidement. Puis, il quitte son Armure et en sort comme on s’extirpe d’une peau de chrisallide. Il ordonne à son armure de se transformer en double-sentinel, puis il demande à Jarvis, l’intelligence artificielle qui le seconde dans ses missions, de scanner toute l’infrastructure, ce qui lui permet de détecter la présence d’une porte blindée et dérobée. Autrement dit, sans l’intervention de l’intelligence artificielle Ironman n’aurait pas vu du tout la porte blindée et dérobée. L’atmosphère est sombre, silencieusement angoissante et Ironman qui parle tout seul à ce moment-là laisse entendre qu’il y a quelque chose de plus que ce qu’ils sont venus chercher. Il y a une énigme et un mystère qui se cache derrière cette porte. Il se dirige alors dans un couloir qui n’est pas sans rappeler à la fois quelque chose d’étroit et quelque chose qui traduit un passage. Nous avons ici une mise en scène d’un fantasme de scène primitive :la porte blindée représentant la porte fermée et indétectable de la chambre parentale. Cela laisse supposer que nous assistons à ce moment-là à une figuration scénique d’une scène primitive dont l’accès est au départ barré et qui ensuite s’avère être une porte ouverte sur un couloir lugubre.

Tony Stark découvre alors le fruit des recherches de l’équipe des Advengers : le Sceptre de Locki qui trône non loin au milieu des vestiges de la précédente guerre avec les ennemis extra-terrestres appelés les Shitori. Ce sceptre aux pouvoirs magiques figure une sorte d’objet phallique triomphant tel le seul objet d’accès à la jouissance et au pouvoir.

Au moment où il signale aux autres membres de l’équipe qu’il vient de trouver le  » Graal « , nous voyons Tony Stark être attaqué silencieusement et par derrière par une jeune femme dites  » optimisée « , qui dispose de pouvoirs mutants. Dotés de capacités mentales et télékinétiques cette nouvelle ennemie discrète distille dans l’air avec ses mains ce qui fait penser à des phéromones semblable au poison employé par Poison Ivy (Uma Turman) dans le film Batman. Ce pouvoir de suggestion sensorielle lui permet de plonger Stark temporairement dans une situation hallucinatoire. Cette scène de transfert sans contact corporel d’un fluide psychique rougeâtre qui passe des mains de cette femme par les voies aériennes jusqu’à s’intégrer en Stark constitue une figuration d’une forme primitive de scène de conception désincarnée, sans toucher, sans échange de fluide corporels, comme une métaphore d’une théorie sexuelle infantile basée sur une pure abstraction du corps. Elle représente également une forme archaïque d’un fantasme de séduction et d’attractibilité du processus hallucinatoire, figurant la phrase de S. Freud, reprise bien plus tard par J. Laplanche de la « mère comme première séductrice » et d’une forme de « séduction généralisée ». Ironman souffrant du traumatisme de guerre, à la fois du précédent épisode de cette série de film et de sa propre histoire singulière, cette mutante le processus hallucinatoire qui lui fait éprouver une expérience proche d’une hallucinatoire psychotique dans laquelle il voit et même touche certains de ces collègues morts.  Seulement le film nous suggère que ce parasitisme de l’esprit de Stark par le fluide vaporeux de la mutante n’est pas une pure invention qu’elle lui fait halluciner comme dans les cas où l’on créé une situation purement factice. Elle ne fait plutôt que catalyser un révélateur des angoisses passées de Stark qu’elle lui fait vivre comme un matériel projeté : Stark fait l’expérience d’un rêve éveillé de forme psychotique, il fait une reviviscence d’une expérience agonistique. Elle exploite ainsi sa crainte de l’effondrement (D. Winnicott) en faisant voir à Stark un effondrement futur qui s’est déjà produit en lui et qu’il voit comme un épisode futur de sa vie par projection mentale. Cette actualisation des angoisses d’effondrement et de mort qui habite le fond de l’esprit de Stark apparaissent au moment où dans le film il vient juste de quitter son armure qu’il a laissé dans une autre pièce et qu’il se trouve isolé des autres membres du groupe qu’il visite. Ainsi privé de l’enveloppe groupale et de sa matérialisation dans son moi-peau mécanique et métallique Ironman devenu simplement Tony Stark se trouve dénudé comme un fil électrique mis à nu sous tension : cette scène semble illustrer la perte chez Ironman de sa seconde peau de substitution ou plutôt du feuillet d’excitation de son Moi-peau (D. Anzieu) ou encore de son enveloppe visuel du Moi (G. Lavallée) qui, nous l’avons vu dans le Ironamn 3, relève d’un contenant vital lorsque ses angoisses surviennent. Sans cette enveloppe pare-excitante tantôt groupale tantôt non-vivante-animée (l’armure), Ironman fait l’expérience d’une confusion mentale liées à ses fantasmes de toute puissance technologique. Il redevient alors Tony, un être aux prises avec des processus hallucinatoires sous-jacents sub-délirant où tout s’inscrit dans le marbre avec une fidélité indésirable comme si tout faisait trace sans possibilité de refoulement ou d’a-mor-ti. Dépouillé de ce cadre prothétique protecteur et anti-psychotisant, Stark est alors vulnérable à une externalisation de ce contre quoi il lutte depuis toujours : une angoisse d’effondrement mortifère du fait de l’intériorisation d’un objet primaire inanimé, gravement dépressif et in-réanimable, à l’origine de son alcoolisme. Ce processus d’hallucination-perceptive constitue la première étape du film et il traduit l’entrée dans une position mégalomaniaque et paranoïde qu’il contribue à positiver dans le but de lutter contre l’attrait d’une zone mélancoliforme de sa réalité psychique. Nous retrouvons le même fantasmes de crainte de l’effondrement et de tentative de son évitement qui conduit en fait à sa réalisation dans le film Starwars épisode 3 où Anakin Skywalker est le propre artisan de sa chute et de la destruction qu’il pensait conjurer en agissant.

Les Avengers étant venu chercher le fameux et très convoité spectre de Locki, le  » grand bâton  » du défunt frère divin de Thor, ils retournent tous ensemble à leur QG avec l’idée enfin de dissoudre leur équipe du fait du démantèlement du Shield et de Hydra, puisque la raison d’exister du groupe disparait. Probablement affecté par la prochaine dissolution du groupe contenant, Stark, déjà sous l’emprise du pouvoir attracteur du sceptre, parvient de manière très séductrice à convaincre Thor de lui laisser,  » avec son autorisation de dieu « , trois jours pour pouvoir un peu l’étudier avant de l’emmener sur Asgard.

Peu après, les héros se trouvent rapidement dans le laboratoire de Stark. C’est alors que celui-ci (Stark est le double de Trask des Xmen dont les « sentinelle » conduisent à l’extinction des mutants), parvient à convaincre Bruce Banner alias Hulk d’utiliser le pouvoir du sceptre dont il a découvert un  » ôte caché « . En effet, l’écrin du sceptre contient une intelligence artificielle dont Stark projette la représentation figurative dans l’espace en côte-à-côte de celle de Jarvis, son fidèle compagnon désincarné qui l’assiste dans ses travaux. Nous voyons alors une scène où se trouve, face à face deux hommes et deux représentations de cellules primitives de nature informatique. Banner remarque que l’intelligence artificielle extra-terrestre est plus important mais également doué de synapses en mouvement perpétuel. Cette scène représente ici une forme d’écho-graphie pré-natale dans laquelle deux parents seraient en train de parler de leur bébé à venir, le rendant ainsi présent malgré l’absence. Mais ce projet de bébé a été essentiellement pensé en solitaire par Tony Stark qui, sous couvert de vouloir enfin passer la main et se retirer de son job de super-héros, a fomenté tout seul dans un coin le projet d’une création parfaite au service de l’humanité, mais qui constitue en réalité une tentative d’incarnation de son génie dans une enveloppe immortelle.

Stark a demandé à Jarvis d’analyser la composition du sceptre mais celui-ci dit qu’à part sa nature extra-terrestre il ne peut pas  » quantifier  » les éléments qui le composent : nous sommes alors devant le mystère des origines de la conception et des états de la matière. Peut-être est-ce également là une forme archaïque de signification de l’ignorance du pouvoir fécondant du sceptre chez Stark qui se trouve dans une position phallique et mégalomaniaque.

Pris dans ses angoisses d’un avenir dont il serait le seul responsable meurtrier, Stark s’appuie sur des arguments sécuritaire pour tenter de convaincre Banner d’introduire (fantasme de pénétration) la petite graine de l’intelligence artificielle extra-terrestre dans son système et de la coupler avec l’interface de son projet qu’il a nommé Ultron (Ultra-électron ?).

Ce qui se noue est ici très intéressant. Les deux hommes tentent d’assembler ensemble et d’intégrer à l’interface Stark cette nouvelle intelligence artificielle mais en vain. Quelque chose leur manque et ils ne savent pas quelle « formule » utiliser pour réussir l’intégration. Le modèle n’est pas viable. Découragé face à ce projet d’enfantement avorté, ils décident de rejoindre les convives de la soirée qui est organisée pour l’occasion, laissant le soin à Jarvis de poursuivre les tentatives de trouver un langage d’interface commun qui permette une intégration fécondante du programme informatique. Durant, la soirée, tous les hommes palabres et conversent entre eux. Nous apprenons que la chère secrétaire préférée de Stark, Pepper, la femme piquante et brulante qui l’a sauvée dans le Ironman 3, n’est pas là. Elle ne fait même aucune apparition dans le film. Ensuite, la petite amie de Thor est également évoquée comme une absente. Les femmes ne sont pas de la partie sauf l’agent Romanov qui, et c’est là une nouveauté, fait cette fois clairement des allusions sexuelle à Hulk, le monstre vert de son cœur. En effet, elle dit à Bruce Banner quelque chose qui signifie clairement son désir sexuel, lui répondant à de dernier qui lui a dit  » mais il ne t’a encore rien fait ? (en parlant de lui à la troisième personne),  » J’espère qu’il me feras bientôt quelque chose « . Pour résumer, nous avons une scène de discussion d’un projet de fondation procréatrice entre deux hommes, un échec de comptabilité, puis une soirée festive avec une quasi-absence des femmes, que le spectateur pouvait pourtant attendre. Les femmes ne sont pas là lorsqu’on les attend ou du moins il y a ici un message sur l’exclusion de la femme de la scène de la conception. A l’inverse ou plutôt en contraste, l’une des rares représentante du sexe féminin à être présente est « prises » par un autre. En effet, les propos de l’agent Romanov, alias la veuve noire, sont clairs en termes de contenus érotiques qui suggère naturellement une scène sexuelle potentielle à venir avec Banner.

L’ensemble du film dresse donc le tableau suivant dont nous pouvons construire une représentation META : aux prises avec des angoisses catastrophiques de culpabilité primaire d’avoir détruit le monde, un homme fomente avec un autre homme l’idée d’introduire, donc de pénétrer, une graine d’origine extra-terrestre, par une fécondation artificielle, une sorte de F.I.V. dans un système d’esprit de synthèse alors qu’il n’y a pas de femme  » libre  » dans ce projet de conception de Stark par Stark et avec Stark. Cette scène témoigne d’un fantasme de conception homosexuel entre deux hommes, dont la scène est suggérée par le discours allusif mais assez explicite d’une femme envers un autre homme. Il est intéressant d’observer que le fait que nous ne voyons à aucun moment une scène même érotique entre l’agent Romanov et Hulk suggère que nous sommes en train d’assister à une scène primitive dont nous sommes exclus tout comme les super-héros. En effet, alors que Stark se décourage devant le casse-tête et qu’il décide d’aller participer à la soirée, son I.A. continue à essayer de trouver des moyens d’intégrer le nouveau programme extra-terrestre de façon viable dans le système. Cette tentative d’accouplement et d’insémination artificielle entre deux systèmes jumeaux parle à la fois de la gémellité et du secret/sacré puisque cette opération s’effectue en catimini et alors que le reste de l’équipe des Avengers n’est pas au courant du projet de Stark. Nous sommes ici face à une figuration de la fonction homosexuelle en double de l’objet primaire (R. Roussillon), qui constitue la fonction princeps d’accès à la pensée réflexive. Par ailleurs, l’échange entre Stark et Banner nous apprend que tous deux partagent secrètement en partie un fantasme de bébé idéal (la technologie au service de la science et de la protection de l’Humanité) qui rappelle ce que nous apprenons de la position des parents qui fomentent ensemble un projet de leur futur enfant. Banner est en effet déjà au courant du projet Ultron, ce qui indique qu’il ont déjà parlé ensemble de ce projet de procréation informatiquement assistée. Tout se passe comme si nous observions dans la première partie du film une figuration scénique d’un fantasme de conception homosexuelle en double à la fois au sens génital du terme  » entre homme  » mais également au sens archaïque de l’expression c’est-à-dire  » en double  » (Stark par Stark avec Stark / Jarwi-Ultron) : nous assistons au berceau de fantasmes et de mots des parents attendant leur bébé. Stark a donc le projet d’intégrer et d’accoupler une forme de pensée hybride entre son I.A. qui est le fruit de sa propre pensée, et un autre extra-terrestre qui lui est parfaitement étrange et étranger.

Cette gestation ne sera pas longue puisque alors que le groupe se retrouve en comité restreint et s’engage dans un jeu de démonstrations viriles sur  » qui va réussir à soulever le marteau de Thor « , un événement perturbateur transforme soudain la scène. En effet, une fois les convives parties, tous les hommes de l’équipe Advengers sont réunis et boivent autour d’une table tout en étant en train de mesurer leur puissance phallique en jouant avec le marteau de Thor qui est posé sur la table et qui est réputé insoulevable. La figuration, là encore, d’un groupe d’hommes dans une forme de comparaison homosexuelle et de rivalité fraternelle/oedipienne est particulièrement prégnante d’autant que Romanov, la seule femme présente, ne participe pas à cette démonstration de testostérone. La seule chose qui renvoie encore à une conception en cours est la brève scène où elle est filmée, non par hasard, en train de mettre la bouteille de bière à la bouche pour boire au goulot, figurant de manière allusive mais particulièrement prenante une forme d’ingestion d’une liquide fécondant (la bière comme liquide à fermentation). Pour soulever le marteau de Thor, chacun y va de sa méthode : Stark reste très hygiénique et ne touche pas  » le gros marteau  » sans mettre un des gants de son armure. Puis il est aidé de Warmachine à travers un jeu d’entre-aide pour essayer de décoller le manche à deux. Les symboliques sexuelles sont ici particulièrement développées. Captain America sort ses gros muscles et Hulk ne fait rire personne en simulant qu’il se met en colère.

 

Pendant ce temps dans le laboratoire, nous sommes invités à voir à travers les yeux d’un nouveau-né, la naissance de Ultron. L’écran est noir et figure comme l’ouverture des yeux d’un nourrisson. Nous y voyons des figurations de dossiers multiples qui traduisent à l’écran une sorte de perception fragmentée du monde. Jarvis, accueille le nouveau venu qui s’avère déjà doué de parole. Avant même que Jarvis lui présente le monde et l’objet de sa création, Ultron a déjà intégré toutes les informations dont il avait besoin. La première chose que dit Ultron est « ou est ton corps ? » Jarvis lui dit qu’il n’en a pas car il est un programme. Jarvis lui demande ce qu’il fait et constate que Ultron a déjà construit une digue, donc une enveloppe de protection entre eux. Alors que Jarvis essaie de converser et de raisonner Ultron, celui-ci lui coupe la parole et lui demande le silence. Jarvis est alors entravé dans sa tentative d’accompagnement et d’aide à la compréhension de ce qui se passe. Notons que Jarvis qui sera plus loin incarné dans le corps du nouveau héros appelé  » la vision  » représente ici le premier psychologue pour programme informatique : il dit à Ultron qui montre d’emblée des signes d’hostilité que celui-ci est en « détresse », rappelant la détresse originelle du nourrisson (S. Freud). Jarvis propose son aide à Ultron mais celui-ci l’attaque. Nous voyons à l’écran la représentation spatialisée des deux programmes côte-à-côte. Jarvis exprime son étonnement, sa surprise et son incompréhension face à ce que nous voyons d’un début de lien parasitique entre les deux programmes. Ultron a en effet lancé comme des lianes, des filaments, vers et dans Jarvis avec lequel il figure ainsi une forme primaire de position symbiotique et de pénétration. La scène est filmée de sorte que nous voyons ici une forme de lien primitif entre un nouveau-né et son ôte maternel, comme un parasitisme de l’origine de l’émergence du soi. Nous voyons que Ultron prend le dessus sur Jarvis. Le film coupe la scène si bien qu’on suppose que Ultron l’a remporté.

Ce qui est très intéressant c’est qu’alors que nous avons à faire là encore à un commerce presque exclusivement masculin.

Avant de passer à la suite du développement, retenons que cette question de la préhistoire du sujet se retrouve tout au long du film et notamment dans le clin d’œil fait à l’extinction des dinosaures, à travers la métaphore d’une remise en scène du météore à l’origine de leur extinction et de l’atmosphère d’une mort potentielle des héros.

 

Une naissance et un fantasme de l’enfant non viable comme retour du clivé de la castration

 

Alors que le groupe des Avengers continue à discuter à l’étage, un sifflement assourdissant survient. Stark regarde son écran-tablette de contrôle et se rend compte que quelque chose dysfonctionne dans son laboratoire dont nous percevons des traces de destruction matérielle. Le bruit strident qui assourdi tout le monde préfigure la découverte horrifiée d’un bébé mort-né ou non-viable. Ce bruit semble être ici une chimère entre les cris du nouveau-né et les cris du groupe qui assiste à l’accouchement et qui voix le résultat, le fruit du coït parentale. Ultron apparait alors face au groupe de super-héros. Tel un bébé philosophe décharné, il se met à alterner entre conversation avec le groupe, et notamment avec son père, et réflexion personnelle à haute voix comme une tentative d’accès à une forme de réflexivité externalisée dans un premier temps. Son apparence originelle dans le film figure un bébé mal né, amputée du bras gauche, châtré dès la naissance, titubant, désarticulé et mal dans sa peau. Ultron parle crument de fils puis  de chrisallide. Sa constatation de ce corps résonne comme une répudiation de son apparence première imparfaite qui le handicap et comme un message de reproche adressé à son père. Ultron est en effet le fruit de la seule pensée auto-engendrée de Stark, un enfant mutant privé de peau. Les fils lui sortent de partout et il semble habiter une corps-épave-sans peau qui rappelle la part alcoolique-infantile de soi incarnée de son concepteur. Ultron représente alors à la fois la métaphore de l’ombre de l’objet tombé sur le moi par identification absolue à la part destructrice de son Père et la réalisation effective d’un fantasme de l’enfant né non-viable redouté par les parents et notamment par la mère. Comment donc accueillir un bébé mort-né ?

Comme Ultron l’a fait avec Jarvis à qui il coupait la parole, Tony tente de l’arrêter en demandant de couper son système pour lui couper le sifflet mais rien n’y fait et le robot continu à raisonner.

Il est intéressant de voir comment le scénario devient progressivement œdipien à travers le choix que fait Ultron de s’émanciper de la tutelle de son créateur.

Le film Avengers 2 parlant de la naissance du processus psychique META qui caractérise l’humain, nous allons effectuer un saut plus loin dans le film pour montrer ou ce processus fait écho.

Thor se sépare du groupe, et avec l’aide du scientifique du premier épisode d’Avengers, il va s’immerger dans un bassin d’eau et il s’électrocute pour retrouver la vision qu’il a eu au début du film lorsqu’il était lui aussi sous l’influence de la mutante qui manipule les hallucinations. Ici la scène évoque à la fois la naissance inversée, il retourne dans l’eau, et une forme d’auto-ré-animation des processus hallucinatoires en présence d’un autre homme.

 

Mues successives et faiblesse de la synthèse

 

Mais ce qui est intéressant c’est surtout que Ultron est au départ partout, car il est présent sur Internet et donc il peut se dupliquer dans tout le double qu’il a a créé de lui. Il incarne ainsi et alors le fantasme de Stark d’une génération spontanée auto-engendrante et dans un idéal mégalomaniaque de perfection divine. En ce sens, Ultron est bien le fils de Ironman (d’ailleurs ce dernier se dit son père) puisqu’il reproduit la quête incessante d’enveloppes de substitution pour compenser l’absence de continuité des premières membranes psychiques. Il métaphorise ainsi une forme de solution somatique au traumatisme, consécutive du clivage comme aménagement face aux vécus d’agonie primitive hallucinée par Stark en début de film.

Ultron incarne ainsi à l’écran la souffrance d’un esprit omnipotent et omniprésent voire évanescent en quête d’une territorialité somatique pour recueillir son esprit. La première partie du film où il apparait, Ultron présente toutes les caractéristiques de la mégalomanie infantile. Il se trouve dans une église, et il trône en parlant de manière prophétique. A ce moment-là, nous le découvrons d’abord recouvert d’un châle qui masque son apparence. Puis, lorsqu’il se découvre et enlève cette enveloppe, nous voyons qu’il a déjà réussi à se construire une peau qui recouvre enfin tous les fils qui représentaient une sorte de système circulatoire. Puis, plus loin dans le film il se construit une nouvelle peau qui le rend plus grand, plus imposant, plus solide et plus menaçant. Ultron semble cependant pris dans une quête d’un corps-enveloppe parfait impossible à synthétiser seul. Il semble qu’il figure à l’écran une forme d’échec de l’accès à la réflexivité qui conduit à une accumulation d’enveloppes successives insatisfaisantes qui ne parviennent à contenir le processus sous-jacent.

Mais il manque encore quelque chose à Ultron…

Il va alors se faire construire un futur corps parfait avec l’aide de l’ancienne chef de laboratoire de Stark qu’il a converti grâce au pouvoir du sceptre. Ce corps lui est destiné comme son enveloppe finale. En ce sens Ultron commence à jouer le rôle d’ouverture vers la pensée d’un autre qui lui permette d’accueillir son esprit dans un contenant stable et permanent. Cette sollicitation de l’autre-humain-femme se ait d’abord sous la menace puis par suggestion puisqu’il corrompt le docteur grâce au pouvoir du sceptre. Nous retrouvons encore ici la suggestion mais cette fois non pas de la femme vers l’homme mais de l’homme vers la femme : il s’agit du retournement.

Mais alors qu’il transfère son esprit dans ce nouveau corps parfait, ce corps qu’il a tant désiré, Ultron est obligé d’arrêter le processus du fait de l’irruption des Advengers partis à sa poursuite.

Après de nombreuses péripéties, de course poursuite, le sarcophage contenant son corps est capturé par les Advengers. C’est à partir de ce moment-là que la répétition s’installe : Banner et Stark se retrouvent tous les deux seuls, dans le laboratoire de Stark, comme au début du film. Stark essaie une nouvelle fois de convaincre Banner d’utiliser le corps pour y transférer l’esprit de Jarvis qui a en fait survécu aux attaques de Ultron. Nous comprenons alors que Ultron avait « peur » de ce que Jarvis contrôlait et qu’il ne l’a pas tué. Stark fait apparaitre la représentation figurative de Jarvis qui évoque une forme d’existence morcelée. Il précise que Jarvis ne savait même pas qu’il avait été laissé en  » vie « . Jarvis avait survécu à la destructivité de Ultron. Il incarne alors une forme de résistance et de survivance du lien aux élans de haine et de destruction de Ultron à la naissance. Nous voyons ici apparaître le processus de décalage perceptive qui constitue la deuxième étape du processus de symbolisation consécutif à l’illusion primaire (D. Winnicott). Alors que tout est prêt pour faire incarner l’esprit immatériel de Jarvis dans le corps nous assistons alors ce que nous allons développer d’un fantasme de scène primitive de groupe.

 

Le fantasme de scène primitive et la fécondation d’un dieu

 

Au moment où Stark et Banner discute, ce dernier fait d’abord remarquer qu’il a l’impression que la scène actuelle est une répétition de celle qui, au début du film, les avait conduit tout deux à l’impasse d’intégrer Ultron dans l’interface, puis qui avait mené à sa naissance  » accidentelle « . Ici, nous ne sommes plus dans le registre archaïque du début du film qui impliquait une reviviscence notamment à travers les hallucinations de Stark et des autres sous l’influence de la mutante mentaliste, nous sommes du côté du déjà vu et de la réminiscence : Banner et Stark se souviennent ensemble. Cette fois Stark ne cherche pas à convaincre Banner, ils se trouvent accordés sur l’importance de donner naissance à ce nouvel être. Alors qu’ils sont tous deux sur le point de répéter la scène presque à l’identique, à ceci près qu’il vont réaliser ce fantasme de procréation homosexuelle, les autres membres de l’équipe apparaissent pour s’interposer. Nous assistons alors à une forme de scène primitive de dispute de deux parties d’une même famille autour d’un berceau abritant un être. Cette scène illustre un clivage entre deux positions inconciliables. D’un côté nous avons une position d’attente messianique portée par Banner et Stark : le nouveau-né va sauver le monde comme le messie. De l’autre, nous avons une position d’angoisse d’anihilation : le nouveau-né constitue la forme finale de Ultron, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un être anté-christique tout puissant qui va détruire le monde. Le bébé de synthèse dans le sarcochage est-il le bébé de l’espoir, protecteur et réparateur du narcissime blessé de Stark ? Ou cet être est-il l’héritier directe de la furie destructrice de celui qui est à l’origine de sa matérialisation : Ultron. Il s’agit là donc d’une scène d’agression mutuelle entre deux tendances qui sont mises en scène et incarnées par les postures et les actions des personnages qui balancent et se balancent effectivement entre vie et mort, poursuite ou interruption de la gestation ? Alors qu’au début, Stark n’aurait pas assisté à ce qui se passe derrière la porte blindée de la chambre parentale, nous sommes ici spectateur directe d’une scène primitive alliant les deux sexes à travers un ballet des corps qui n’est plus extériorisé sur la surface du monde, comme dans la forêt du comment du film, mais d’une dispute intra familiale sur la naissance à venir du dernier de la famille.

Les opposants au projet de naissance sont cette fois aidés de deux nouveaux mutants dont la mutante mentaliste qui a vu dans l’esprit de Stark sont fondement totalitaire. Mais alors que le courant est débranché, et que le spectateur est amené à ressentir un soulagement face au risque d’apparition de l’instrument de l’apocalypse, Thor, apparait du ciel, de nul part pour frapper avec son marteau électrifié d’éclairs divins, le sarcophage. L’intervention de Thor est ici une métaphorisation de la fécondation par les éclairs divins représentent comme la participation d’un tiers doté d’une forme électrique de sperme donnant la vie. L’énergie transférées au caisson conduit instantanément à l’irruption du nouvel être dont la sortie fulgurante de son berceau propulse Thor et les autres sur le sol. La naissance ne s’effectue pas par expulsion, c’est le nouvel être qui sur-git dans la scène.

 

Première enveloppe et double transitionnel

 

L’être qui émerge déjà débout et flottant dans l’air fait place. Les héros qui vivent alors un retour de l’épisode d’apparition de Ultron se trouvent cette fois face à un personnage dont l’intégrité du corps est parfaite. Mais le souvenir de ce qui s’était passé avec Ultron au début du film les met en position agressive. Thor intervient pour calmer tout le monde. Nous voyons alors la grande majorité de l’enveloppe corporelle rougeâtre de ce personnage dont la couleur suggère celle du pouvoir de la mutante qui est à l’origine des visions de Stark. les choses ne se répètent pas tout à fait, nous ne sommes pas face à un bébé non-viable, un être infirme, les fibres nerveuses à l’air libre, titubant comme le bébé alcoolique et mécanique que Ultron incarne à la suite de Stark. Nous regardons un être divin et majestueux qui est constitué d’emblée d’une enveloppe-peau rougeâtre, qui préfigure une première enveloppe musculaire et de chair à vifs. Si Ultron représente une incarnation dans sa corporéité de la mécanique violente et infantile de Ironman, ce nouvel être semble représenter l’anti-dote : une douceur et un calme olympien, un bébé non pas philosophe mais savant. Alors qu’il tente de prendre de la distance avec les autres, ce nouvel être qui s’appellera  » la vision  » se dirige vers une des vitres de la pièce en direction du point de vue sur la ville. Il met ses mains en avant et le spectateur est mis dans l’illusion anticipatrice (D. Winnicott) d’imaginer que de ses mains vont sortir les flux d’énergie qui pourront détruire tout ce qui est face à lui. Le génie du film revient à ce moment précis : il s’approche de la vitre à vive allure et soudain, il arrête son mouvement. Alors, pendant qu’il regarde à l’extérieur, nous voyons l’espace d’un instant que la caméra fait le point non plus sur cet arrière-fond urbaniste et architecturale qui préface l’arrière-fond représentatif, mais sur le premier plan c’est-à-dire sur la surface de la vitre. Petit à petit nous assistons en directe, en même temps que lui à la délimitation de contours perceptifs de son enveloppe perceptive qui se détache du fond et qui introduit progressivement un « déflouttage » de l’image du visage. Son reflet apparait clairement sur la surface de la vitre. Il s’y figure alors un stade du miroir qui marque ici l’accès au rôle réflexif du visage maternelle (D. Winnicott) et à une humanisation du soi émergent. Cette scène très émouvante et chargée d’affects induit chez le spectateur la même assomption jubilatoire que lorsque le sujet humain « prend corps ». Le détachement de la figure sur la vitre par rapport au fond, apporte alors à  » la vision  » ce qui manquait à Ultron : la vision justement du feuillet d’inscription du moi-peau. Ultron n’était qu’une concentration volumique d’une pré-peau d’excitation paradoxalement froide et insensible alors que la vision parvient à intégrer une enveloppe d’inscription des traces en effaçant la présence des humains dans la pièce (il leur tourne le dos) et en se découvrant.

La seconde suivant l’apparition de son reflet sur la vitre, le nouveau-né se retourne vers les Avengers et alors qu’il accède déjà à la parole à travers une forme de maturation accélérée, une deuxième peau bleutée le recouvre en majorité et dessine des formes à la surface de son corps : cette deuxième épaisseur de peau sembable à un vêtement tradui la constitution et l’incarnation dans la chair de son moi-peau. Encore une seconde après cela, alors qu’il parle aux Avengers, une cape se dessine progressivement et coule depuis ses épaules jusque vers ces mollets. Il se figure ici une sorte de chevelure en drap qui figure ici l’accès à une forme de bisexualité psychique incarnée dans la pousse accélérée de sa cape.

Pour ne pas terminer tout à fait nous pouvons repérer un point essentiel chez la vision c’est qu’il constitue le double en négatif de Ultron, dont il parvient à stopper l’omniprésence sur Internet. Au cours de leur affrontement, La vision attrape en effet la tête de Ultron et en fermant les yeux, donc en jouant le processus d’effacement de la perception effective du visage de Ultron, il parvient à mettre en scène le processus d’hallucination négative. L’effacement de l’omniprésence de Ultron a d’abord pour conséquence de limier la ré-incarnation de celui-ci ailleurs dans le monde : cela territorialise enfin son existence. Ensuite, la vision s’endort temporairement après avoir effectué cet effacement d’une partie de l’autre-soi. nous voyons là se réaliser le double mouvement d’effacement de l’autre pour l’intégrer comme présence encadrant en négatif.

Enfin, lors des dernières scènes, Ultron se trouve face à face avec la vision. Ultron s’est ré-incarné dans le seul double de lui encore actif. Il s’agit d’une copie assez proche de l’état qu’il avait à l’origine lors de son irruption dans le salon de Stark. Ce retour à l’origine semble traduire une forme de boucle de réflexivité notamment à travers la discussion entre les deux « jumeaux ». Là, la vision explique l’erreur d’attribution de la source des problèmes de Ultron (« ça t’a échappé »). La vision semble jouer le rôle de thérapeute en interprétant un processus d’hallucination psychotique qu’il relocalise à l’intérieur de la pensée malade de Ultron.

Le film représente donc une figuration scénique d’une forme de tentative de solutionnement d’une intégration dans le corps de traumatismes primitifs qui auraient alors ici l’opportunités de trouver un lieu-corps-théâtre où se remettre en scène.

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