De l’infiltration idéologique dans la conceptualisation du médium malléable

De l’infiltration idéologique dans la conceptualisation du médium malléable.

(articles en cours)

Comme tout modèle plus ou moins implicite du travail thérapeutique, la conceptualisation du médium malléable est infiltrée par une certaine forme d’idéologie néo-libérale qui transmet, donc impose en partie, une certaine conception du rapport du sujet à l’humain et à la culture. Les jalons de cette approche ont été posés par Marion MILNER à partir de sa pratique clinique et de son expérience de la peinture, avant que René ROUSSILLON ne creuse davantage la question et en propose un remaniement et un approfondissement. L’approche thérapeutique à travers la matrice théorique du médium malléable insuffle une partie de la créativité à la position de l’école lyonnaise de psychanalyse et permet de penser de nouvelles problématiques psychopathologiques. Mais comme tout modèle tiré de la pratique, la conceptualisation du médium malléable à elle-même été « malléabilisé » et « pétrie », nous pourrions dire « matérialisée dans l’écrit », par la subjectivité de ses auteurs, en tout premier lieu par Marion MILNER, puis en second lieu par René ROUSSILLON.

La clinique n’est en effet pas réductible à cette approche dont nous allons progressivement dégager les points idéologiques sous-jacents. Nous allons alors dévoiler les implicites inhérents à cette approche qui semble tout à fait dans l’air du temps car figurant un représentant d’un vecteur du mode de rapport au monde qui est actuellement véhiculé dans notre vie occidentale post-moderne. Nous verrons alors que l’écart théorico-clinique se transfert également entre la période d’émergence d’un concept et sa période majeure d’accordage avec la réalité partagée par les chercheurs et praticiens. Nous pourrons également discuter une tendance qu’à cette conception « séduisante » du médium malléable à s’infiltrer largement dans tous les « secteurs » de l’activité clinique et à s’imposer aux autres comme un modèle de base du travail clinique au risque d’enfermer et d’occulter d’autres approches : témoignant par là un risque d’une dérive égémonique et normalisante d’une théorie s’enroulant sur elle-même, empêchant d’approcher les phénomènes différemment.

La conceptualisation du médium malléable est elle-même issue d’une forme particulière de pratique psychanalytique inspirée d’une orientation anglo-saxone et plus précisément d’une approche « winnicottienne » du travail thérapeutique et donc du rapport du clinicien avec sa clinique.La conceptualisation du médium malléable traduit d’une part une mouvance d’une approche microscopique du travail clinique/psychanalytique qui ne cesse de découper plus finement l’analyse processuelle des cas. D’autre part elle témoigne d’une tentative de rapprochement et de réconciliation opérée depuis un certain temps entre le travail d’origine du Père de la psychanalyse Sigmund FREUD, neurologue de formation donc médecin, et les intuitions de ses derniers écrits qui seront davantage développés par la suite par Donald WINNICOTT. Lorsque Sigmund FREUD « termine » ses derniers écrits, dans l’environnement libéral de l’Angleterre, son travail amorce une complexification de l’approche psychanalytique. Ses travaux constituent le terreaux à partir duquel nous pouvons deviner les points d’inspirations qui rendront célèbres la théorisation du Jeu faite par Donald WINNICOTT. La conceptualisation que Marion MILNER fait du « pliable medium » traduit par la suite en français sous le terme de « Médium Malléable » est très proche des apports de Donald WINNICOTT dont nous pourrions dire qu’elle en constitue un approfondissement. A partir de ces bases, René ROUSSILLON, et à sa suite ses collègues de l’école Lyonnaise, a proposé l’idée que le travail clinique vise avant toute chose à restaurer une capacité de Jeu en étant notamment à l’écoute des propriétés formelles ou matérielles de l’objet. Avant même que s’instaure une relation d’objet au sens de deux corps séparés et dans une forme de relation, la question est de savoir comment le sujet et l’aube de sa subjectivité se construisent dans son rapport à l’objet primaire. Il est question d' »utilisation » de l’objet et d’un cadre qui doivent prescrire une certaine forme de « liberté » notamment à travers une forme de résistance à l’attaque appelée également les manifestations de la destructivité. Nous voyons d’ores et déjà en quoi la prescription de liberté résonne avec ce que nous vivons au sein de nos sociétés post-modernes occidentales. La liberté n’existe pas dans l’absolue en tant qu’entité ou idéal à atteindre mais elle constitue précisément ce qui aujourd’hui est mis en avant dans nos « démocraties modernes » au sein desquelles ce qui est affiché et dit doit être entendu comme une « positivation d’un absent ». La liberté est annoncée, dite, prescrite car elle n’est pas évidente. Pour revenir au médium malléable, la théorie nous apprend que l’objet doit être suffisamment déformable mais résistant sans casser, consistant,  souple, auto-animés, permanent en conservant quelque part une trace mais il doit rester unitaire. La théorie implique que l’objet viennent représenter la matière psychique ainsi « faite-chose ».  L’objet qui doit être ni trop dur ni trop mou, doit également tolérer d’être testé, manipulé, maltraité mais sans exercer de représailles afin que la perception de cet objet toujours là malgré les attaques viennent progressivement démentir les fantasmes de destruction et de rupture du lien. En somme, malgré les déboires et autres tensions exercés sur lui, l’objet doit resté un interlocuteur actif et disponible. Nous pouvons voir ici une forme assez proche d’une sorte de « mise à disposition » de l’objet « au service » du sujet émergent qui doit se sentir « libre » d' »utiliser » et de « manipuler  » l’objet » sans risquer de retour de bâton. Cette position implique nécessairement des effets sur la position du praticien doit alors veiller avant tout à faire du « sur mesure » à partir pourtant d’un objet et d’un cadre « courant » ou « commun ». Il s’agit ici d’un principe de singularisation d’un objet-cadre à partir d’un standard que nous retrouvons dans notre vie quotidienne et la logique commerciale qui nous tient le discours que l’objet que nous allons acheter est bel et bien l’unique qui nous était destiné, dans une illusion de personnalisation, alors qu’il s’agit d’une fabrication industrielle… L’idée sous-jacente au médium est de permettre une re-présentation de certains phénomènes non-encore advenues qui trouvent alors une nouvelle adresse et cessent de errer en souffrance. Cependant, cette conceptualisation très attrayante et en vogue pour justifier l’emploi d’objet de médiation dans le travail thérapeutique, suppose notamment que le thérapeute facilite le phénomène d’attractibilité de l’objet et induise une forme de séduction. Nous pouvons déceler derrière cette façon actuelle de concevoir le travail clinique une idéologie de libre-utilisation d’un autre au service du développement du sujet. La question de la liberté prescrite, de la prise d’un objet puis de sa déprise et de la mise à l’épreuve de ses qualités intrinsèques reflète en effet la période dans laquelle nous vivons dans nos société occidentales. Cependant, la subjectivité ne se réduit pas à une structure. Elle dépend des époque et de la culture au sein de laquelle elle émerge. Si nos grands-parents ont eu à faire à une découverte du monde avec des objets solides, dures, en bois, résistants, puis à des objets et des modes de relations aux mondes et aux institutions basées sur la durée, telle n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. Les objets proposés à l’enfant sont mous, plus souples, avec des propriétés complexes et ils sont auto-animés. En même temps ils sont plus facilement interchangeables dans notre mondes post-moderne tout comme le sont devenus nos relations aux autres. De même, au Japon ou dans certains pays orientaux, le rapport du sujet à son environnement se tisse peut-être sur des bases légèrement différentes qui rendent compliqué le travail à partir de la théorie du médium malléable. La conceptualisation du médium malléable ne trouvent-elle pas ses propres limites temporelles et géographiques ?

 

 

La matière numérique n’appartient à personne

La matière numérique n’appartient à personne. Cousine-germaine du mot dont elle conserve la valeur phorique, sémaphorique et métaphorique, elle est également parent proche du geste comme le « non » est l’héritier de l’empêchement du geste par le parent auprès de son enfant. Le « JEu » vidéo est alors le double dans le miroir qui mi-dit quelque chose de notre rapport à un grand absent…simplement absent en apparence : le corps

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