Le numérique est « naturel » : pourquoi aimons nous voir et utiliser la matière numérique ? (essai)

Le numérique est naturel : pourquoi aimons nous voir et utiliser la matière numérique ?

Ce titre et la question qu’il contient peut sembler tout à fait surprenant et curieux voire étrange, d’autant que le lien entre le numérique et la nature peut paraitre difficile à entre-apercevoir au premier abord.

Dans notre société, et même dans les sociétés occidentales dites « développés », je préciserais ici en ajoutant « post-modernes », la technologie et le numérique semble des antinomies de ce que nous nommons et conceptualisons comme « la nature » ou le « naturel ».

La culture occidentale, technologique pourtant, semble tenir à distance le numérique et les objets technologiques alors même qu’ils incarnent précisément une fonction fondamentale du vivant, à savoir l’auto-animation et la mobilité.

En réalité, le lien entre la nature et la matière numérique nous semble tout à fait évident lorsque nous nous autorisons à nous laisser aller à l’associativité sans critiques ni censures. Cet exercice est cependant plutôt compliqué à mettre en œuvre dans certaines conditions.

La matière numérique renvoie nécessairement à quelque chose d’un lien et d’un rapport à l’objet du côté d’une forme perceptible, d’une matière visible et identifiable car contenu dans une forme géométrique, mais non palpable et non appréhendable directement. En somme, la matière numérique renvoie à un rapport avec un objet présent, que le sujet peut voir, sentir et imaginer toucher et modeler selon son désir, mais sans qu’il puisse directement le prendre en main. Il s’agit ainsi d’une matière qui renvoie sur le plan psychique à une période archaïque au cours de laquelle le sujet vit la possibilité de transformer en partie l’objet dont la conception n’est que naissante malgré sa perception. Cette phase peut correspondre à la suit de la phase liquide ou tubulaire du nourrisson qui renvoie à des éprouvés d’ordre autistiques et dont ce que je tente de décrire relève d’une sorte de vaporisation. L’eau du ventre maternel, l’eau respiré se transforme en air, ce qui sur le plan sensoriel provoque à la fois un traumatisme mais aussi un effet d’impératif de pré-représentation de ce nouveau produit aspiré et indispensable à la vie.

Très tôt, le bébé peut faire l’expérience qu’il lui faut une interface, quelque chose ou quelqu’un qui fasse intermédiaire entre le sujet et l’autre-objet. Cet intermédiaire est à la fois celui qui rassemble, qui relie, et celui qui sépare, qui éloigne. C’est aussi celui qui permet le dialogue, qui sécurise l’échange et veille à ce qu’un ajustement soit rendu possible. Autrement dit, la capacité d’ajustement de celui ou celle que l’on nomme « la Mère », qui relève davantage d’une fonction maternelle que d’un individu, n’est potentiellement utilisable que parce qu’il existe une autre fonction qui fasse jonction.

C’est ici que le parallèle avec la nature peut intervenir.

Le rapprochement avec la nature peut nous apparaitre lors d’un voyage en train ou lorsque nous conduisons un véhicule.

Il nous est déjà arrivé de percevoir de la brume, du brouillard voire des nuages bas de sorte que nous avons l’impression de pouvoir les atteindre, de pouvoir les toucher. Or, lorsque nous nous rapprochons dudit brouillard, nous constatons à chaque fois que nous pouvons y pénétrer, nous pouvons le sentir, sentir la vapeur et l’humidité mais que nous ne pouvons totalement le maitriser, le saisir et le modifier directement même lorsqu’il nous entoure, ce qui n’est pas le cas de l’eau dont on peut au moins modifier la trajectoire et éprouver la quantité.

Le « brouillard que nous pouvons en revanche créer à ce moment là est celui qui sort de notre bouche au moment où nous parlons ou lorsque nous respirons. Ce brouillard ainsi créé donne forme et « corps » aux mots ainsi qu’à l’air que nous expirons. Les enfants peuvent être très attentifs à ce phénomène de vapeur et de création de « brouillard » ou de brume dans la mesure où il s’agit d’une expérience de matérialisation de l’expression verbale du mot-fait-chose, donc d’une forme de concrétisation d’un signe et de sa valeur messagère : il peut percevoir et presque toucher un produit de son intentionnalité, un produit de transition entre le dedans et le dehors.

La matière numérique comme la brume est une matière visible, perceptible, permettant de faire transiter une intentionnalité depuis l’intériorité du sujet vers son monde environnant et y faire trace, même de manière éphémère. C’est bien là l’essence du numérique : une trace qui ne préserve sa forme que de manière relative, laissant au sujet libre cours pour son imagination. Tout comme la brume, la matière numérique renvoie à un objet appréhendable du regard, touchable à distance mais jamais directement, un objet à la fois éphémère mais constant sur l’instant, un objet que l’on peut trouver à l’extérieur et créé par soi-même depuis l’intérieur. Nous pouvons nous imaginer le pénétrer et le modifier et sa consistance permet de transformer le paysage environnant. Tout comme la brume, la matière numérique nous permet d’avoir à faire avec un objet virtuel, présent mais absent, en tout cas présent sur le plan visuel mais dans une forme d’absentification matérielle qui renvoie à l’impression d’absence du corps lorsque l’on est immergé dans un Jeu vidéo.

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