Le « Où ? » du dispositif à médiation numérique Jeu vidéo

Le « Où ? » du dispositif à médiation numérique Jeu vidéo

 

Lieu : où ?, la construction et le travail de l’espace

Le premier élément qu’il convient de développer et qui rejoints le premier aspect du travail de prise en charge thérapeutique des patients souffrant de schizophrénie concerne ce que nous pouvons appeler « le travail de l’espace » du dispositif.
Ce travail autour de la question des lieux et du lien entre ces lieux s’appuie nécessairement sur une théorie implicite que nous pouvons dégager après-coup.

Théorie implicite du soin des patients souffrants de schizophrénie

Tout d’abord, la problématique de la schizophrénie doit être mise en lien avec le travail à partir d’un cadre thérapeutique qui soit suffisamment tangible, rassurant, sécurisant, soutenant, donc contenant. Cet aspect de continuité spatiale et de résistance/survivance du cadre prend tout son sens dans la prise en charge de patients souffrants de troubles de nature psychotique.
En effet, l’une des questions centrales de la souffrance psychotique et plus précisément encore de la schizophrénie concerne ses effets sous forme de vécus d’éclatement et de morcellement psychique du sujet qui se vit sur le plan sensoriel comme un corps atomisé, désintégré/non-intégré, non-articulé et non-unifié à l’intérieur et autour d’une forme totale. Les enjeux et les vécus de segmentation, de fragmentation, de vaporisation voire de dispersion des morceaux de corps sous une forme fréquemment hallucinée prennent souvent la forme de sensations corporelles et d’étrangeté qui traduisent de manière projective et hallucinatoire le morcellement et l’agonie psychique du patient. Ces enjeux supposent et même imposent un travail de maintien et de soutien de l’unité de l’espace et de la cohérence de la spatialité qui est mise à l’épreuve particulièrement par les patients. C’est pourquoi le cadre au sein duquel se déroule le groupe thérapeutique à médiation Jeu vidéo doit nécessairement représenter, même matériellement, les conditions d’une certaine forme d’unité, de constance, de prévisibilité et de permanence qui le rendent suffisamment tangible et appréhendable et prévisible.
Nous savons que les enjeux d’emboîtement, d’articulation, de correspondance spatio-temporelle et de mise en représentation du corps unifié au sein d’une image inconsciente suffisamment stabilisée constituent l’un des points fondamentaux du soin des patients souffrant de schizophrénie. Les éléments en lien avec les vécus de fragmentation du corps et de perte de l’unité et de la cohérence psychique par démembrement du sujet impliquent que le dispositif thérapeutique offre un potentiel de rassemblement et d’intrication entre différents espaces contenus dans un espace plus important, c’est-à-dire un cadre-méta qui conserve son unité et sa forme, à l’image d’un emboîtement de type « Poupée russes ». Il est donc essentiel que le patient puisse faire l’expérience d’un lien de continuité maintenue entre des espaces différenciés mais reliés, donc de charnière permettant l’instauration d’un Jeu sans déclencher nécessairement d’épisode d’angoisse massive ou de désorganisation.
Ensuite, le patient souffrant de schizophrénie manifeste ses difficultés de psychisation à travers des épisodes de délire et des vécus hallucinatoires qui traduisent une imprégnation d’une pré-trace ou d’un trace de nature pré-figurative qui ne cesse de faire retour sous forme de reviviscence, à défaut d’avoir pu s’inscrire comme trace mnésique dans la psyché et par conséquent de s’être transformée en empreinte qui soit repérable et remémorable. Or, dans le cadre de la construction d’un atelier à médiation, nous savons que la « matière psychique » a besoin d’un support pour venir se déposer, s’inscrire, se contenir, se transformer et re-présenter. L’espace thérapeutique doit permettre cette remise en Jeu à partir notamment de la matérialité de la pièce et l’occupation des lieux. Le travail auprès des patients souffrant de schizophrénie doit donc prendre en considération les difficultés touchant l’arrière-fond représentatif ou la toile de projection intra-psychique. Le lieu du dispositif ainsi que son agencement dans sa matérialité-même doivent ainsi permettre un dépôt de cette trace ainsi que son inscription au sein d’une situation qui offre cette garantie de stabilité de la représentation, et notamment de la représentation du corps.
La problématique de morcellement des parties du corps en lien avec le morcellement psychique suppose également que la mise en place d’un travail thérapeutique s’appuie sur l’hypothèse d’un possible maintien d’un lien potentiel entre des parties du corps qui sont alors rassemblées, contenues et articulées en un tout à partir de l’articulation des différents espaces de la pièce.

Application sur la construction du dispositif

Le portage institutionnel de l’espace

Sur le plan institutionnel, le dispositif de groupe à médiation numérique du Jeu vidéo, que nous nommerons « Groupe Jeu vidéo » par la suite, sera présenté comme un temps de soin qui se déroulera toujours dans la même salle d’activité du centre de réhabilitation de l’hôpital du Vinatier qui est situé Rue Boileau (Lyon 6ème). Cette salle d’activité est une pièce connue et localisée par les patients, suffisamment spacieuse et lumineuse, et agencée de sorte à pouvoir construire un espace suffisamment tangible, convivial et contenant au sein duquel un travail thérapeutique peut se construire et se déployer au fil du temps. Le patient pourra expérimenter une différence entre plusieurs ateliers et espaces auxquels il participe sur le service donc remettre en jeu plusieurs situations et plusieurs positions entre plusieurs espaces, en projetant des aspects ou des morceaux différents et éparses de lui-même.
La sensation d’éclatement vécue sur le plan corporel, kinesthésique et perceptif, donne lieu à une diffraction sur le cadre institutionnel qui peut alors contenir ses mouvements au sein d’une unité de lieu articulée.
Il est donc essentiel que sur le plan institutionnel cette question soit pensée et portée afin que l’équipe puisse à son niveau « rassembler » et relier les différents éléments éparpillés par le patient à travers son transfert institutionnel.

La représentation de l’espace dans le groupe

Sur le plan du dispositif à médiation numérique Jeu vidéo, cet espace de la salle d’activité est également au niveau de son agencement et de sa spatialité un lieu pouvant lui-même contenir plusieurs espaces « virtuellement séparés » bien que contenus dans la même salle.
D’un côté, se trouvera un espace plein, composé d’une table entourée de chaises qui n’inclura pas l’objet Jeu vidéo.
De l’autre, se tiendra un espace vide, l’espace dit « de Jeu vidéo » composé de l’écran et du dispositif du Jeu vidéo.
Cette délimitation symbolique mais virtuelle de deux espaces de nature différentes mais appartenant pourtant à la même pièce permet de constituer un support articulée au travail sur l’articulation des parties du corps par rapport à un tout.
Par conséquent, le cadre-dispositif porte en lui implicitement les éléments permettant une « préconception » au sens que lui donne W. Bion, ou encore les « protoreprésentations » voire les « éléments préfiguratifs » d’une unité spatiale articulée.
Au-delà d’une simple notation des contenus de ces espaces, l’observation de ce plan intra-groupal sera attentive aux effets de passage d’un espace à l’autre, durant les espaces intermédiaires. Ce niveau d’observation permettra de repérer les niveaux de réponse des patients et du groupe de patients à l’articulaire de l’espace thérapeutique.

La groupalité interne comme forme d’espace

Enfin sur le plan intra-individuel/intra-psychique, le recours au groupe comme modalité d’organisation et comme forme de séance permet de faire appel à un travail sur la groupalité interne des patients ainsi que sur les bases pluri-directionnelles et multi-sensorielles de l’espace psychique. Le patient souffrant de schizophrénie ayant tendance à diffracter et projeter des morceaux de corps sur différents espaces et lieux, voire sur les autres participants, le recours au groupe offrira à la fois la possibilité de convoquer ce processus tout en ouvrant sur une jonction et une réunification potentielle.
La présence d’autres « acteurs » dans le groupe ainsi que le travail avec les thérapeutes permettra de  proposer un travail de mise en représentation de l’espace primitive en termes de distance et de différence : introduisant alors la question de l’altérité au sens d’un double semblable mais différent de soi.
L’éparpillement psychique du patient pourra être contenu et rassemblé à travers l’intrication entre les différents niveaux de groupalité que nous avons évoqué.
Le sujet en tant « groupe-singulier » pourra trouver sur les autres et à travers les autres un moyen de projection, de différenciation et d’intégration potentiel de son unité somato-psychique.

Le travail auprès des patients devra ainsi prendre en compte une écoute de la « spatialité corporelle » à partir de l’observation de la sensorimotricité et dans une perspective de soutien de la symbolisation sans « hiérarchisation » des modalités de symbolisation utilisées.

Ainsi, il est possible d’articuler plusieurs espaces durant la séance, en notant précisément durant les phases intermédiaires, les effets du passage d’un espace à l’autre et la manière dont circule les éléments psychiques-pré-psychiques.

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