Sig(is)mund Freud, la vie, le virtuel, la somatose et la mort

Sig(is)mund Freud, la vie, le virtuel, la somatose et la mort

Si nous poursuivons et approfondissons davantage cette question du lien entre la psychologie clinique, la psychanalyse, le corps, la mort et ses enjeux, nous pouvons repérer combien le parcours de vie de Sigmund Freud et ce que nous savons de son intimité révèlent la mise de côté de la question de la mort du corps-même, prise de distance sans doute nécessaire mais supposées dans la construction du positionnement clinique.
La lente progression de la psychanalyse semble s’être étayée sur une forme de virtualisation du corps, pris dans une dimension métaphorique et même virtuelle dont nous trouvons des traces jusque dans la vie de son Fondateur.
En effet, malgré tout le travail de cet auteur et les apports théoriques majeurs et incontournables qui ont été les siens, le corps qui n’a pas cessé de revenir au premier plan par des manières détournée vient parler mais sur un autre plan.
Il nous faut donc nous pencher sur l’homme en lui-même, autrement qu’à travers l’approche d’un chercheur et inventeur de la psychanalyse.

Sigismund, qui était son prénom de naissance avant qu’il ne le change et le raccourcisse en Sigmund, est un pronom d’origine germanique très évocateur qui signifie « la protection par la victoire ».
Sigmund provint à l’origine de « Sieg », la victoire, et « Mund », la bouche.
Mais c’est aussi et surtout le prénom d’un personnage célèbre de la mythologie scandinave dont il nous faut reprendre l’histoire pour y voir les liens avec le choix de Sigismund Freud de se renommer Sigmund. Très cultivé, celui-ci ne pouvait probablement pas ignorer la légende attachée à son nouveau prénom qui ressemble à un diminutif.

L’histoire qui est une saga, débute avec celle d’un Héros nommé Sigi qui était le fils mortel du Dieu tout puissant Odin.
Le fils de Sigi, Réric était un homme de valeur et un grand combattant. Cependant, il ne réussit pas à la reine, un fils et héritier.
Seul un artifice magique parvient à faire accoucher la reine d’un fils nommé Vôlsung, troisième donc de la lignée royale. Ce fils est hors-norme : très impressionnant de taille et en force, il engendre dix fils et une filles. Les aînés sont Sigmund et Signy des jumeaux de sexes différents.
Par la suite, Sigmund se voit confier par Odin qui est donc son arrière-arrière grand père de lignée divine, une épée capable de fendre la pierre et de trancher l’acier.
Cette épée et son pouvoir donne à Sigmund une réputation exceptionnel qui le lie à jamais son destin.
Pendant que sa sœur jumelle Signy se marie avec un Roi, les neuf frères et sœurs, Sigmund compris, sont capturés. Chacun meurt à son tour dévorés par un loup, excepté Sigmund qui survit avec l’aide de sa sœur Signy qui avide de vengeance jette un sort à Sigmund. Ce denrier sous le charme fait l’amour à sa sœur et donne naissance à un enfant appelé Sinfjolti. Avec l’aide de son fils et surtout de son épée divine, Sigmund parvient à accomplir la vengeance planifiée par sa sœur jumelle et partenaire Signy qui une fois le crime accompli, lève le sortilège et révèle l’union incestueuse à Sigmund, avant de se jeter dans les flammes.
Bien après, Sigmund revendique le trône de son père, et l’obtient. Mais après quelques années de règne, son fils meurt empoisonné. Au cours d’une bataille pour défendre son royaume, Sigmund frappe de son épée la hampe de la lance tenue par un vieillard. C’est alors que l’épée se brise. Sigmund reconnaît Odin et sait que son destin est achevé. Les ennemis de Sigmund le blessent alors mortellement. Dans son dernier souffle, Sigmund dit à sa femme de ramasser les tronçons du glaive d’Odin. Car il connaît la prophétie d’après laquelle son fils obtiendra, grâce à l’épée reforgée, une récompense comme jamais mortel n’en a reçu. Maintenant sans roi, la reine part se réfugier à la cour des Danois et donne naissance à un fils, Sigurd. L’épée reforgé par son fil sera appelée Gram.

Nous pouvons repérer des liens intéressant entre cette légende et certains éléments de la biographie de Sigmund Freud.
Tous d’abord, Sigmund Freud est l’aîné d’une fratrie composé de cinq sœur et d’un frère.
Ensuite, Il aura de nombreux demi-frères et demi-sœurs dont certains avaient l’âge de sa mère.
Le thème du désir œdipien et de la faute originelle, attribuée à la femme est également un point commun entre les deux histoire.
Mais c’est aussi en lien avec l’idée du pouvoir, de la réputation et de la puissance, du destin et la punition que les points sont plus troublants.

Déjà au début de son travail Sigmund Freud confie son ambition et son impression que ses découvertes vont lui coûter plus cher qui ne le pense et qu’il est prêt à en payer le prix.
Sigmund Freud « casse sa pipe » à un âge relativement avancé, des suites de l’évolution de deux cancers très invalidants et douleurs. Le corps, absenté, virtualisé dans la théorie autant que dans sa conceptualisation et sa pensée philosophique semble venir re-parler par la fenêtre du réel et du corps malade.

Le lien à la maladie somatique, la somatose, mise de côté au début comme étrangère au traitement et à la cure psychanalytique, prend pour Sigmund Freud une tout autre valeur à partir du moment où il découvrira son premier cancer, puis son second qui n’est pas une récurrence ou une récidive du premier mais bien un autre cancer affectant là encore la zone buccale, la bouche (Mund). L’étude approfondie de ses textes théoriques autant que de ces célèbres « correspondances » successives témoignant de ses transferts nous apprennent le lien particulier que cet auteur entretenait avec la mort et la manière avec laquelle il a « négocié » pendant plus d’une dizaine d’années durant avec ses cancers au gré de la trentaine d’opérations qu’il subira et supportera pour pouvoir survivre…
Enfin, le lien à la mort, aux soins palliatifs et à la fin de vie est moins virtuel, et davantage omniprésent et très prononcé à partir du moment où sa vie le confrontera à la guerre, au départ de l’un de ses fils sur le front, et la perte de ses amis, de ses proches, de ces collègues et de certains de ses enfants mais aussi de son propre vieillissement et de l’évolution de ses cancers. Les enjeux autour de la mort chez cet auteur le poursuivront jusqu’au dernier moment puisqu’il fera le choix d’une forme « d’euthanasie préméditée » depuis longtemps…préférant mettre fin à ses jours avec l’aide de son médecin et ami qui lui fera une injection létale de morphine afin d’écourter la douleur causée par son carcinome.

Pourtant, à ne pas vouloir attendre et entendre la mort pour lui-même, c’est ce même auteur qui, reprenant à son compte une maxime célèbre, nous a proposé : « si uis uitam para mortem », c’est-à-dire « Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prêt à accepter la mort. ».

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