De la Psychologie

De la Psychologie

Tout comme la sociologie et l’anthropologie, la psychologie fait partie des sciences humaines qui offrent des approches complémentaires et indispensables au travail infirmier dans la mesure où il n’est pas possible de se référer à un seul corpus de concepts ou de « savoir-faire » pour s’approcher authentiquement des personnes que nous sommes amenés à soigner. Toute position théorique voire dogmatique à priori nous invite à la méfiance car il n’est pas possible de déterminer laquelle des approches détient LA Vérité. De plus, toute pratique qui se limiterait à son unique champ d’investigation en niant les autres, et sans faire appel à une réflexion déontologique et éthique, risquerait de reproduire toutes les situations que l’Histoire nous a appris à connaître avec ses nombreuses dérives. Sans réflexion sur sa pratique, sans construction de son propre référentiel, le soignant court le risque d’un schéma totalitaire, exclusif et enfermant. Sans pensées et sans réflexions, la pratique se limite à un ensemble éparse de « techniques » qui peuvent être effectuées presque mécaniquement et qui peuvent conduire à un travail en vase-clos, sans Jeu, sans possibilité de prise de recul. Cette notion d’Inter-disciplinarité nous invite à être attentif au risque du tout psychologie ou du tout sociologie ou encore du tout anthropologie.

Lorsque nous débutons dans la formation de soignant et même lorsque nous sommes tout juste diplômés, nous pouvons observer plusieurs tendances. Soit nous avons tendance à voire la théorie et ce que nous avons appris en cours à l’école comme quelque chose de trop à distance du terrain, quelque chose d’étranger qu’il faut apprendre et assimiler alors que cela paraît trop éloigné de nos préoccupations, de nos attentes et de l’idée que nous nous faisons du métier. Soit nous avons tendance à nous accrocher à cette théorie ou comme un livre religieux pour éviter de nous confronter à la réalité du terrain. Alors nous « plaquons » ces connaissances sur ce que nous observons plutôt que de nous laisser découvrir la situation d’abord avant de pouvoir en penser quelque chose. Bien sur ce raccrochage est nécessaire et parfois utile voire salvateur. Mais vous apprendrez à intégrer ces connaissances et à savoir parfois les absenter, les laisser de côté pour accepter la rencontre avec l’autre, le patient, l’homme, la femme, l’enfant, la personne âgée qui souffre. La théorie est nécessaire et elle ne s’oppose pas à la pratique mais qu’elle en est issue et elle en représente une (re)lecture, un point de vue retranscrit par un auteur à travers le filtre de son histoire, de ses attentes et de ses limites. La théorie doit vous servir avant tout à être bienveillants.
Une image peut vous aider à le comprendre si vous pensez à la télé-réalité. Vous savez bien qu’en théorie, la situation que vous regardez ressemble à ce que nous pourrions rencontrer dans la vie, mais que les choses sont agencées de sorte que l’on s’aperçoit que la situation est construite, parfois de toute pièce et que c’est ce décalage qui nous fait soit aimer ce genre d’émission soit au contraire à y être plutôt indifférent voire franchement hostiles. Si la vie était comme dans les livres d’histoire ou les contes pour enfants, nous le saurions. Pourtant, nous allons voire ensemble que parfois les fictions sont ou paraissent plus « vraies » que la « réalité » et qu’elles contiennent toujours une partie de réalité, une autre réalité que la réalité extérieure et directement appréhendable.
Tout le travail d’apprentissage de votre formation d’infirmier(ère) consiste ainsi à effectuer ces aller-venues, ces aller-retours entre ce que vous aurez appris en cours magistraux et ce que vous allez vivre dans les groupes de travaux dirigés et par la suite surtout sur les terrains de stages.
Car il est important de ne pas tout psychologiser tout comme il est important de se sensibiliser à ce que l’autre que l’on rencontre, peut ressentir et penser. Ce qui fait la rencontre soignante c’est avant tout une qualité de présence, l’empathie, la bienveillance, la contenance, la parole donnée à un autre sujet humain plus que la technicité de l’acte.
Plus qu’un savoir dispensé de manière unilatérale, ce cours est donc une boîte à outils potentielle qui peut s’avérer bien utile mais qu’il vous faudra confronter, mettre à l’épreuve et enrichir à votre tour par la suite, à partir de votre expérience et la réalité du terrain.
Vous serez donc amenées d’une part à vous approprier ces concepts au cours des travaux dirigés et d’autre part à discuter les approches en vue de devenir à votre tour « théoricien/ne ».

Pour cette première rencontre, je vous propose tout d’abord de partir d’un échange assez général sur ce que nous nous imaginons de ce qu’est la psychologie, sa place et son rôle, avant de nous attarder sur des questions inhérentes à l’approche psychologique et de vous présenter le plan du cours. Nous entrerons alors dans le vif du sujet en nous penchant sur les premières définitions et les grands domaines de bases de la psychologie avec ces concepts.

INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE

Tout d’abord et avant de commencer, ou plutôt afin de commencer, je vais vous demander pour ceux qui le souhaitent, de faire part de vos idées ou de vos impressions au sujet de la psychologie de manière générale, mais aussi sur l’approche psychologique dans le cadre du travail infirmier.
Il ne s’agit pas là d’une nouvelle question comme nous l’avons fait en tout début en guise de premier contact avec ce cours mais bien de vous inviter à donner vos représentations sur le sujet.

Comment l’imaginez vous ? quelles questions vous viennent à ce propos ?

Je vais donc vous solliciter de nouveau et vous inviter à prendre quelques minutes ensemble afin que nous échangions sur ce que nous entendons par « psychologie », « psychologue » et « approche psychologique » du patient.

Je vais donc vous demander de bien vouloir prendre une feuille de papier, d’y écrire ce qui vous vient à l’esprit sur ce thème, puis de me faire passer ces feuilles en bout de rangée.
Puis, nous prendrons quelques minutes afin d’en discuter ensemble.

(Inviter alors les étudiant(e)s à écrire sur un morceau de papier, puis inviter ceux et celles qui le souhaitent à dire quelques mots qui leur viennent à ce sujet. Distribuer la parole et faire interagir avec la salle en quelques secondes. Prendre le temps de laisser parler quelques étudiants).

(Reprendre les questions, les mots et les remarques qui ont été faites par la salle).

Les questions que l’on peut se poser sur ce thème rejoignent des questions générales que nous pouvons formuler ainsi :

« Pourquoi du psy auprès des patients qui ne relèvent pas de la psychiatrie
ou de la souffrance psychologique ? »
« Pourquoi et à quoi sert le psy dans ces circonstances qui sont parfois bien éloignées d’un contexte d’accompagnement psychologique ? »
« Quel est l’intérêt et l’utilité d’un bagage psy à cette étape de mon parcours ? »
« Est-ce indispensable de s’intéresser autant à l’approche psy ? »
« Le vocable « psy » n’est-il pas superflu et compliqué pour comprendre quelque chose des enjeux des situations que nous rencontrons ? »
« Les psy ne vont-ils pas chercher un peu trop loin ? »
« c’est pas un peu trop tiré par les cheveux la psychologie ? »
« Que vais-je découvrir au fond en apprenant ces concepts ? »
« Comment me servir ensuite de ce que j’ai appris en psychologie ? »
« Mais au fait…c’est quoi un psy ?  et à quoi ça sert ? »

Afin de tenter de répondre à ces interrogations qui peuvent être les vôtres, je vous retourne les questions, comme le fond parfois les « psys », en vous invitant à vous demander :

« Quelle représentation ai-je de mon travail de futur infirmier ? »
« Comment est-ce que je vois ce métier d’infirmier ? et comment je me vois l’exercer plus tard ?»
« Qu’est-ce que cela représente pour moi, la psychologie ? un psychologue ? »
« Quelles images me viennent lorsque je pense au métier d’infirmier et à celui de psychologue ? »
 « Et quel(s) lien(s) peut-il y avoir entre ces métiers ?»
« Comment et où je m’imagine infirmier au terme de mon parcours de formation,
une fois que je serais diplômé ?».

 

Si une définition consensuelle de la psychologie existait, et bien que je m’apprête à vous en proposer une tout à l’heure, elle concernerait ce que nous avons déjà fait en début de cours en guise d’amorce, et ce que nous sommes en train de faire encore et de découvrir ensemble à l’instant.
Que faisons nous sinon d’accueillir et d’entendre ce qui se passe en nous, ce que nous pensons, comment nous réfléchissons et quelles représentations nous viennent à l’évocation d’un sujet  ou d’un thème de discussion ?
Les prémisses de la psychologie c’est s’interroger aussi sur nos points de vue, nos a priori, notre façon de concevoir la réalité, mais aussi de nous interroger sur nos attitudes, nos comportements et ce qui les sous-tend dans le cadre de la rencontre avec d’autres personnes qui sont des êtres humains semblables et différents. Il s’agit donc de penser à ce qui se passe en nous, ce qui nous affecte, de la manière dont nous construisons nos représentations, autant dans leurs formes que dans leurs contenus, et la manière dont celles-ci déterminent notre façon de « voir », de « percevoir », d’« apercevoir », de sentir, de toucher, de goûter, d’entendre, de nous souvenir et de « raconter » le monde que nous nommons un peu rapidement « la réalité ».
La psychologie est donc de près ou de loin une science du récit et de la pensée de ce que nous nommons la « réalité » et de la manière dont nous nous la représentons.

Et puisque nous parlons de nos représentations, je vous propose de déconstruire ensemble certaines d’entre elles, ce qui va vous permettre par la suite d’intégrer les connaissances issues de la psychologie contenues dans ce cours.

En effet, à peine abordons-nous la question centrale de la psychologie, c’est-à-dire nos représentations et ce qui nous vient à l’esprit, qu’il nous convient de nous arrêter quelques instants sur la question de nos a priori au sujet de la psychologie, et de manière plus générale même, sur ce que nous nommons les sciences humaines et sociales.

NOS RÉSISTANCES ET NOS REPRÉSENTATIONS

Avant de vous donner une définition de la psychologie, je vous propose un détour afin de questionner ce qui fait que quelque chose résiste en nous lorsque nous abordons ce sujet.
Ces résistances sont inhérentes aux sciences humaines et sociales, mais avec une intensité particulière en ce qui concerne la psychologie.

La première source de nos résistances à la psychologie vient de la différence que nous faisons entre les sciences de la nature et les science humaines et sociales. C’est cette distinction qui nous conduit à penser que « la psycho…c’est pas scientifique » et que par conséquent qu’on ne peut pas s’y fier.

Première résistance et représentations : ce qui est scientifique

Tout d’abord, nous pouvons comprendre les interrogations que nous avons au sujet de cette discipline à travers son statut de « sciences humaines et sociales ».

Alors qu’est-ce que la science ? et donc que sont les sciences humaines ? ce terme de « science humaine » n’est-il pas un oxymore c’est-à-dire une expression faite de termes contradictoires dans sa formulation même comme le sont les termes douce-violence, silence-bruyant ou clair-obscure ?
Est-ce qu’une science peut être humaine ? Et que peuvent-elles nous apprendre, ces sciences humaines ?

Avez-vous une idée ? Comment définiriez-vous la science ?

(Faire interagir la salle quelques instants pour recueillir leurs impressions et leurs définitions du terme Science).

Même si la science est une unité indivisible et universelle son enseignement repose sur une dichotomie, une séparation, entre deux grands courants qui s’opposent en théorie pour des raisons pédagogiques mais surtout essentiellement idéologiques.
Aux sciences de la nature nous opposons habituellement et par convention les sciences humaines et sociales.

Je vous propose donc de déconstruire ensemble cette première représentation.

Les sciences de la nature

Les sciences de la nature ou sciences naturelles représentent la branche « solide » des sciences qui sont rassemblées sous l’appellation « sciences dures ». Ces sciences regroupent entre autres, la Chimie, la Physique, les Sciences de la Terre, les Sciences de la Vie (biologie, paléontologie, et médecine), les Sciences de l’Univers, la Biologie, la botanique, la Botanique, etc…

Ces sciences reposent sur un ensemble de règles et de principes qui définissent des critères de scientificité c’est-à-dire des conditions qui permettent de dire ce qui est scientifique ou non. Les critères sur lesquels se basent les sciences de la nature donnent à l’observation « directe » et « stricte » des fait et à la preuve par vérification, que l’on appelle le principe de vérifiabilité, une valeur prédominante. Nous considérons aujourd’hui dans nos sociétés « développées » comme « scientifique » ce que l’on peut observer, classer et soumettre éventuellement à une démarche de quantification et de statistique. Pour être scientifique, nous devons pouvoir voir, effectuer un ensemble de gestes techniques précis faisant appel à un savoir-faire de manière normative. Dans le langage courant est scientifique ce qui s’appuie sur ce que l’on voit : des éléments observables, logiques, reproductibles, rationalisants/rationnalisables et objectifs. Est par conséquent scientifique ce que peut revérifier et donc contrôler à nouveau n’importe quelle personne à partir des mêmes connaissances et qui ne se prête pas à interprétation : ces « données » doivent être « concrètes » et matérialisables dans de nombreux cas, et il doit être possible d’en apporter la preuve par l’observation et la répétition.
Dans cette configuration, l’expérience permet de confirmer les Lois établies.

Chez certains chercheurs, cette « définition » de la science les conduit à considérer les sciences de la nature comme les sciences « rationnelles », « exactes » ou « matérielles » allant parfois jusqu’à employer le terme « science » comme synonyme de « sciences de la nature ». Il n’y aurait alors que la science et le reste par opposition à l’autre branche des sciences que je vais vous présenter.
Pourtant, il faut bien garder à l’esprit qu’une théorie scientifique n’est jamais exacte : elle est toujours la plus proche de la réalité sans toutefois s’y superposer totalement. Une théorie ou une hypothèse n’est jamais exacte mais elle est la plus probable à un instant, jusqu’à ce qu’une nouvelle théorie plus probable ou plus complète la supplante ou la complexifie.

Cet aspect de la science est-il pourtant totalement indiscutable et rationnel ?

Lorsque vous devez faire un exercice de calcul de la trajectoire d’une pierre que vous jetez, ou d’un avion au décollage, ce que vous faites bien sur tous les jours, votre professeur de physique vous demande de procéder à l’opération en négligeant les « frottements de l’air » ou la « résistance de l’air ».Donc vous allez appliquer une formule dans ce sens et vous allez trouver un résultat que vous allez considérer comme la réalité alors que le calcule en conditions « réelles » donnerait un résultat différent. Pourtant, dans votre esprit ceci reste de la science malgré le fait que vous ayez mis de côté sciemment certains paramètres.

Les sciences humaines et sociales

Les sciences humaines et sociales représentent la seconde branche des sciences, la branche plus souple qui sont parfois appelées péjorativement « sciences molles ». Et je vous laisse vous imaginer à quoi renvoie ce mot « molle » pour ceux qui l’emploient. Cette branche regroupe un ensemble de disciplines diverses et hétérogènes, parmi lesquelles nous trouvons la sociologie, l’économie, l’ethnologie, l’anthropologie, la psychologie, l’histoire, la géographie, la démographie, les sciences politiques (science administrative, théorie politique, sociologie politique), l’archéologie et l’histoire de l’art, la linguistique, voire aussi les sciences de la religion, la philosophie, la théorie de la littérature et de l’art, ainsi que la théorie du droit.
Ce second ensemble de la science s’intéresse à tout ce qui se rapporte à l’être humain en tant que personnes et organisations de personnes. Nous pourrions dire qu’en tant que science, les sciences humaines et sociales centrent donc leurs approches sur tout ce qui relève de l’activité humaine dans son ensemble et ses effets et qu’elles prennent donc l’humain comme référence.
L’a priori selon lequel les sciences humaines et sociales ne seraient pas « scientifiques » nous conduit parfois à en parler à tort en termes de science « irrationnelles », « inexactes » « trop subjectives » ou « immatérielles » pour être « scientifique » avec tout le lot de représentations qui entoure ces mots connotés du côté du flou, du spéculatif, voire de l’ésotérisme et du charlatanisme dans les extrêmes, ou encore parfois de la pure invention.

La science et la relativité de l’observation

Cette distinction « partisane » et arbitraire entre sciences de la nature et sciences humaines et sociales repose sur une décision elle aussi arbitraire. En effet, la scientificité renvoie à son origine à un jeu avec un ensemble de règles qui sont posées.

Pour finir de déconstruire ensemble cette représentation de ce qui est scientifique ou non, je vous propose plusieurs illustrations.

Première illustration

La première illustration que je vous propose peut paraître assez éloignée au premier abord de la question. Elle se rapporte à un domaine pourtant très pointu dans la recherche scientifique. Il s’agit de celui de la physique quantique et de la mécanique quantique. La physique quantique et la mécanique quantique sont des disciplines issues et voisines de la physiques, de l’astro-physique et de l’astronomie. Elles constituent des domaines d’applications tout à fait importants dans la recherche scientifique sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. Elles sont donc issues de la branche prétenduement « dures » et « objectives ». Les chercheurs travaillant dans ce domaine sont arrivés à postuler des théories spéculatives, invérifiables et uniquement validées en théorie. C’est-à-dire que ces disciplines soi-disant « logiques », « rationnelles » et « objectives » ont conduit à des théories non-vérifiables par l’expérimentation et qui rejoignent pour certaines une pensée presque « philosophique » et « religieuse » voire « idéologique », qui n’a pas de fondement objectif et rationnel et qui est même réfutée par bon nombre de « spécialistes » issus de ce domaine.
Nous pouvons être surpris de voire ces « chercheurs » postuler des théories ou parler de l’existence de particules que nous ne pourrons jamais observer et dont ils n’ont que « l’intuition » ou parfois « l’intime conviction ». Pourtant, il ne viendrait jamais à l’esprit de quiconque de contredire l’idée qu’il s’agit bien de science alors qu’aucun des critères posés pour définir les sciences dites « dures » ne sont respectés.
Si l’un des critères de la science dite « sérieuse » est l’objectivité, donc la mise à l’écart de tout « sentimentalisme » que l’on a pu parfois reprocher aux sciences humaines, alors pourquoi tolère-t-on ces positions si personnelles voire affectives chez ces grands astro-physiciens ?
Ceci révèle certains chercheurs prétendument objectifs sont eux-mêmes « victimes «  de leurs a priori et que leur aura influence d’autres collègues qui ont la représentation qu’il s’agit là d’avis d’expert indiscutables. Autrement dit, ce sont les croyances et les façons singulières de penser qui influencent le jugement des chercheurs qui « voient » ce qu’il souhaiterait pouvoir mettre en évidence.

De même, les « observations » effectuées dans ce domaine utilisent des instruments de mesure et des outils qui ne donnent qu’une « perception » relative des phénomènes observés, phénomènes qui se sont passés en théorie il y a des milliers d’années et dont on suppose qu’ils nous arrivent aujourd’hui. Les outils d’observations permettent de « voir » des signes d’une activités ou d’un phénomène mais pas le phénomène en lui-même.

Les chercheurs les plus avancés dans ce domaine proposent l’idée selon laquelle les phénomènes que nous observons ne sont pas observables en eux-mêmes, « perçu » dans l’absolu, suspendu dans l’espace-temps, indépendemment de tout contexte. Il proposent qu’il faudrait tenir compte du fait qu’il y ait un observateur dont la présence et l’activité d’observation contribue à « modifier » ce qu’il observe. L’observation consiste donc à repérer les effets provoquer par le fait d’observer. En postulant qu’il faut inclure l’observateur dans l’observation, les sciences « dures » tendent à se rapprocher des postulats des sciences humaines et sociales qui affirment depuis longtemps déjà la relativité de l’observation.
Cet exemple reste cependant bien loin de nos préoccupations.

Afin de montrer la portée de cette proposition je vous propose un deuxième exemple qui se rapproche davantage de ce qui vous concerne.

   Deuxième illustration

Dans le milieu médical, nous pouvons constater que malgré les progrès tout à fait spectaculaires dans certaines domaines, certains mécanismes biologiques demeurent mystérieux et incompris. Même dans des domaines pointus de la médecine nous avons toujours le cas rare et le contre-exemple qui servent à asseoir une règle ou une norme. Les médecins peuvent alors parfois reconnaître leur ignorance du rétablissement irrationnel de tel patient ou au contraire du déclenchement soudain et imprévisible d’une brutale décompensation chez un autre.
Les limites d’une approche « rationnelle » et cartésienne du découpage des phénomènes observés se révèlent lorsque nous apprenons que certains phénomènes ne s’observent et ne se comprennent que dans l’interaction, que dans la dynamique de l’échange et non pas lorsque nous les figeons à un moment donné.

 Troisième illustration

Un autre exemple encore plus proche de votre situation vous permettra de comprendre en quoi le simple fait d’observer modifie ce que l’on observe et que par conséquent les sciences humaines et sociales, et notamment la psychologie ne sont pas moins « sures » que les sciences de la nature.

Il suffit de vous imaginer plus tard en train de travailler en stage à l’hôpital, pour « valider » votre stage ou de passer une épreuve de travaux pratiques durant votre parcours de formation. Vous allez être mis(es) dans une situation d’effectuer un soin que vous avez observé auparavant et que vous avez même pratiqué à plusieurs reprises. Malgré le fait de vous retrouver dans le même lieu de stage, dans une chambre de patient pour y effectuer un soin déjà fait au préalable, le simple fait d’être cette fois dans un cadre d’examen et un contexte d’évaluation, face à un observateur qui vous observe et note attentivement vos moindre faits et gestes, et qui est là pour « valider » ou non votre « compétence » de soignant, modifie votre comportement. En général, le contexte d’examen conduit déjà à une appréhension, à une vérification plus importante, à un état parfois d’angoisse, de peur de mal faire ou d’échouer, que les choses se passent mal ou que l’on soit rappelé à l’ordre sur un geste que l’on ne fait pas correctement. Cela ne signifie pas pour autant forcément qu’en situation « naturelle » vous ne sauriez pas le faire. D’ailleurs en général, c’est plutôt durant l’examen que l’on se met à ne plus savoir faire…ou du moins à avoir l’impression de ne pas savoir faire un geste que l’on exécute totalement en temps normal et que l’on fait sans réfléchir. Dans son observation, l’examinateur va pourtant bien « jouer le jeu » en tenant compte du fait qu’il s’agit d’un contexte d’examen, ce qui suppose qu’il soit exigeant sur la qualité de ce que vous allez faire et dire tandis que de votre côté vous fassiez preuve de maitrise, de sang froid, de sérieux, de perfection du geste et de savoir-faire.
Autrement dit, le simple fait de vous savoir observé, à la fois par le patient et par l’examinateur produit bien un effet sur votre comportement et ce que l’on peut en déduire mais sans que cela puisse assurer l’observateur que vous saurez refaire le geste ou au contraire que vous en êtes incapable.

Enfin, encore plus proche de notre quotidien, il nous suffit de nous rappeler notre attrait pour ce qui est observable, quantifiable et rationnalisable, au point de croire davantage une publicité à la télévision sous prétexte que le produit est présenté par un expert en blouse blanche et s’il est dit que des « tests » ont montrés l’efficacité d’un produit qui a été validé « scientifiquement » ou « testé en laboratoire ».

Se fier à ce que l’on observe « concrètement » n’a donc pas plus de « valeur » de « vérité » scientifique que ce que l’on approche en sciences humaines.

La science se définirait donc plutôt comme un ensemble de règles qui définissent à l’avance un terrain d’observation (le Champ), les critères de ce qui est observable (le cadre), les moyens pour y parvenir (la méthode), les outils utilisés (la technique) et les règles de recueil et d’interprétation de données. Toute science a en effet des limites et toute science est par essence réfutable.

Après avoir mis à jour l’un des mécanismes de la résistance face aux sciences humaines et sociales et après avoir déconstruit cette représentation nous pouvons nous atteler à une autre représentation qui en découle. Nous avons tendance à penser que la science serait définit par ce qui est objectif.

Deuxième résistance et représentations : ce qu’est la réalité

La séparation entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales se base également sur la représentation de la science comme un ensemble donnant une description objective de la réalité.
Dans le langage courant, la « Réalité » serait objective et la science aurait pour rôle de la décrire de la manière la plus objective qui soit, hors de toute point de vue partisan.
La réalité est quelque chose qui se définit pourtant comme un entre-deux entre un pôle subjectif et un pôle objectif.

L’Objectivité

D’un point de vue objectif, la réalité s’appréhende comme ce qui nous revient d’une perception commune, partagée et communicable avec les autres : c’est-à-dire ce qui nous met tous d’accord et de suite sans interprétation.
A titre d’exemple, nous pouvons nous mettre d’accord, pour admettre, du moins je l’espère pour votre santé, que nous sommes tous dans une salle de cours, que nous sommes assis et que nous consacrons une partie de notre temps de journée à la psychologie à laquelle j’essaie de vous intéresser…là encore je l’espère.
Nous sommes d’accord également pour dire que lorsque nous rencontrons quelqu’un, cette personne a aussi une vie, une famille, une histoire, qu’elle possède des objets et qu’elle a des « projets ».
Nous sommes tous d’accord pour dire que lorsque l’on rencontre un patient atteint d’une maladie l’objectivité nous permet d’utiliser des outils et des traitements qui permettent tout d’abord de déterminer de quel mal il souffre, puis de pouvoir diagnostiquer, de pouvoir metre en place un traitement en vue de la soigner et d’élaborer un pronostic. Nous sommes tous d’accord pour dire que dans le cas de certaines maladies, nous pouvons faire un diagnostic par exemple et un pronostic quant à son évolution à partir de ce qui a déjà été observé auparavant chez d’autres patients dont nous avons pu suivre l’évolution.

La Subjectivité

D’un point de vue subjectif, la réalité telle que nous l’entendons lorsque nous parlons « d’être dans la réalité » n’est pas une évidence ou quelque chose qui s’impose comme ça de nul part. la réalité est une co-construction, un puzzle, un tableau ou plutôt un terreaux fait de différents niveaux de stratifications. Puisque nous ne naissons pas seuls, notre réalité individuelle se co-construit à partir de la perception et de la médiation avec un autre être humain avec lequel nous interagissons depuis nos premiers moments d’existence. Notre perception est un voile sur le réel : notre réalité est donc une interprétation personnelle et singulière du monde, co-construite dans notre rapport et notre relation aux autres. Un tableau sans toile n’est pas un tableau, autant s’il manque son auteur, celui qui lui donne forme et sens que s’il manque, le contenu de l’œuvre ou les différentes couches de peinture et de vernis qui le composent. Il y a un support matériel, mais aussi des éléments constitutifs du cadre du tableau et des différentes couches qui donnent à l’ensemble son armature. Mais il y a aussi le contenu, la manière peindre, le thème, les couleurs, les retouches, le « style » de l’auteur. Il y a aussi le contexte de création de l’œuvre, l’histoire de l’auteur autant que la situation historique de son époque qui vient parler de quelque chose que l’auteur essaie de se re-présenter.

Une illustration proche de votre situation, nous permet de saisir ce point. Il vous suffit de vous rappeler les situations où votre point de vue divergeait complètement de celui de votre proche parent ou collègue. Il vous suffit de vous rappeler comment quelqu’un ne vous laisse pas indifférent dans la rue tandis qu’il laisse de marbre votre « meilleur(e) ami(e) » avec lequel ou laquelle vous êtes d’ordinaire toujours d’accord…ou de pourquoi vous vous dites « fan de » telles séries à la télévision alors que tout votre entourage n’y prête pas attention.
Ce point est tout à fait important car il nous permet de comprendre en quoi la rencontre avec un patient peut se trouver très étonnante en raison de divergence de ce que nous appelons l’opinion, la « philosophie de la vie », l’histoire, la culture, l’habitude, le contexte. Bien que ce patient présente telle ou telle difficulté sur laquelle nous avons mis un nom de maladie reconnue par tous, il n’empêche que ce patient vit à une certaine époque, dans une société donnée, qu’il est issue d’un certain milieu socio-culturel avec une histoire de famille, son histoire et qu’il vit singulièrement sa maladie. Il existe autant de maladies que de patients même si nous pouvons les classer bien légitimement en catégories afin de les soigner.
Si la réalité était la même pour tous, alors il n’y aurait pas de « raisons » pour que certaines personnes perçoivent des choses qu’elles hallucinent mais qui n’existent pas, ou qu’elles s’imaginent des intentions des autres de manière tout à fait erronée.
La réalité est donc à la fois singulière mais plusieurs, plurielle et complexe, c’est-à-dire groupale, multifactorielle, et multisensorielle bien qu’individuelle et partagée.

Ainsi, nous avons vu que la réalité ouvre sur un dialogue entre un point de vue objectif nécessaire voire indispensable qui permet de pouvoir élaborer quelque chose de partagé avec les autres et un point de vue subjectif qui touche ce qui affecte la personne humaine dans son « originalité ».

Maintenant que nous avons déconstruit ensemble la représentation permettant de distinguer l’objectivité et la subjectivité, nous pouvons nous pencher sur la représentation que nous avons de la psychologie.

Troisième résistance et représentations : ce qu’est la psychologie

Sans prétendre trouver à toutes les questions que l’on se pose nous pouvons repérer une autre forme de résistance à l’objet même de la psychologie : l’esprit humain.

Les résistances à la psychologie sont liées en premier lieu au fait que l’objet d’étude de la psychologie, l’être humain dans sa globalité, conduit cette discipline à une position d’intermédiaire qui peut être perçue comme ambiguë et parfois inconfortable car dans un entre-deux, entre objectivité et subjectivité.
En effet, d’un côté la psychologie s’intéresserait à la « relation à l’autre » dans une approche globale que l’on nomme « l’intersubjectivité », qui est parfois regroupée dans le cadre du travail infirmier sous l’étiquette « soin relationnel » qui serait racontable, partageable donc objectivable.
Et de l’autre, la psychologie s’intéresserait à la réalité intérieure de l’être humain, son monde interne, sa réalité psychique singulière, un monde non-observable directement, au premier abord, une « réalité » dont nous pouvons pourtant proposer des « lectures » permettant de repérer les « mécanismes » cognitifs précis ou les « processus » psychiques jusque dans les interactions neuro-physiologiques. Cette dimension intrapsychique ou intrasubjective nous échappe toutefois ce qui nous conduit à vouloir nier son existence. Ce qui fait la « difficulté », la complexité donc l’intérêt et de la psychologie, résident justement dans le fait d’avoir un objet qui n’est pas observable en soi directement et font nous ne pouvons « voir » seulement les effets, un objet donc qui n’est pas objectivable tout à fait, puisqu’il laisse une trace et un reste, c’est-à-dire un quelque chose d’énigmatique que l’on ne peut appréhender directement. De tous temps, ce qui se passe dans l’esprit, l’âme, la pensée, la psyché, le cerveau, a suscité de l’intérêt, de la curiosité, du mystère mais aussi de la crainte.
Et puisque nous parlons de résistances, nous pouvons les observer directement, dans une démarche psychologique, en réfléchissant sur notre propre réaction face à la psychologie.
La réticence que nous avons à l’égard de la psychologie s’explique par le fait qu’elle nous renvoie à nous-mêmes en tant qu’observateur-observant et observé, avec tout ce que cela suppose d’une perte de maîtrise et de la découverte de ce qui nous échappe.
Tout d’abord, la première réaction que nous pouvons avoir se trouve sous forme de question : Mais après tout qu’est-ce que l’esprit ? Qu’est-ce qui nous « prouve » que l’interprétation d’un phénomène que nous observons est « bonne » ? Et d’abord, le phénomène que nous observons a-t-il nécessairement un sens qui doit être interprété ? Le fait même de s’approcher de certains phénomènes psychiques sollicite nos propres défenses face aux surgissements de ce quelque chose que nous ignorions jusqu’à là et que nous sommes bien amenés pourtant à reconnaître. Alors face à ce mouvement de découverte de la psychologie nous allons alors réagir et nous trouver un ensemble de constructions qui vont venir soit rationaliser soit dénier ce que nous apprenons de la psychologie par ce qu’elle suppose de nous laisser immerger dans l’inconnu. Nous résistances sont nécessaires et viennent en réaction à ce qui vient parler de nous à travers cet objet.

Pourtant, nous savons bien que ce n’est parce que la relation à l’autre n’est pas « découpable » et « analysable » rationnellement comme une trajectoire de fusée ou une dose de « 50 cc » de solution injectable qu’elle ne repose pas sur des principes et des règles que les sciences humaines nous apprennent. Contrairement aux sciences « dures » qui reposent sur une distinction radicale entre l’objet d’étude, l’observé, et l’observateur, en psychologie c’est un humain observe un observé humain également qui lui ressemble et qui l’observe également en retour.

Le paradoxe des résistances

Paradoxalement à ces résistances que nous pouvons éprouver en nous et observer chez tout à chacun nous pouvons remarquer que les termes issus de la psychologie sont pourtant de plus en plus présents dans notre vocabulaire.
Nous employons régulièrement des expressions telles que « être psychologue », « faire preuve de psychologie », « arrête de faire ton parano ! », « c’est un psychopath ! », « faire son hystérique » etc… Ensuite, la psychologie tend de devenir « soluble » dans notre culture par l’omniprésence des « psys » qui sont alors mis dans des positions d’experts dans les médias où les émissions dites spécialisées distillent leurs précieux « conseils » pour la moindre question. Enfin, la psychologie tend à devenir apparemment « indispensable » dans notre société de sécurité et de prévention à travers la présence systématique du « psy », dans l’urgence, dans les cellules de crises ou pour le moindre accident, crime ou catastrophe naturelle et par l’intermédiaire de la généralisation des pratiques « actuelles » du psy qui intervient autant en psychiatrie, qu’en hôpital général, que dans le milieu associatif ou encore sur Internet et plus récemment encore par téléphone…
Les médias ont bien compris l’intérêt et la fascination mêlée de crainte que nous attribuons à cette dimension en nous proposant des mises en situations spectaculaires et théâtrales ou en se basant sur des « faits réels » pour donner du crédit à ce que nous nommons « la psychologie des personnages » de films ou de séries. Vous connaissez sans doute tous ou pour la plupart une émission de ce genre. Alors, à une psychologie complexe et insaisissable pour qui n’est pas formé, s’oppose une psychologie de « supermarché ».

A présent que nous avons abordé la différence entre sciences humaines et sociale, et sciences de la nature, et après nous être attaqués aux résistances à la psychologie, nous replacer cet enseignement de psychologie au sein de votre cursus de formation en soins infirmiers.

LE DISCOURS SCIENTIFIQUE COMME ENTRE-DEUX ENTRE OBJECTIVITE ET SUBJECTIVITE

Tout comme nous avons vu ensemble que la réalité est une lecture du monde à travers un « objectif » et un regard, la socio-logie, la psycho-logie, et l’anthropo-logie, sont des représentations, des discours qui tendent à organiser une certaine approche et une « perception » du monde à travers un champ, un cadre et un contexte autour d’un objet d’étude.
Le Logos ou Logia, de psychologie, le discours, donne une orientation, un point de vue, une prise de distance par rapport à l’expérience : l’approche c’est s’approcher, donc ne pas saisir l’intégralité de l’expérience, cela laisse un reste.
Comme tout logos, la psychologie doit être replacée dans son champ, dans son cadre à la lumière de son contexte d’émergence et de son histoire sans jamais se substituer à la pratique de terrain.

Nous venons de voir précédemment que la relativité de l’observation et des approches est un principe central lorsque l’on s’intéresse à la psychologie et aux sciences humaines et sociales mais aussi lorsque l’on travaille à soigner des patients, quelle que soit la référence professionnelle et théorique à partir de laquelle on se situe.

Pour finir donc de parler de « psy » et de ce en quoi la psychologie consiste, je vous propose un plan de cours avant une petite entrée en matière de ce que l’approche psychologique permet, mais aussi et surtout de définir la psychologie à partir d’un contre-exemple, en négatif, c’est-à-dire à partir de ce qu’elle n’est pas.

LA PSYCHOLOGIE : DEFINITION, HISTOIRE ET GRANDS DOMAINES

Alors « qu’est-ce que la psychologie ? ».
Vous devez sans doute en avoir une idée ou du moins un début d’idée depuis le début de ce cours. Mais pour le rendre plus intéressant, je vais plutôt vous proposer ce qu’elle n’est pas.
Voici quelques extraits de courrier que nous recevons tous, régulièrement sous formes de petits papiers dans nos boîtes aux lettres respectives :

« Professeur …Grand voyant médium marabout international – sérieux
Grâce à grand secret et don héréditaire de père en fils ! Pr. … a des milliers de solutions à vos problèmes. Il n’y a pas de problème sans solution. Possède un pouvoir surnaturel, guérit tous les maux. Retour instantané et définitif de l’être aimé. Ramènes-moi sa photo, sa date de naissance, son nom et son prénom et son retour sera immédiat. Assure la fidélité inconditionnelle entre époux. Chance dans tous les domaines de la vie. Succès en affaire, en jeu d’argent, en attraction de clientèle comme en amour. Réussite dans tout : examens, permis de conduire, promotion, commerce, parits. Guérit les problèmes d’alcool, de tabac, d’obésité, d’angoisse. Protection contre le mauvais œil, désenvoutement. Résolution de tous les problèmes de la vie de loin comme de près. Résultat garanti sous 7 jours. Discrétion assurée, travail sérieux et efficace.
Venez vite me consulter la chance vous sourira. Succès garanti. Tous les médiums sont médiums mais il ne disposent pas du même pouvoir de la même puissance».

Il ne me reste plus qu’à pointer au chômage…et à ma reconvertir dans la voyance…
Quant à vous, il vous reste à vous inscrire rapidement dans cette formation exceptionnelle qui semble presque innée et qui garantit cent pour cent de réussite… !

Cette petite vignette clinique teintée d’humour nous permet de comprendre les enjeux tout à fait essentiels autour de l’engagement psychologique auprès des patients, des risques et des dangers liés à un mésusage et à un détournement de ce que la psychologie nous apprend auprès des êtres humains que nous rencontrons. Car il s’agit bien de cela : nous confronter à la rencontre avec un autre sujet humain, semblable et différent, souffrant, qui est parfois en attente d’une solution rapide à son mal-être et à sa douleur, et qui nous fait vivre son angoisse, sa détresse, son impuissance et ses contradictions.

Au-delà des dangers du charlatanisme, vous pourrez aisément reconnaître au sein de cet vignette quelques éléments que nous retrouvons dans la publicité et les techniques de management qui prône une réussite et un bonheur partout et qui utilisent les découvertes de la psychologie à d’autres fins que celles du soin et de l’accompagnement.

DÉFINITION : LA PSYCHOLOGIE

Donner une définition précise et exhaustive de la psychologie pose déjà en soi, un nombre important de questions et de difficultés en fonction des termes que nous employons.

Toutefois, je vous en propose une qui rassemble les grandes lignes de ce qui permet de la définir.

La Psycho-logie vient du couplage entre le terme « psycho » qui dérive du latin psychologia terme lui même formé à partir du grec ancien, ψυχή, (psukhē : le souffle, l’esprit, l’âme) et « logos » – λογία – (-logia, la science, l’étude, la recherche). La psychologie est donc la science, l’étude de l’esprit, de l’âme. Nous trouvons ici une première esquisse de la représentation de l’objet de la psychologie : la psychologie c’est à la fois quelque chose que l’on perçoit et que l’on entend. C’est le souffle, le flux, ce qu’on ne voit pas mais qui passe d’un endroit à l’autre, entre un dedans et un dehors, entre une personne et une autre. L’esprit a été longtemps considéré comme le souffle, ce qui fait souffle, ce qui circule jusqu’au dernier souffle. Pendant un temps, sa location a d’ailleurs été attribuée aux poumons du fait de leur animation spontanée.

La psychologie est une discipline issue et appartenant aux sciences humaines, dont l’objet d’étude est le psychisme de l’être humain, considéré et respecté dans sa complexité, sa singularité et sa globalité.
Plongeant ses racines à la fois dans la philosophie antique dont elle s’est émancipée et la physiologie/médecine avec laquelle elle s’est rapprochée pour acquérir son statut scientifique, il s’agit d’une discipline proposant des approches de la réalité psychique du sujet humain.
Elle est fondée principalement sur l’observation et l’analyse approfondie des cas individuels, aussi bien normaux que pathologiques, et pouvant s’étendre à celle des groupes et des Institutions.
La psychologie regroupe divers courants et diverses spécialisations qui définissent un champ très large allant de l’observation, la narration, la rédaction de cas et la démarche de compréhension, vers la description, l’explication, l’évaluation et le diagnostic. Elle rassemble ainsi des approches complémentaires et contradictoires qui permettent de développer toute sa complexité, à l’image de l’être humain.
Si nous allons un peu plus loin, nous pourrions dire que la psychologie est une science humaine qui a pour vocation l’étude des processus psychiques, des mécanismes, des conflits, et des enjeux qui sous-tendent les attitudes, les conduites et les comportements du sujet humain dans son rapport au monde et sa tentative de résolution de sa problématique.
Cette science en propose des modèles de compréhension. C’est-à-dire que d’emblée la psychologie pose ses limites. En ce sens, la théorie issue de la pratique est une représentation du vécu, de la réalité, et non pas LA Réalité. Lorsque vous utilisez une carte de géographie pour vous repérer et vous déplacer par exemple en montagne, la carte vous donne une représentation schématique qui ne reflète pas exactement la réalité de ce que vous percevez dans l’instant sur le terrain…: la carte n’est pas le territoire. Ainsi la psychologie, comme toute science, doit permettre la « discussion », le dialogue au sens d’un échange d’idées ou d’un débat contradictoire, en posant d’emblée le principe de relativité de l’observation.
La psychologie ouvre l’accès à une représentation complexe du psychisme humain par l’intermédiaire de nombreuses méthodes telles que l’entretien psychologique qui peut-être utilisé à des fins d’exploration ou l’examen psychologique qui permet par exemple, mais pas seulement, une évaluation, c’est-à-dire une rationalisation de l’observation.

Sa pratique et son utilisation suppose également une position éthique et déontologique amenant à réfléchir sur sa position et aux enjeux de l’orientation de soignant, un être humain, dans le lien à un autre être humain ou un groupe d’humains.

NAISSANCE ET ÉVOLUTION DE LA PSYCHOLOGIE

Ce cours de présentation doit également passer nécessairement par un détour historique.

Nous avons tendance à penser que la psychologie est une discipline plutôt jeune, en tout dans sa forme actuelle. Son omniprésence dans notre quotidien ou dans les médias fait que nous en parlons davantage par rapport il y a même une vingtaine d’années. Pourtant, la Psychologie prend naissance dans l’antiquité, et notamment en Égypte et en Grèce, en Chine, dans la pensée indienne et arabo-musulmane. Depuis les époques les plus reculées de l’histoire de l’humanité où l’homme a commencé à penser sa condition d’être humain dans le monde qui l’entoure, jusqu’à la deuxième moitié du XIXème siècle, la psychologie faisait partie de la philosophie qui lui donne son essence intellectuelle et théorique mais aussi sa légitimité. Nous postulons en effet, « preuves à l’appui », que ce sont les philosophes antiques qui les premiers se sont interrogés sur les conditions de l’existence humaine, et qui sont par conséquent à l’origine de la pensée philosophique et au prémisses de la psychologie.
Les philosophes ont apportés une contribution tout à fait essentielle à la naissance de la psychologie. Parmi ses précurseurs, nous trouvons des philosophes tels que Platon, Aristote, Démocrite, Épicure, Plutarque, Pythagore, qui seront suivis par Thomas d’Aquin, Descartes, Hume, Bergson, Spinoza…
Puisque nous avons beaucoup de difficulté, en l’absence d’écrits ou d’autres preuves tangibles, à « dater » la naissance de la psychologie à travers le prisme de la philosophie, nous admettons par convention que les civilisations antiques auraient été le berceau des premières formes de pensée. Il existe certainement avant cela, des prémisses de la pensée de l’homme sur son existence et son rapport aux autres et au monde et ce depuis l’apparition du langage primitif. Les traces et autres indices laissés sur les objets et les murs témoignent de l’émergence d’une forme de pensée symbolique encore attachée au corps et aux formes.
A partir du XIXème siècle la psychologie va entamer un mouvement d’émancipation de la philosophie en adoptant notamment des méthodes issues d’autres champs des sciences de la nature et des sciences humaines et sociales. Ainsi, sous la poussée des sciences émergentes de l’époque et des progrès scientifiques, la psychologie va petit à petit sortir de son berceau uniquement intellectuel et théorique pour s’enrichir de bases conceptuelles davantage orientées à partir de l’observation de faits et de reproductibilité des expériences, de prévision des résultats et de construction de situations expérimentales. Elle va ainsi sortir du giron philosophique pour se tourner vers ce qui se rapporte à l’expérimentation.

Étant donné qu’il est d’emblée difficile de trouver une origine précise et datée à la psychologie, et encore plus, compte tenu de la diversité de ses courants, de pouvoir en faire une histoire unifiée, au sens d’une chronologie linéaire, je vous propose de faire le tour des grands courants afin de vous permettre de vous représenter son étendue à travers une vue d’ensemble.

LES DOMAINES DE LA PSYCHOLOGIE

Les domaines de la psychologie sont nombreux et variés.

En voici quelques uns de ceux que nous allons reprendre par la suite dans ce cours de manière plus détaillée.
Ces paragraphes constituent davantage des présentations d’ensemble plutôt que des propositions de définitions. Par conséquent, je vous présenterai plus en détails et individuellement les grands courants qui nous intéressent dans ce cours au moment où nous les aborderons.

Comme nous l’avons vu précédemment dans ce début de cours d’introduction, il existe en science une scission entre une approche naturaliste supposée plus scientifique et une approche plus humaniste.  Nous retrouvons cette tendance à séparer en psychologie deux courants entre un courant naturaliste et un courant humaniste.
Le courant naturaliste regroupe la psychologie expérimentale, le béhaviorisme ou psychologie comportementale, la psychologie différentielle et statistique,  la Psychophysiologie et neuropsychologie. Cette psychologie isole et dissocie les éléments de la vie psychique (perception, temps de réaction, mémoire, émotion) et se déroule principalement en laboratoire. Elle porte sur des faits vérifiables. Elle s’attache ainsi à suspendre le phénomène observé en le préservant des éventuels éléments qui pourraient en gêner l’observation ou en modifier le résultat.
Le courant humaniste s’apparente quant à lui davantage aux sciences de l’homme. Il regroupe la gelstalt théorie, le courant humaniste, la psychologie cognitive, la psychologie sociale, la psychologie du développement, la psychanalyse, la psychologie clinique et la psychopathologie. Cette branche s’intéresse à l’étude du sujet singulier en situation dite « naturelle », dans sa globalité et sa singularité en tenant compte de son histoire et de son environnement.

Premier domaine : la psychologie expérimentale

La psychologie expérimentale est une forme de la psychologie qui se rapproche de la science en laboratoire. Elle consiste à mettre en place des situations dites « artificielles », que l’on oppose aux situations dites « naturelles », et qui viennent reproduire certaines conditions et évaluer la réaction des individus aux stimuli. Il s’agit avant tout d’une discipline visant l’étude des comportements observables. Parmi les quelques dates significatives de cette branche de la psychologie, nous pouvons retenir, la création du laboratoire de psychologie expérimentale en Allemagne en 1879 par Wilhelm Wundt (1832 – 1920), les travaux pionniers de Ivan Pavlov (1849 – 1936) au sujet de l’apprentissage des animaux par le conditionnement « stimulus-réponse-récompense » qui sont parfois appelés les expériences du chien de Pavlov : les réflexes conditionnels, ou encore la publication des principes de psychologie par William James en 1890 aux Etats-Unis d’Amérique. Les retombées des travaux en psychologie expérimentale s’appliquèrent à de nombreux domaines hors du champ de la psychologie, notamment dans celui du travail.
La psychologie expérimentale est un parent éloigné ou un ancêtre de certains courants en psychologie cognitive ou d’approches cognitivo-comportementales.
Le premier domaine de la psychologie est donc assez éloigné de la tradition philosophique de la psychologie et cherche à établir des Lois de comportement et de prévisibilité à travers une démarche scientifique qui se rapproche de la médecine.

Voici les psychologues d’orientation expérimentales les plus connus :

Wilhelm Wundt (1832 – 1920)
Benjamin Bourdon (1860 – 1943)
Alfred Binet (1857 – 1911)

Deuxième domaine : le béhaviorisme

Le béhaviorisme se rapproche sur certains points de la psychologie expérimentale dont il est un « petit frère ». Parfois appelé ou assimilé au comportementalisme, le béhaviorisme est une approche psychologique qui consiste à l’origine à se concentrer sur le comportement observable, visualisable, déterminé par l’environnement et l’histoire des interactions de l’individu avec son milieu. Le béhaviorisme vient en réaction aux approches dites « mentalistes » ou philosophiques qui voyaient dans l’esprit et le fonctionnement mental, les causes de tous les comportements. En postulant que l’objet de son étude est le comportement observable, le Béhaviorisme procède d’un glissement de l’objet d’étude de la psychologie puisqu’il ne s’intéresse pas, en premier lieu, à ce qui se passe dans l’esprit. L’esprit serait une « boite noire » dont on ignore tout de la structure et du fonctionnement puisque l’on ne pourrait pas en « observer » directement le fonctionnement. Les expériences de Burrhus Skinner sur les rongeurs et les pigeons (« la boite de Skinner ») ont notamment mis en évidence l’existence d’un conditionnement instrumental à la fois proche et différent du schéma pavlovien.
La période de développement du Béhaviorisme est surtout majeure entre les années 1930 à 1960 même si aujourd’hui nous pouvons constater un renouveau avec certains chercheurs qui se placent dans une position néo-béhavioriste, notamment dans le domaine de la pédagogie. En se positionnant dans une posture anti-psychique et anti-constructiviste, le béhaviorisme s’est éloigné du giron de la psychologie d’essence « psychique » et philosophique et a fait l’objet de vives critiques par la suite qui lui ont fait perdre beaucoup de son influence dans le milieu de la recherche notamment du fait d’une tendance à la déshumanisation et au réductionnisme de l’Homme à un ensemble de comportements observables et explicables depuis un point de vue purement extérieur.

Voici quelques psychologues d’orientation béhavioriste dont les contributions furent majeures :

Ivan Pavlov (1849 – 1936)
John Watson (1878 – 1958)
Burrhus Skinner (1904 – 1990)
Clark Hull (1884 – 1952)
Edward Tolman (1886 – 1959)

Troisième domaine : la psychologie différentielle

La psychologie différentielle est une discipline de la psychologie qui vise l’étude des différences psychologiques à la fois dans leur variations entre les individus d’un même groupe que l’on nomme inter-individuelle, mais également pour le même individu en fonction des situations dans lesquelles il se trouve et que l’on nomme intra-individuelle, ou entre plusieurs groupes d’individus différenciés à partir de critères objectifs de distinction c’est-à-dire intra-groupe selon l’âge, le sexe, la taille, le milieu social… Cette sous-discipline de la psychologie s’est centrée sur la mesure de l’intelligence et de la graduation des niveaux et « performances intellectuelles ». La psychologie différentielle a contribué à la création d’un ensemble de batteries de tests parfois regroupés sous l’appellation de « Psychométrie » et dont nous pouvons encore entendre parler avec les parents qui souhaitent faire passer un Q.I. à leur enfant. En s’appuyant sur les postulats issus de la psychologie expérimentale, la psychologie différentielle ou « psychologie des différences » a eu pour objet d’établir des principes permettant de comprendre le lien entre les variations de performances constatées, les caractéristiques individuelles et groupales des sujets d’étude par rapport à ce que la psychologie nous apprend.
La psychologie différentielle à donné lieu à de nombreuses études sur les performances en fonction de critères de distinction. A partir des travaux de ses pionniers, tels que Francis Galton ou encore Alfred Binet, la psychologie différentielle a permis la mise au point de questionnaires psychologiques, des tests d’intelligence, de la notion « d’âge mental » mais aussi et surtout de l’émergence de la complexification de la représentation de l’intelligence. C’est à ces auteurs et leurs successeurs que nous devons l’invention des échelles et tests tels le W.B.I.S., Q.I. – W.I.S.C., le test de Quotient Intellectuel Q.I. W.A.I.S., le quotient de développement Q.D.
La psychologie différentielle a pu faire l’objet de critiques du fait d’une tendance à la normalisation et une centration sur un ensemble de critères qui peuvent conduire à une approche réductrice de l’être humain puisqu’elle ne peuvent pas prendre en compte certains différences culturelles. De plus, comme nous le savons à présent l’intelligence et la mémoire ne se limitent pas à une seule forme. Il existe en effet plusieurs formes d’intelligence et de mémoires. Enfin, les « compétences » révélés lors des passations de tests doivent pouvoir être transférées à d’autres situations plus « naturelles ». Il ne sert à rien de pouvoir avoir un haut score à une épreuve mais à être incapable de se servir de cette « compétence » lorsque cela sera nécessaire dans une situation imprévue de la vie.

Voici les psychologues dont les contributions ont été les plus significatives dans ce domaine :

Francis Galton (1922 – 1911)
William Stern (1871 – 1938)
Alfred Binet (1857 – 1911)
David Wechsler (1896 – 1981)
Hermann Ebbinghaus (1850 – 1909)

Quatrième domaine : la gestalt-théorie

La psychologie de la forme, ou Gestalt-théorie, ou encore gestaltisme est une théorie à la jonction entre psychologie, philosophie et biologie qui postule que les processus de la perception et de la représentation mentale traitent spontanément les phénomènes comme des ensembles structurés, c’est-à-dire comme des formes, et non comme une simple addition ou juxtaposition d’éléments ou de données perceptives isolées. En somme, le Gelstaltisme s’oppose à l’idée d’un découpage de la réalité en de minuscules données perceptives qui seraient alors traitées indépendamment avant d’être reconstituées.
La théorie gestaltiste a émergée au début du XXème siècle sous la plume de Christian von Ehrenfels qui propose une approche sensiblement différentes des théories visant à un découpage de plus en plus précis et réducteur des processus observés. Tout d’abord, l’activité psychique serait liée à un système complexe qui ne serait pas « fermé » mais ouvert. Ensuite, chaque système et sous-système serait déterminé par sa relation structurelle avec les méta-systèmes auxquels il appartiendrait. En somme un système serait lié même dans sa forme au système qui le chapeaute. De plus, un système est lui-même considéré comme une unité dynamique, non-figée, constituée par la relation entre les éléments qui le constituent. Un système serait donc en mouvement. Ensuite, un système est conçu dans la théorie gestaltiste comme une unité dynamique définie par les relations entre ses éléments psychologiques. Le système vise à une sorte de balance ou d’équilibre entre ses différents constituants de sorte à proposer une vision dynamique et globale d’un phénomène observé. De ces hypothèses découle qu’un tout, un groupe, un ensemble, est toujours supérieur et plus complexe que le simple agencement ou la juxtaposition des parties qui le constituent. En somme le tout c’est plus que la somme des parties, l’être humain c’est plus qu’un assemblage d’organes et de membres. Un objet ne serait pas perçu comme une somme rapide et détaillée des éléments qui le constituent mais comme avant tout une forme unitaire, à travers une vue d’ensemble. De ceci découle que pour étudier un phénomène il ne convient pas de le découper en autant d’éléments différents qui le constituent mais de trouver un outil qui permette de l’appréhender dans sa totalité. La Gestalt-théorie est l’un des ancêtres/confrères de la psychanalyse.

On trouve parmi ses fondateurs :

Wolfgang Köhler (1887 – 1967)
Max Wertheimer (1880 – 1943)
Kurt Koffka (1886 – 1941)
Fritz Perls (1893 – 1970)
Aron Gurwitsch (1901 – 1973)
Paul Guillaume (1978 – 1962)

Cinquième domaine : la psychologie génétique ou psychologie du développement

La psychologie du développement, appelée auparavant psychologie génétique fut renommée ainsi pour des raisons de confusion avec la génétique à présent très répandue. Il s’agit d’une sous-discipline de la psychologie visant l’étude scientifique des changements dans le fonctionnement psychologique de l’individu humain au cours de sa vie. La psychologie du développement est l’une des premières branches trans-disciplinaires de la psychologie puisqu’elle recoupe et relie plusieurs autres formes de psychologie.
A l’origine, la psychologie du développement s’attache avant tout à l’étude du développement de l’enfant depuis sa naissance, à travers de nombreux critères d’apprentissage. La psychologie du développement s’intéresse notamment à l’évolution des facultés mentales et des processus présents aux différents âges de la vie en lien avec les caractéristiques propres de chaque individu. Elle emprunte ses concepts à d’autres champs de la psychologie tels que la psychologie clinique, la psychanalyse, la psychopathologie, la psychologie cognitive et la psychologie sociale et permet de recourir à divers points de méthodes et de techniques différents.
Son rayon d’influence dépasse largement celui du simple domaine de la psychologie puisque nous pouvons en voir des applications notamment en pédagogie, ou en science de l’éducation. Parmi ses pionniers, Jean Piaget, a cherché à rendre intelligible la naissance de l’intelligence de l’individu humain, en décrivant les différents stades du développement de l’enfant, notamment à partir de l’observation de ses propres enfants. La discussion engagée notamment avec Lev Vygotsky, contributeur du constructivisme social, une théorie selon laquelle l’intelligence naît d’une construction complexe à partir du contexte et des interactions sociales, a permis un approfondissement des théories sur le développement de l’être humain.
Aujourd’hui, la psychologie du développement tend à s’intéresser à l’étude de l’évolution de l’intellect et plus globalement de la personnalité en fonction des différents âges de la vie.

Parmi ses auteurs les plus célèbres, nous trouvons :

Henri Wallon (1879 – 1962)
Jean Piaget (1896 – 1980)
Lev Vygotsky (1896 – 1934)
Eric Erickson (1902 – 1994)

Sixième domaine : la psychologie humaniste

La psychologie humaniste ou l’école humaniste caractérise un courant de la psychologie qui s’appuie sur l’expérience consciente du « client » et qui introduit le postulat de l’autodétermination. Il s’agit de développer chez la personne qui consulte la capacité de faire des choix personnels et à être autonome. L’école humaniste a été très influente tant sur la méthode que sur l’approche de l’être humain, notamment dans les domaines de la psychosociologie, de l’éducation ou encore dans le soutient aux victimes de catastrophes. Appelée également « la troisième force dans le psychologie » à côté de ces trois consœurs, le béhaviorisme, la psychanalyse et la psychologie transpersonnelle, la psychologie humaniste a été formée entre 1954 et 1958 aux États-Unis sous l’impulsion de deux auteurs pionniers Abraham Maslow et Carl Rogers. Cette forme de psychologie naît en réaction à l’impression d’une déshumanisation de l’être humain dans le béhaviorisme qui pourrait avoir une tendance plus ré-éducative que thérapeutique, et d’un pessimisme résultant du prédéterminisme issu de la psychanalyse qui dépossède l’être humain d’une large part de lui-même qu’il pensait maîtriser et connaître. Pour les psychologues humanistes, l’être humain est fondamentalement bon, dans le sens où il évoluera toujours positivement s’il suit son instinct. La violence et la prédation ne sont, selon ces auteurs, que les fruits de la désespérance.
L’approche humaniste a notamment contribué à l’extension des concepts et méthodes de la non-directivité c’est-à-dire à laisser le client parler sans le diriger dans l’entretien, de l’authenticité, de l’empathie c’est-à-dire de la capacité à se mettre à la place du patient et de souffrir à l’intérieur de soi comme il souffre, et de la chaleur. Le thérapeute doit être authentique avec le patient afin de lui signifier et l’inviter à l’être également. L’empathie doit permettre la répétition et la reformulation de la problématique du patient par le thérapeute qui se place ainsi selon le cadre de référence du patient et non pas à partir de son propre cadre. La chaleur suppose un accueil inconditionnel de ce que dit le patient et l’acceptation de où il en est dans le ici et maintenant de la rencontre. Non-directivité, authenticité, empathie et chaleur forment ainsi un cadre d’accueil, d’écoute et de résonance de la problématique du patient en le suivant et en l’accompagnant là où en est.
Cette approche est particulièrement influente dans le cadre de l’accompagnement des patients en fin de vie.

Parmi les auteurs remarquables dans ce domaine nous trouvons :

Abraham Maslow (1908 – 1970)
Carl Rogers (1902 – 1987)
Marshall Rosenberg (1934 – )
Thomas Gordon (1918 – 2002)
Alfonso Caycedo (1932 – )
Roger Vittoz (1863 – 1925)
Viktor Frankl (1905 – 1997)

Septième domaine : la psychanalyse

La psychanalyse est une discipline fondée par Sigmund Freud qui se définit selon trois niveaux.
A un premier niveau, la psychanalyse est une méthode d’investigation consistant essentiellement dans la mise en évidence de la signification inconsciente des paroles, des actions, des productions imaginaires telles que les rêves, les actes manqués, les lapsus, les fantasmes et les délires, d’un sujet humain. Cette méthode se fonde principalement sur les libre-associations du sujet c’est-à-dire à sa capacité de passer d’un thème à l’autre et d’une idée à l’autre, et qui constituent le garant de la justesse de l’interprétation par la générativité associative qu’elles suscitent. Ce qui compte ce n’est pas de dire le vrai ou de trouver la vérité objective et historique mais de permettre de dérouler encore le fil des associations afin de remonter jusqu’au sens inconscient.
La psychanalyse a pour vocation une extension de son champ d’exploration à d’autres secteurs jusque là non-intégrés dans son corpus théoriques. C’est pourquoi la psychanalyse peut à présent s’étendre à d’autres formes de situations qui ne reposent pas sur la libre association et qui supposent et nécessitent un cadre aménagé.
A un deuxième niveau, la psychanalyse est une méthode psychothérapique fondée sur l’investigation et l’interprétation des résistances du sujet, le transfert et le désir.
A un troisième niveau, la psychanalyse désigne un ensemble de théories psychologiques et psychopathologiques où sont systématisées par la méthode psychanalytique d’investigation et de traitement.
Cette discipline a été critiquée du fait de son éloignement des critères de scientificité reconnus à l’époque de son émergence et notamment du fait d’une apparente impossibilité à réfuter ses affirmations aussi bien sur le plan théorique que durant une cure. Pourtant, en tant que « science de l’Inconscient », la psychanalyse suppose que toute nouvelle avancée repose sur les apports antérieures. En se compléxifiant, la psychanalyse a subi des inflexions et des évolutions qui n’ont pas pour autant annulé les apports antérieurs.

Parmi les auteurs ayant contribué à son développement, nous pouvons retenir :

Sigmund Freud (1856 – 1938)
Karl Abraham (1877 – 1925)
Sandor Ferenczi (1873 – 1933)
Hanns Sachs (1881 – 1947)
Otto Rank (1884 – 1939)
Max Eitingon (1881 – 1943)
Ernest Jones (1879 – 1958)
Mélanie Klein (1882 – 1960)
Donald. Winnicott (1896 – 1971)
Jacques Lacan (1901 – 1981)
Daniel Lagache (1903 – 1972)
Jean Baptiste Pontalis (1924 – )
Jean Laplanche (1924 – 2012)

Huitième domaine : la Psychologie cognitive

La psychologie cognitive est une discipline de la psychologie qui se fonde sur l’étude de l’esprit et de la cognition, c’est-à-dire de l’intelligence ou de la pensée. Née dans les années 1950, elle qui étudie deux grands ensembles. Tout d’abord, elle s’intéresse aux grandes fonctions cognitives (intellectuelles et psychologiques) de l’être humain qui sont également appelées les fonctions supérieures parmi lesquelles nous trouvons la mémoire, le langage, l’intelligence, le raisonnement, la résolution de problèmes, la perception ou l’attention. Ensuite, elle étudie les fonctions exécutives c’est-à-dire l’ensemble assez hétérogène de processus cognitifs de haut niveau permettant un comportement flexible et adapté au contexte. Ces capacités sont liées à l’anticipation, la planification, l’organisation, la résolution de problème, le raisonnement logique, la mémoire de travail, le contrôle cognitif, la pensée abstraite, l’apprentissage de règles, l’attention sélective, la sélection de réponses motrices, la motivation, l’initiative, etc.
La psychologie cognitive part du principe que l’on peut inférer des représentations, des structures et des processus mentaux à partir de l’étude du comportement observé. Cependant, contrairement au béhaviorisme dont elle est l’une des héritières, la psychologie cognitive défend l’idée que l’objet de la psychologie est bien l’étude du mental et non du comportement. En revanche, contrairement aux autres courants « mentalistes » comme la psychanalyse à laquelle elle s’oppose parfois, la psychologie cognitive ne fait pas de l’introspection une voie d’accès particulièrement fiable pour explorer le mental.
La Psychologie cognitive utilise pour cela des outils et des objets qui permettant d’observer et d’objectiver les processus mentaux qu’elle cherche à étudier.
La psychologie cognitive est véritablement née à partir des travaux sur l’intelligence artificielle, le développement de l’informatique et les progrès en terme d’imagerie qui ont justement permis le développement des notions de système d’information, de traitement de l’information et de cybernétique. La psychologie cognitive propose une approche différentes de la psychologie clinique et de la psychanalyse en travaillant sur de nouvelles méthodes de soins telles que la remédiation cognitive et en s’appuyant sur les avancées récentes effectuées en Neurosciences.

Voici quelques auteurs pionniers dans ce domaine :

Alan Baddeley (1934 – )
Yannick Bressan (1979 – )
Donald Broadbent (1926 – 1993)
Jerome Bruner (1915 – )
George Mandler (1924 – )
Ulric Neisser (1928 – 2012)
Alan Newell (1927 – 1992)
George Armitage Miller (1920 – )
Roger Shepard (1929 – )
Herbert Simon (1916 – 2001)
Elizabeth F. Loftus (1944 – )
George Sperling (1934 – )
Robert Sternberg (1949 – )

Neuvième domaine : la Psychopathologie

La psychopathologie (de psukhê : « âme » et pathos : « maladie » donc maladie de l’âme) est une discipline de la psychologie qui étudie les troubles mentaux ou psychologiques et les troubles comportementaux. Elle constitue l’objet d’étude de la psychologie clinique et de la psychiatrie et elle est liée étroitement à la psychanalyse. Elle est enseignée dans les Universités ou dans les Centres Hospitaliers Universitaires.
Comme toute discipline vivante et humaine la psychopathologie a subi des évolutions significatives dans la manière de concevoir la maladie.
Georges Canguilhem a tout d’abord avancé l’idée que ce n’est pas à la science de juger du normal puisque la notion même de « normalité » et « d’anormalité » est une construction tributaire d’un contexte historique, culturel et des normes sociales et individuelles. A titre d’exemple, l’homosexualité qui a été ou est encore considérée dans certains endroits du monde comme un crime, une maladie ou une anormalité, a été sortie notamment par la psychanalyse de la catégorie des « Perversions » et est ensuite sortie de la catégorie des crimes.
La psychopathologie identifie ainsi trois types de normalité : la normalité comme norme sociale, la normalité comme idéal et la normalité comme absence de maladie.
Le Psychanalyste Daniel Widlöcher déclare que juger d’une conduite en termes de normalité ou d’anormalité renvoie obligatoirement à un jugement normatif et parfois condamnant. La psychopathologie est l’étude de ces conduites marquées que sont les anomalies, d’en repérer la genèse, d’en définir la fonction et d’en préciser le mécanisme plus que de la situer par rapport à une norme au sens d’un bien fondé.
Le psychanalyste Jean Bergeret a développé une vision structurale de la psychopathologie en définissant et en montrant les limites entre le « normal » et le « pathologique ». Nous reviendrons sur cette opposition au sujet de la psychologie et de la santé.
Le psychanalyste René Roussillon propose quant à lui une nouvelle définition de la psychopathologie qui tend à synthétiser l’ensemble des approches et que je vous propose donc de retenir : « La psychopathologie peut être définie comme une approche visant une compréhension raisonnée de la souffrance psychique ». En tant qu’approche elle propose un point de vue, en tant que compréhension raisonnée, elle propose des règles ou des points de repérages de certains processus de fonctionnement mais sans se poser en Loi autoritaire.

Voici quelques grands noms de contributeurs à la pensée de la Psychopathologie :

Georges Canguilhem (1904 – 1995)
Daniel Widlöcher (1929 – )
Jean Bergeret (1923 – )
Jean Laplanche (1924 – 2012)
René Roussillon (1947 – )

Dixième domaine : la Psychologie clinique

Le terme de psychologie clinique est apparu sous la plume d’Edouard Claparède qui avait objectif de marquer une tentative de transposition et de transfert des avancées de la psychologie expérimentale, effectuée en laboratoire, vers le lit du malade et la situation empirique de rencontre en milieu dit « naturel ». Le terme clinique (du grec klinê, le lit) renvoie à la notion de « être au chevet de… », sans examen ni instrument de laboratoire. C’est pourquoi un médecin est également parfois appelé « clinicien » alors qu’il n’est pas psychologue clinicien.
La psychologie clinique peut néanmoins reposer sur l’utilisation de tests et de méthodes ou techniques plus ou plus complexes mais elle garde la rencontre inter-subjective et la réflexion du praticien sur la rencontre, au centre de son orientation.
Sigmund Freud a proposé la définition suivante : « Les relations avec le conflit, avec la vie, voilà ce que j’aimerai appeler psychologie clinique ».
Le Psychanalyste Daniel Lagache a par la suite complété sa définition en 1949 en précisant qu’il s’agit d’une « science de la conduite humaine, fondée principalement sur l’observation et l’analyse approfondie des cas individuels, aussi bien normaux que pathologiques, et pouvant s’étendre à celle des groupes ». Cet auteur et grand praticien a contribué à créer la Licence de psychologie, donnant ainsi à cette discipline son statut universitaire et son autonomie par rapport à la philosophie.
Plus tard, en 1983 , Didier Anzieu parle de la psychologie clinique comme « une psychologie individuelle et sociale, normale et pathologique » qui «  concerne le nouveau-né, l’enfant, l’adolescent, l’homme mûr et enfin le mourant ».
La psychologie clinique a beaucoup été influencé d’une part par les apports de la phénoménologie qui postule la singularité du sujet humain à chaque fois différent, d’autre part par la psychologie humaniste dans sa méthodologie de position et d’écoute, d’empathie, mais aussi par la théorie des formes, et enfin par la psychanalyse qui n’est pas sa référence exclusive bien que majoritaire encore actuellement et qui propose la compréhension du sujet humain en terme d’énergie (point de vue économique), de conflictualité (point de vue dynamique), de lieux et d’instances différentes (le point de vue topique : perception-Inconscient-préconscient-conscient / Moi-Surmoi-Idéal du Moi-Surmoi-Moi idéal-ça). Son ancrage est à l’équilibre entre un « pôle objectif » représenté par l’utilisation de tests et de méthodes projectives et d’évaluation, et un « pôle subjectif » représenté par la situation de rencontre inter-subjective.

Voici quelques grands noms de la Psychologie clinique :

Sigmund Freud (1856 – 1938)
Daniel Lagache (1903 – 1972)
Didier Anzieu (1923 – 1999)
René Roussillon (1947 – )

Onzième domaine : la Psychologie sociale

La psychologie sociale est une sous-discipline de la Psychologie dont l’objet d’étude est commun à la psychologie et à la sociologie. La Psychologie sociale s’intéresse au « social » au sens de tout ce qui se rapporte aux relations entre les individus et/dans les groupes, et tout ce qui relève de la rencontre humaine à la fois sur le plan cognitif et sur le plan des relations dites sociales en étudiant les processus psychiques qui les sous-tendent. Elle s’intéresse fondamentalement à la dynamique et parfois l’opposition individu/groupe (famille, paires, institution, société) ainsi qu’aux phénomènes inhérents aux rencontres interindividuelles parmi lesquels nous trouvons entre autres les phénomènes d’influence, les situations de conformisme, de soumission à l’autorité dont nous avons déjà fait l’expérience au début de ce cours, les stéréotypes, les phénomènes de bouc émissaires ou encore à l’expérience de manipulation. En tant que branche de la psychologie, la psychologie sociale travaille sur et à partir des représentations individuelles et collectives, leur construction, leur évolution et leur effets sur les croyances, les processus de décision et les comportements qui en résultent à la fois sur le plan individuel que sur celui du groupe. En tant que science du sociale à travers le point de vue de la psychologie, la psychologie sociale s’attache surtout à analyser les comportements sociaux en distinguant plusieurs niveaux d’analyse à la fois distincts mais complémentaires : le niveau intra-psychique c’est-à-dire ce qui se passe dans l’esprit d’un individu, le niveau interpersonnel c’est-à-dire ce qui se passe entre deux personnes, le niveau  entre un individu et un groupe et le niveau inter-groupe, c’est-à-dire à ce qui se passe entre deux ou plusieurs groupes.
Parmi les expériences importantes liées à la psychologie sociale nous trouvons :
L’expériences de Hawthorne sur l’environnement des travailleurs (1927 – 1930)
L’expérience de Asch sur le conformisme au sein des groupes (1950)
L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité (1960 – 1963)
L’expérience de Zimbardo sur l’environnement carcéral (1971)
Expérience de la Porte-au-nez de Robert Cialdini sur la manipulation (1975)

Parmi les auteurs incontournables en psychologie sociale, nous trouvons :

Georges Elton Mayo (1880 – 1949)
Gustave Lebon (1841 – 1931)
Jean-Gabriel Tarde (1843 – 1904)
William McDougall (1871 – 1938)
Kurt Lewin (1890 – 1947)
Solomon Eliot Asch (1907 – 1996)
Serge Moscovici, (1925 – )
Stanley Milgram (1933 – 1984)
Philip George Zimbardo (1933 – )
Robert Cialdini (1945 – )
Douzième domaine : la Psychophysiologie

La psychophysiologie est une discipline de la psychologie née au XIXème siècle qui trouve une racine du côté de la psychologie en tant que la science de l’étude des comportements et de la pensée, et une racine du côté de la physiologie en tant que science de l’étude des lois du fonctionnement des organismes vivants. Pour résumer, la psychophysiologie se situe à l’interface de ces deux disciplines comme science des mécanismes et des lois physiologiques des comportements et de la pensée chez l’animal, dont l’homme. Il s’agit d’une science des fonctions organiques et de leurs effets sur l’individu. Elle étudie les rapports entre l’activité psychique et l’activité physiologique (en particulier celle du système nerveux).
Ses objets d’étude ont d’abord été la conscience, la perception, les émotions et l’action. On a ensuite étudié les états de vigilance, l’action pharmacologique et les données de caractéristique individuelle et de personnalité biologique à partir des progrès effectués dans le domaine de la technologie et notamment de l’électronique et de la cybernétique. Les problématiques dominantes actuelles sont celles des étapes de la cognition et de la mise en réseau des processus cognitifs.
La psychophysiologie a notamment travaillé sur les bases physiologiques des émotions et leur observations objectives.
Si la Psychophysiologie suppose une approche réductionniste, puisqu’elle suppose par moment de faire abstraction de certains éléments, elle n’en demeure pas moins une discipline en pleine expansion du fait notamment des progrès technologiques qui ont permis une observation « directe » des phénomènes mesurés. La psychophysiologie est donc l’étude des relations entre des faits psychologiques et physiologiques, mesurées dans l’organisme vivant, afin de mettre en évidence et de proposer des lois d’organisation et de fonctionnement et de promouvoir la compréhension des relations entre les processus mentaux et les processus corporels qui les sous-tendent. C’est ainsi que la psychophysiologie a pu aider à la compréhension de certaines symptomatologies présentes notamment dans les maladies mentales. Un pont peut être fait entre la psychophysiologie et la pharmacologie qui étudie notamment l’effet produit par les substances psychotropes sur le fonctionnement cérébral.

Parmi les auteurs ayant contribué à cette discipline, nous trouvons par exemple :

Christian Poirel (1933 – 2006)
Mark Richard Rosenzweig (1922 – 2009)
Georges Chapouthier (1945 – )

Treizième domaine : la Neuropsychologie

La Neuropsychologie est une discipline scientifique et clinique qui étudie les structures et les fonctions mentales supérieures dont nous avons déjà parlé au sujet de la psychologie cognitive qui sont notamment la mémoire, le langage, l’intelligence, le raisonnement, la résolution de problèmes, la perception ou l’attention. Elle les étudie dans leurs rapports avec les structures cérébrales au moyen d’observations menées auprès de patients présentant des lésions cérébrales accidentelles (suite à un A.V.C….), congénitales (inhérentes au code génétiques de l’individu) ou chirurgicales (suite à une intervention).
Elle va par exemple permettre de comprendre les fonctions cérébrales touché par un Arrêt vasculaire cérébrale et pourra servir de point de départ à la mise en place d’exercice permettant de récupérer en partie les fonctions lésés grâce au phénomène de plasticité cérébrale.
L’essor de la Neuropsychologie est liée au développement tout à fait important actuellement des Neurosciences et des progrès en terme d’imagerie. La Neuropsychologie n’est pourtant pas une discipline nouvelle puisqu’on retrouve des prémisses en Égypte antique.
Lors de son essor au début du dix huitième siècle, cette discipline cherchera à attribuer à des fonctions cérébrales une localisation précise sur le cerveau. Sous l’impulsion de Franz Joseph Gall la neuropsychologie cherchera à attribuer dans un premier temps à des traits de caractères et aux capacités intellectuelles une origine crânienne (La phrénologie). Puis, à partir des travaux de certains chercheurs auprès des patients souffrants d’aphasie, la recherche va se poursuivre en cherchant à établir une correspondance anatomo-clinique entre le langage et la zone cérébrale présentant une lésion. Ce courant supposera qu’à une lésion d’une partie précise du cerveau correspondra une symptomatologie précise. C’est notamment dans cette approche que s’illustreront les travaux de Paul Broca et de Carl Wernicke qui mettrons respectivement à jour les fameuses aire de Broca et de Wernicke impliquée dans le langage et la compréhension.
A ce courant s’opposera celui d’une vision globaliste du cerveau niant une organisation purement fonctionnelle : le cerveau serait un tout qui produirait les fonctions mentales en question.
A la fin du XIXème siècle, la psychologie dite « scientifique » prend son envol pour finir par se retrouver au carrefour entre neurologie clinique et psychologie expérimentale : le terme de Neuropsychologie est alors introduit par William Osler.
Les moyens d’investigations sont divers mais l’imagerie cérébrale (IRM, TEP, EEG, MEG…) constitue un outil désormais incontournable dans la recherche actuelle. De fait la neuropsychologie contemporaine s’intègre donc dans le courant des neurosciences cognitives.

Parmi les auteurs ayant une contribution significative dans ce domaine, nous trouvons :

Franz Joseph Gall (1758 – 1828)
Paul Pierre Broca (1824 – 1880)
Carl Wernicke (1848 – 1905)
Jean-Baptiste Bouillaud (1796 – 1881)
Marie-Jean-Pierre Flourens (1794 – 1867)
Antonio Damasio (1944 – )
Joseph Edouard LeDoux (1949 – )
Maryse Lassonde (1954 – )

LES DIFFERENTS « PSY »

Après vous avoir exposé les grands domaines de la psychologie, et pour terminer cette partie d’Introduction à la psychologie, je vous propose de faire le tour ensemble des différents types de « psy ». En effet, il peut paraître important de savoir à qui s’adresser et avec qui l’on travaille lorsque l’on est infirmier engagé dans un service et une équipe pluri-disciplinaire.

En France, parmi les « psy », nous trouvons le Psychiatre, le Psychologue, le Psychanalyste et le Psychothérapeute.

Le Psychiatre

Le Psychiatre n’est pas un psychologue. Il s’agit d’un médecin de formation qui a étudié la médecine à l’Université en cursus « classique » avec un concours d’entrée au terme de la première année avec un cursus échelonné sur une dizaine d’années comme les autres médecins qui ont pris une autre voie, mais il a effectué ensuite une spécialisation en psychiatrie au terme de son Internat.
Le Psychiatre exerce aussi bien en Institution hospitalière qu’en cabinet libéral et il est enregistré auprès de l’ordre des médecins.
En Institution : le Psychiatre exerce en tant que médecin-assistant ou comme praticien hospitalier (P.H.). Il est alors bien souvent le référent des patients auxquels il propose des entretiens thérapeutiques au même titre que le Psychologue ou que les infirmiers. Cependant, plusieurs éléments le distinguent de ses confrères. Tout d’abord, et bien qu’il n’existe pas de hiérarchie stricte entre médecin et infirmier(ère), le médecin-psychiatre est le responsable et médecin référent des soins des patients. Contrairement au Psychologue, le Psychiatre a la possibilité de prescrire des traitements médicamenteux ou la participation à des groupes thérapeutiques ou d’autres temps de soins et de proposer ou d’imposer (dans de très rares cas prévus par la Loi) une hospitalisation dans un centre spécialisé lorsque la situation nécessite une telle mesure. C’est également lui qui entérine la décision de faire sortir un patient du service, lors de « sortie d’essai » par exemple, dans les services fermés. Le psychiatre peut également occuper une fonction de chef de service.
En cabinet libéral : le Psychiatre reçoit toutes les personnes souhaitant une rencontre thérapeutique, qu’il s’agisse d’une consultation ponctuelle ou d’une demande de psychothérapie. Il peut mener des psychothérapies auxquelles adjoindre parfois une prescription d’un traitement psychotropes.
Les conditions matérielles ainsi que l’organisation des rencontres dépendent de l’orientation du thérapeute. Contrairement aux autres médecins-spécialistes, le Psychiatre peut être consulté en « Accès direct autorisé », c’est-à-dire sans passage obligatoire par le médecin traitant.
A la différence des autres « psy », le Psychiatre fait l’objet d’un remboursement par la Sécurité Sociale, remboursement qui peut être éventuellement complété par celui d’une mutuelle santé.

Le Psychologue

Le Psychologue est un professionnel ayant suivi un parcours d’au moins cinq ans en Psychologie, parcours l’ayant conduit à l’obtention d’un diplôme de niveau I, c’est-à-dire de 3ème cycle, reconnu par l’Etat.
En France, sont autorisées à user du titre de Psychologue toute personne titulaire d’un diplôme de Master en Sciences Humaines (Bac +5), avec mention psychologie et option professionalisante. anciennement appelé : Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (D.E.S.S.S.) ou ses équivalents. Le diplôme de Master s’obtient au terme d’au moins deux années (Master I et Master II) débouchant sur un cursus professionnalisant. Comme les médecins, les psychologues présentent des spécialisations qui leur donnent des orientations tout à fait différentes.
Bien que les spécialisations ne soient pas officiellement reconnues et que tous les détenteurs d’un Master en psychologie avec option professionnalisante soient « psychologue », il existent différentes approches qui déterminent naturellement le travail du psychologue et son orientation.
Parmi les Psychologues, nous trouvons le psychologue clinicien, le psychosociologue, le psychologue cognitiviste, le neuropsychologue, le psychologue de la santé, le Psychologue du développement.
Le psychologue remplit trois grandes fonctions : de diagnostic, de formation, d’expert, apportant le point de vue du psychologue auprès d’autres spécialistes.

Le Psychologue clinicien psychopathologue

Le psychologue clinicien – psychopathologue est un professionnel que vous avez peut-être déjà croisé et que vous croiserez certainement durant votre cursus de formation et même plus tard dans votre pratique. Il correspond à la caricature du « psy qu’on va voir pour lui raconter sa vie pendant qu’il ne répond pas » ou si l’on est en institution, du psy qui écoute et se tait et traîne dans les couloirs du service…
Il est spécialisé en Psychopathologie et Psychologie clinique, ce qui signifie qu’il a une connaissance approfondie de la psychopathologie et qu’il peut mener un travail thérapeutique auprès des patients ainsi que des psychothérapies. Sa formation est nécessaire mais pas suffisante. Il lui faut donc la poursuivre tout au long de son parcours professionnel. Sa référence principale est la psychanalyse et ses dérivés mais elle n’est pas sa seule référence puisque sa pratique est une pratique transversale de changement.
Le Psychologue clinicien intervient aussi bien en Institution qu’en tant que professionnel en cabinet libéral.
En Institution : ses domaines de compétence sont variés.
Son statut en Institution est celui de Cadre A.
Il peut proposer des psychothérapies, des consultations, des entretiens ponctuels, du soutien psychologique, de la relation d’aide et d’accompagnement ou des passations de tests.
Son travail peut également concerner les équipes de soins à travers la mise en place de temps de supervision d’équipe ou d’analyse de la pratique professionnelle ou tout simplement d’une disponibilité dans des temps informels qui permettent d’aider ses collègues dans l’exercice de leur travail.
Le Psychologue clinicien peut également mettre en place des groupes de paroles ou des ateliers à médiation.
A la différence du Psychiatre, le Psychologue ne peut pas prescrire de traitement médicamenteux.
Bien que le Psychologue clinicien travaille en collaboration avec ses collègues issus d’autres disciplines, sa profession est par essence une profession libérale et non pas paramédicale.
Ceci implique donc une certaine liberté et une autonomie dans son travail.
Cette indépendance est nécessaire et indispensable à l’exercice de son métier.
En cabinet libéral : le Psychologue clinicien peut proposer de multiples techniques en fonction de son orientation. Il peut recevoir des familles, des couples, des enfants, des adolescents, des adultes ou des personnes âgées.
Contrairement au Psychiatre, le Psychologue ne fait pas l’objet d’une tarification par la sécurité sociale, son travail n’est donc pas remboursé sauf par de rares mutuelles à ce jour.

Le psychosociologue

Le psychosociologue est un professionnel de la psychologie qui, à l’inverse de la sociologie, ne fait pas de césure entre l’individu et le collectif.
Intervenant par exemple beaucoup dans le domaine du travail et plus généralement de l’activité économique, le psychosociologue a deux types d’emplois possibles. Il peut être spécialiste de la production de l’information, de son traitement et de ses effets dans des situations de communications multiples (publicité, marketing, communication médiatique, communication d’entreprise…). Il s’intéresse donc au message, et ses outils conceptuels et techniques vont des théories de la représentation, de l’influence, de l’analyse de contenu à l’analyse des rapports texte-image. C’est-à-dire de comment le langage sous toutes ses formes peut induire un changement dans l’être humain. Mais il peut également, en entreprise, occuper une place de spécialiste des constructions et des jeux symboliques qui font qu’un homme au travail est une « machine » symbolique. Cette spécialité lui permet de questionner les organisations dans ce qu’elles produisent de déterminisme et de dysfonctionnements, et de proposer des solutions face aux problèmes de productivité ou de mal-être au travail des employés.
Le psychosociologue intervient pour faire de la thérapie et de la dynamique de groupe, mais aussi au sein d’ « études marketing » pour mieux appréhender une clientèle ou un public. Il mène en face à face des entretiens non-directifs pour des études qualitatives et anime des réunions de consommateurs. Il est capable d’analyser en profondeur des comportements d’achat et les représentations inconscientes des consommateurs.

Le psychologue du travail

Le psychologue du travail ou psychologue des organisations s’intéresse au rapport du sujet au travail et aux organisations au sein desquels il évolue. Il s’intéresse également à la façon de perfectionner les responsables pour adapter les personnes au travail proposé en sélectionnant le personnel motivé et correspondant au poste. Il va chercher à ce que les postes plaisent aux gens en créant un environnement de travail qui stimule le moral et la productivité et il va évaluer les résultats et créer des incitations à la performance. Le psychologue du travail est parfois caricaturé en « coach ». Pourtant dans son travail, il peut tout à fait s’orienter selon une approche non pas directive mais clinique. Dans cas, il n’aura pas de visée à proprement parler productiviste. Son objectif sera rempli si son intervention a permit une réouverture et une circulation de champs psychiques chez et entre les travailleurs. Ainsi, il pourra faire en sorte que l’individu  trouvent en lui la capacité de faire évoluer son rapport au travail pour que la souffrance psychique revienne dans le champ de ce qui leur est supportable. On parle de la promotion de la santé mentale au travail.
Le psychologue du travail s’intéresse actuellement au question de recrutement et de prévention de la santé au travail.

Le Neuropsychologue

Le Neuropsychologue est un professionnel de la psychologie que vous pourrez être amenés à rencontrer dans votre futur métier. Il s’intéresse notamment et plus particulièrement au fonctionnement cérébrale et aux effets des lésions sur les processus psychologiques et les comportements. Il dispose d’un bagage théorique à mi-chemin entre la neurologie, la psychologie de la santé, les neurosciences et tout ce qui relève de la pathologie cérébrale. La Neuropsychologie étant avant tout une discipline clinique, au chevet du lit des patients, le Neuropsychologue a un rôle de rencontre et d’évaluation de l’importance des troubles neuropsychologiques suite à un dysfonctionnement cérébral, que celui-ci se soit développé au cours d’un développement par ailleurs normal (épilepsie, dyslexie, …) ou qu’il survienne après une affection cérébrale (lésion, traumatisme crânien, tumeur cérébrale, infections, MST…). Il participe également à l’élaboration du diagnostic et peut assurer un suivi avec le patient voire participer à une rééducation ou à une stimulation cognitive du patient.
L’imagerie cérébrale permet d’orienter ou de confirmer les hypothèses neuropsychologiques en localisant le siège d’une tumeur, d’une lésion, d’une dégénérescence cérébrale (IRM), d’une anomalie du débit sanguin cérébral (IRMf, ou du métabolisme cérébral TEP), en confirmant une hypothèse épileptique (EEG, MEG)…
Le Neuropsychologue peut intervenir notamment auprès de patients atteint de la maladie d’alzheimer afin de dépister et tenter de ralentir les effets de la maladie sur les processus cognitifs atteints. Mais il peut également intervenir auprès de patients souffrants de pathologie mentale telles que la schizophrénie en proposant de nouvelles méthodes de traitements telles que la remédiation cognitive.

Le Psychologue cognitiviste

Les psychologues cognitivistes sont des psychologues qui étudient l’intelligence, ou comment on fait pour penser. La cognition est cette faculté mobilisée dans de nombreuses activités, comme la perception (des objets, des personnes, des formes, des couleurs…), les sensations (gustatives, olfactives, kinesthésiques…), les actions, la mémorisation et le rappel d’informations, la résolution de problèmes, le raisonnement (inductif et déductif), la prise de décision et le jugement, la compréhension et la production du langage, etc.
Les psychologues cognitivistes cherchent à déterminer par quels mécanismes nous réalisons toutes les tâches auxquelles nous sommes confrontés. Ceci signifie que ce qui importe au psychologue cognitiviste, c’est de dresser la liste précise des opérations mentales élémentaires ou des processus qui permettent de décrire comment un sujet accomplit une tâche cognitive.
Les processus, et les mécanismes par lesquels ils sont déclenchés et exécutés, ne doivent pas être vagues. Ils doivent pouvoir être définis précisément.
L’esprit du psychologue cognitiviste est le même que celui de tout autre scientifique. Le psychologue cognitiviste découvre les mécanismes par lesquels le sujet pense. Il s’intéresse notamment à l’intelligence artificielle et son lien avec l’intelligence humaine. Outre des psychothérapies d’orientation cognitivo-comportementales, le psychologue cognitiviste peut également proposer des techniques de remédiation cognitive permettant une thérapeutique fonctionnelle d’un trouble observé.

Le Psychanalyste

Le Psychanalyste n’est pas nécessairement un psychologue. Il s’agit d’une personne ayant effectuée une analyse personnelle ainsi qu’une formation spécifique.
Officiellement, le titre de Psychanalyste n’est pas reconnu par l’état.
En revanche, il existe divers organismes de formation reconnus pour leur sérieux.
Un Psychanalyste peut être un médecin, un psychiatre ou un psychologue ayant obligatoirement approfondi sa formation sur lui-même et à partir de lui-même notamment à travers sa psychanalyse personnelle et un long travail de supervision. Un Psychanalyste est donc une personne qui a bénéficié d’une formation approfondie à partir de sa propre expérience en analyse. Le Psychanalyste peut effectuer des psychothérapies ou des Psychanalyses.
Il peut également s’agir d’une personne n’ayant fait aucune étude dans l’un de ces domaines.
Enfin, le travail du Psychanalyste n’est pas remboursé par la Sécurité Sociale.
Il est reconnu qu’un certain nombre de personnes se proclament « psychanalystes » sans en avoir ni la formation ni la technique.

Le Psychothérapeute

Depuis le Décret N° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute
L’usage du titre de Psychothérapeute est désormais protégé et encadré par la Loi.
Jusque récemment tout un chacun pouvait s’auto-proclamer psychothérapeute puisque par définition un psychothérapeute est quelqu’un qui entretient un rapport de psychothérapie.
Parmi les gens qui se présentent comme thérapeute, un grand nombre n’a aucun diplôme et aucune formation spécifique.
Attention, il ne faut confondre Psychanalyste et Psychothérapeute.
Un psychothérapeute peut donc être un psychiatre, un psychologue, un psychanalyste ou un médecin ayant subis une formation complémentaire.

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ENTREE EN MATIERE… …LA PSYCHOLOGIE

ENTRÉE EN MATIÈRE…                            …LA PSYCHOLOGIE

PREMIÈRE ENTRÉE EN MATIÈRE : LA DÉCOUVERTE DE LA PSYCHOLOGIE

Mise en situation

Ceci étant dit, je vais vous demander avant toute chose de vous lever…

(Attendre que les élèves se lèvent…si nécessaire prendre une posture autoritaire et ne pas hésiter à patienter et à insister sur cette demande).

Maintenant asseyez-vous…

(Attendre qu’ils se soient tous assis).

Constats

Voilà, en guise d’entrée en matière, nous venons de faire une première expérience ensemble, une expérience simple en psychologie, directement appliquée au groupe, d’une situation de soumission à l’autorité qui est un processus plus ou moins conscient que nous étudierons plus en profondeur notamment lorsque nous aborderons les grands concepts de la Psychologie sociale mais aussi les mécanismes d’adaptation en Psychologie de la santé ou encore le concept de représentation en Psychologie cognitive, et enfin de désir et de pulsion en Psychologie clinique.

Commentaires

Ici, nous pouvons remarquer ensemble qu’il s’agit d’une autorité supposée et implicite du fait d’un contexte particulier qui veut que vous soyez là pour apprendre, donc que vous soyez dans une position de désir de quelque chose, en l’occurrence au moins de désir de réussir votre cursus en validant vos connaissances par un examen. Quant à moi, la situation actuelle veut que je sois là pour vous enseigner, c’est-à-dire, que je sois ici en tant qu’enseignant ou formateur, détenteur d’un savoir et que je sois amené à vous transmettre quelque chose que vous allez progressivement vous approprier. Par conséquent, le cadre, le contexte de ce cours ainsi que les normes et les règles implicites qui organisent nos rencontres successives vous conduisent à être et à vous mettre dans une position ou dans un rôle de réception et d’écoute attentive, ce qui suppose implicitement une certaine forme de « soumission ». Vous vous comportez plus ou moins consciemment en étudiant car c’est de cela dont il s’agit ici et c’est ce qui est attendu et souhaité de vous dans ce cadre précis de formation. Tandis que je suis supposé détenir le savoir, posséder une certaine forme de pouvoir, et que je vous transmette des connaissances, ce qui ma place implicitement dans une position d’autorité et de supériorité manifeste…j’ai bien dit manifeste…
Remarquons également au passage que nous ne pouvons pas déterminer précisément si cette asymétrie de position relève de mon fait ou du votre. En effet, les choses sont instaurées ainsi du fait du cadre qui nous entoure.
Il va sans dire que je vous demande et vous engage à m’écouter en silence et attentivement.

DEUXIÈME ENTRÉE EN MATIÈRE : LA PSYCHOLOGIE AU QUOTIDIEN

Mise en situation

Ensuite, je vais vous demander de bien vouloir éteindre vos portables…

(Les inciter à éteindre leurs portables, si nécessaire de manière autoritaire et froide).

Constats

En guise de seconde entrée en matière nous pouvons repérer de nombreux éléments simplement en observant nos propres réactions et les effets de mon discours sur votre comportement.
C’est-à-dire que les mots que j’ai utilisé autant que la forme, la manière de présenter les choses ainsi que la contexte dans lequel ma demande a été faite ont un effet sur votre réponse.
D’une part, nous pouvons remarquer que vous avez réagi de manière différentes les uns des autres.
Certains d’entre vous ont pu ne pas répondre à ma demande du fait de l’expérience précédente…et de ce que vous avez décidez en réaction à l’autorité supposée que j’exercerais sur vous.
Ainsi, nous pouvons entendre que des mécanismes sous-jacents ont été sollicité et que vous avez pu d’abord focaliser votre attention sur ce que je disais auparavant, puis enregistrer l’expérience précédente, la mémoriser, et la réactualiser de manière associative c’est-à-dire la rappeler en mémoire. Ensuite cela suppose que vous ayez pu faire le lien au moment où je me suis mis à parler, afin que vous puissiez vous apercevoir d’une similitude entre mes deux demandes, puis que vous ayez pu construire un raisonnement vous permettant de vous rendre compte peut-être qu’il s’agissait là encore d’une autre épreuve de soumission à l’autorité.
Que votre choix d’éteindre ou non votre portable ait été entièrement réfléchi ou non, cette petite séquence révèle l’existence de tout un circuit complexe de l’information, depuis la réception de mes paroles, de leur traitement, à la décision d’action que nous explorerons plus en détails lorsque nous nous pencherons sur la Psychologie cognitive.
Peut-être que certains d’entre vous, un peu perdus, ont regardé autour d’eux ce que les autres faisaient et de comment ils réagissaient avant de se décider eux-mêmes à agir ou non… Ils se sont ainsi conformés à ce qu’ils observaient alors autour d’eux et dans le groupe. Ces processus que l’on nomme l’imitation, le mimétisme le conformisme et l’identification disposent de racines profondes dans le phénomène de groupe dont certaines lois relèvent à la fois de la Psychologie sociale et de la Psychologie clinique et des enjeux d’appartenance à un groupe et de conformité à une norme.
Mais peut-être que votre décision a pu s’opérer également à partir d’une tendance, ou d’une habitude que vous avez acquise au cours de votre vie, et qui est en lien avec votre rapport à l’autorité de manière générale. Ceci rejoint les enjeux du développement de la personnalité et de la manière dont nous avons tous singulièrement intégré les règles sociales et de comment nous nous positionnons alors en tant qu’adultes face à des situations inconnues.
D’autre part, que l’on ait éteint son téléphone portable ou non, nous pouvons nous demander tout simplement si nous pouvons encore nous passer de nos téléphones portables et de nos objets numériques dont nous sommes devenus pour beaucoup plus ou moins dépendants, qui nous rendent bien des services et qui nous donnent l’illusion et le fantasme d’être reliés aux autres en permanence et de faire partie d’un groupe ou d’une communauté en niant pourtant le fait que nous sommes bel et bien séparés. D’ailleurs au passage, peut-être que nous sommes pour la plupart possesseurs d’un certain type de téléphone à la point de la technologie, les « téléphones intelligents », ou d’une certaine marque de téléphone « à la mode », signalant ainsi une appartenance à un ensemble de représentations qui ont été construites entre autres par les fabricants de téléphone…et qui nous ont conduit à les acheter.
L’utilisation du portable peut être une stratégie de défense contre l’angoisse, la peur, l’anxiété de nous sentir éloignés de ceux que nous aimons, ceux à qui nous sommes attachés et avec lesquels nous sommes en relation. Nous avons alors peut-être besoin de juguler et de contenir ce qui nous affecte soudain lorsqu’il est question d’être déconnecté du monde virtuel et de nous sentir bien seuls et/ou abandonnés. C’est ce qui fait que nous regardons alors régulièrement notre téléphone en constatant que personne ne nous a laissé de message et que nous nous disons avec une pointe d’humour « ah ! je n’ai pas d’amis… ». Peut-être avons-nous ressenti alors une gêne à l’idée d’éteindre le portable comme si nous étions pris d’une sorte d’angoisse soudaine…un signe ou un « signal » qui vient nous signifier que quelque chose n’allait pas. Et quelque chose semble nous pousser à l’utiliser ce téléphone, et dans le cas présent à vouloir le garder allumé. C’est presque plus fort que nous parfois… il faut le regarder, il faut voir ce que les autres ont commenté de nous sur les réseaux sociaux où certains d’entre nous ont posté au fur et à mesure de la journée, des nouvelles de ce qu’ils faisaient. Certains vont jusqu’à commenter leurs moindre activités de la journée : « je suis sorti », « je manque un gâteau », « quel sale temps aujourd’hui ! »…comme si nous avions un désir de faire savoir au premier venu nos états d’âmes…et de partager avec l’autre dans l’anonymat facilité par l’écran.
Alors peut-être que certains pourraient vouloir écrire à un collègue à l’autre bout de cette salle ses impressions sur ce début de cours…comme pour partager dans l’instant un sentiment. Avoir ce téléphone allumé, avec tant d’amis sur Facebook, et tant de choses à partager, cela nous rassure. Et parfois ce qui compte n’est pas d’avoir un retour positif, mais d’obtenir une réponse quelque soit sa nature. Grâce au téléphone portable connecté en permanence sur les réseaux sociaux numériques nous pouvons dire ce que nous aimons ou pas, ce que sont nos projets et nos rêves…Nous pouvons communiquer de nous au reste du monde. La manière dont nous nous défendons de ce quelque chose qui nous pousse, « ça nous pousse », l’angoisse face à ce qui nous affecte dans le lien avec les autres et dans les différents types de relation que nous avons, dont nous parlons et dont nous avons besoin pour partager ce que nous ressentons, ce désir et ce besoin qui nous poussent à vouloir et devoir extérioriser à la face du monde nos états d’âme et dire quelque chose de cet intérieur, de ce qui se passe en nous et d’en avoir une réponse relève de la Psychologie clinique.

Commentaires

Quelque soit la réaction que vous ayez eu, que vous ayez « obéi » en éteignant votre téléphone ou que vous ayez refusé, nous pouvons remarquer sans jugement que la situation précédente à eu un effet sur votre comportement ultérieur…autant que ce que je viens de vous dire à un effet sur vous au sens où il peut solliciter des images ou des scènes que vous voyez alors en écho aux situations que je viens d’évoquer. Vous vous êtes reconnus dans certaines anecdotes. Un Jeu s’est donc instauré à partir de nos représentations et de ce qui en nous vient résonner.
La forme de ce travail d’écoute, cette observation bienveillante et sans jugement ainsi que le contenu de cette observation sur notre rapport au numérique relèvent également de la Psychologie clinique qui s’intéresse à l’effet de ce que nous disons et le retour que nous en avons de l’autre et de la manière dont ceci parle de nous et en nous.
TROISIÈME ENTRÉE EN MATIÈRE : LA PSYCHOLOGIE AU PRÉSENT

Mise en situation

A présent, et puisque je l’ai fait moi-même au début de ce cours…quelqu’un veut-il se présenter au reste du groupe ?

(Inviter certains étudiants à bien vouloir se présenter).

Constats

Encore une fois, nous avons affaire ici soit à des effets de la première consigne que je vous ai posée, soit à une réaction à la succession de descriptions que j’ai fait des phénomènes auxquels nous avons affaire en psychologie et dans lesquels nous sommes tous pris, y compris maintenant, soit à une réaction qui dépend de l’effet même d’être en groupe et de nos position personnelles et individuelles de notre rapport au groupe…l’approche scientifique de la psychologie est de considérer tous ces points de vue en même temps et en parallèle.
La psychologie c’est peut-être même tout ça en même temps…
Bien sur il ne s’agit pas de tout interpréter et de voir du sens partout. Mais nous pouvons tout de même réfléchir à ce qui nous affecte lorsque nous nous trouvons seuls en présence du groupe pour se présenter.

Commentaires

Le refus, l’angoisse ou au contraire le désir, le plaisir, l’exaltation et la facilité à se présenter ainsi, seul devant un groupe si important est lié à des effets que le groupe exerce sur nous-mêmes à notre insu, sans que nous le sachions ou du moins alors que nous pensons l’ignorer, c’est-à-dire inconsciemment, et la manière dont nous nous percevons en lien avec les autres…
Ceci dépend de notre histoire depuis les prémisses de notre existence et des personnes que nous avons rencontrés tout au long de notre vie et en héritage de ce que nous avons construis dans nos rapports successifs, répétés, accumulés et que nous avons intégré de nos liens avec notre entourage, en fonction de l’environnement au sein duquel nous avons grandi.
C’est ainsi que certains d’entre nous n’éprouvent aucune difficultés à parler en groupe, à exprimer leurs opinions, à échanger sur un sujet tandis que d’autres se trouverons inhibés, presque pétrifiés ou tétanisés et incapables de pouvoir parler, même si nous le souhaitons. Rien que l’idée de devoir se plier à cet exercice peut solliciter de l’angoisse voire même des réactions corporelles telles qu’une augmentation du rythme cardiaque. Nous nous sentons alors fébrile, « stressés », en sueur, « en panique » comme nous l’entendons parfois dire et rougit par la gêne.
Et finalement nous ne savons que dire.
Un autre point important au sujet de ma demande de présentation de la part de certains d’entre vous ici concerne ce qui renvoie justement ma question : nous nous intéressons à un processus en train de se dérouler puisque je vous invite à réfléchir avec moi sur les effets en temps réel, dans le ici et maintenant ou le hic et nunc de notre rencontre pour ce cours magistral…
Ceci est encore en lien avec ce que nous apprend la Psychologie clinique.

Voilà, nous venons d’ores et déjà de faire l’expérience d’un travail de réflexion rattaché à la psychologie et d’une introduction à ce qu’est la psychologie dans son aspect le plus pratique, le plus intéressant et le plus accessible.

Cependant, comme il vous faut également des notions plus poussées sur lesquelles vous appuyer dans votre future pratique, je vous propose un petit avant propos qui vous permettra de resituer ce cours dans votre cursus de formation et d’en dégager les enjeux avant d’introduire effectivement le cours qui pourra par certains aspects vous sembler très théorique par moment mais que je m’efforcerais de vous rendre simple d’accès et intéressant.

Je vous propose un petit avant propos afin de situer ce cours dans votre parcours de formation et pour que vous disposiez des informations nécessaires à sa compréhension.

LE CORPS EN PSYCHANALYSE : LA PRESENCE DE L’ABSENT

LE CORPS EN PSYCHANALYSE : LA PRESENCE DE L’ABSENT

L’histoire de la psychologie clinique qui jalonne notre parcours de formation, et notamment, la psychanalyse elle-même à son origine et tout au long de sa lente maturation, entretient pourtant un lien bien singulier avec cette question de la maladie dite « somatique », avec le corps et le soin sur le corps mais aussi avec les soins palliatifs, la fin de vie et la mort qui jusqu’à un certain point demeure encore un concept abstrait ou potentiel, c’est-à-dire non encore advenu mais bien là, pour ainsi dire « potentiellement ».
Il semble en effet paradoxalement que nous soyons formés presque essentiellement à une « approche psychique de la souffrance psychique » et à ses éventuels effets sur le corps, en prêtant davantage attention au premier plan au « corps parlant » et en mettant plus au second plan les enjeux du « corps parlé » ainsi que ce qui gravite autour de la maladie somatique, des soins palliatifs, de la fin de vie et de la mort. Cette position et cette orientation semble traduire l’existence d’un silence nécessaire à l’élaboration psychique de notre parcours et la naissance de l’identité professionnelle de psychologue clinicien, autant qu’à l’analyse des enjeux des rencontres avec les patients. Refoulement nécessaire, clivage structurel ou virtualisation d’une matérialité et d’une réalité insaisissable comme telle, la mort finit par nous faire parler et penser.
Le métier de psychologue clinicien a pendant longtemps reposé, et repose encore, sur une « prise de partie » pour le psychique à travers une absentification du corps biologique et des enjeux de mort qui gravitent autour de la problématique de la maladie somatique et de la fin de vie.
Le climat actuel et l’évolution des nouvelles technologies notamment en terme d’imagerie médicale nous permet à présent d’anticiper donc de prévoir, puis d’observer la pathologie pour ainsi sire « virtuellement » ou plutôt numériquement sur un cliché de radiographie, d’Imagerie à Résonances Magnétique ou sur un scanner…Nous observons ainsi ou plutôt nous supposons pouvoir observer directement ce qui demeure pour nous le silence du corps à la recherche d’un signe observable mais non ressenti subjectivement comme « un mal ». Car ce que nous observons en fait tout en le percevant subjectivement en négatif, comme une absence de signe, ce sont en réalité les effets et les indices d’un fonctionnement et non pas le fonctionnement en lui-même.

Ce lien entre psychologie, « maladie somatique », virtuel, soins palliatifs, fin de vie et mort n’est pourtant pas si difficile à déceler à condition de bien vouloir en rechercher les traces.

Les traces de ce lien singulier se repèrent ici et là au fur et à mesure que nous arpentons le chemin de la naissance de la psychanalyse…qui sert de boussole encore à la majorité des praticiens cliniciens.
Nous trouvons des indices du rapport que Sigmund Freud a entretenu avec ces divers éléments dans plusieurs domaines qui parcourent toute son œuvre et dans les nombreux écrits qui jalonnent toute sa vie.
Ainsi, l’histoire de la psychanalyse est-elle indissociablement liée à l’histoire de son fondateur, Sigmund Freud, qui représente un « résumé » ou plutôt un paradigme des enjeux auxquels nous sommes tous potentiellement et tôt ou tard confrontés tout au long de notre existence et du long processus d’acceptation de notre finitude qui se révèle autant sur la forme que sur le fond et le contenu de nos écrits.

Sigmund Freud, la Psychanalyse et la distance/virtualisation du corps

Pour commencer, n’oublions pas que la psychanalyse, qui reste une référence majoritaire pour bon nombre de psychologues cliniciens, s’est construite justement à ses débuts par une mise à distance du corps dans un fort légitime effort d’émancipation de la médecine et de l’environnement médicale alors même que son Père-fondateur Sigmund Freud, était lui-même médecin-neurologue de formation. Mais pourtant, la « découverte de la psychanalyse » semble s’être faite dans un lien étroit avec la question de la pathologie, et à la condition d’une mise de côté du corps progressive et graduelle, dans une prise de distance vis-à-vis des enjeux directs du corps à corps et du toucher pour pouvoir ouvrir sur une élaboration de la « pensée clinique ».

Le corps et l’espace dans la préhistoire psychanalytique

Tout d’abord, ce lien et cette recherche de bonne distance avec l’univers médicale et avec la question du corps est très présent au début de l’œuvre de Sigmund Freud avant même qu’il ne s’éloigne des recherches expérimentales et de la médecine, et notamment de la Neurologie dont il était issu et dont il ne s’est jamais totalement éloigné malgré les apparences.
En effet, la lecture attentive de son œuvre complète nous dévoile dès la pré-histoire de la psychanalyse, que dans les années 1870, et bien avant de découvrir ce qu’il proposera d’appeler la bi-sexualité psychique et la différence des sexes comme l’une des deux jambes du complexe d’œdipe au fondement de la civilisation, Sigmund Freud, s’intéresse déjà et avant tout à la question de la détermination du sexe des anguilles à partir de différences anatomiques. Autrement dit, bien avant de découvrir les Théories sexuelles infantiles qu’il suppose communes à tous les êtres humains, Sigmund Freud, chercheur et théoricien, s’intéresse à ce qui distingue précisément les deux sexes à partir de l’observation. Il publie d’ailleurs un manuscrit sur l’hypothèse que la différenciation sexuelle chez les anguilles ne serait pas déterminées génétiquement.
Plus tard, après avoir changé de parcours et peu après le début de ses recherches sur le système nerveux, Sigmund Freud propose dès 1894-1895 un « projet » visant une représentation « scientifique » du fonctionnement neuronale en y incluant d’emblée une partie « pathologie », jetant ainsi des ponts entre psychanalyse naissante, psychologie clinique et psychopathologie. Ses « manuscrits » et son « esquisse » traduisent alors une tentative de représentation schématique à usage des Neurologues d’un système neuronique spécialisé (les Neurones , puis ). En parcourant le reste de son œuvre jusqu’à sa mort en 1939 nous pouvons déjà repérer ses intentions plus ou moins conscientes d’un retour à une forme de psychologie scientifique qui reposerait sur l’observation d’un système nerveux spécialisé dont le fonctionnement aurait des bases biologiques et neurologiques indiscutables et tangibles.
Les symboles et autres liens d’interaction ou de cause à effet qu’il suppose et dont il fait l’hypothèse sont alors représentés sur la surface de la feuille comme une tentative d’actualisation d’un processus d’élaboration psychique en cours de déploiement. Ses schémas et autres croquis que nous trouvons aussi bien à cette époque que bien plus tard dans ses écrits témoignent ainsi de tous temps d’un besoin d’actualisation d’une pensée en train d’advenir et de mise en forme d’une pensée en train de se formulée et de se formaliser.
Le symbole en Allemand se dit Das SinnBild, c’est-à-dire « l’image (de) sens ». L’emploi du « Das » traduit qu’il s’agit ici d’un terme Neutre en allemand puisqu’il n’est pas « vivant », donc ni masculin ( « der »)ni féminin (« die »).
Son parcours se fait ainsi dans un Jeu de symboles entre une virtualisation et une actualisation des étapes successives de construction de ses propres schèmes de pensée.
Toutefois, ses représentations ainsi que son expérience clinique vont par la suite le mener à abandonner, non sans hésitations, cette conceptualisation « matérialiste » pour se tourner vers celle d’un appareil psychique qu’il dotera d’une structure et d’un fonctionnement métaphorique éloigné des avancées de ses premiers travaux et d’une topologie cérébrale vérifiable.
Nous pouvons également observer à cette même époque le lien au corps dans la maladie et la prise de distance avec une représentation médicale à travers ses recherches sur le rôle des facteurs d’hérédité dans l’étiologie des Névroses qui lui feront découvrir, ou plutôt inventer, le concept de libido et mettre de côté ce qui relève d’une maladie d’origine organique en séparant tout d’abord la neurasthénie de la névrose d’angoisse, puis les Névroses actuelles des Psychonévroses de défense. Là encore, la lecture de ses travaux, avec en toile de fond la redondance de la question de la transmission et de l’héritage, nous permet de bien repérer le souci de cet auteur de séparer plus ou moins clairement ce qui relève de facteurs organiques de ce qui concerne davantage une origine dites « psychogène ». Dans les prémisses ou « le terreaux » de ce qui deviendra la psychanalyse, les facteurs dits « héréditaires » ou les troubles et co-facteurs d’origine organiques permettent d’amorcer une distinction. L’inscription de la trace serait alors différente entre des facteurs potentiellement là mais non encore observables et des causes plus énigmatiques qui sortiraient d’une logique hypothético-déductible.

Le corps comme espace-temps virtuel en Psychanalyse

Si nous avançons dans le temps et que nous nous plaçons à compter de 1900 et de l’avènement de la Psychanalyse à partir de l’analyse des rêves, nous pouvons remarquer que l’élaboration de la « première topique » psychique amène nécessairement Sigmund Freud à situer l’Inconscient comme un système qui plonge ses racines dans le corps, le Soma (S). Ici en-core, la topique psychique est une représentation spatiale ou plutôt une actualisation d’une pensée en train d’advenir et qui ne serait que le représentant « matérialisé » sur la feuille, d’un corps absent de fait et résumé par un mot ou une lettre « (S) ».
En dépit de ses efforts les plus soutenus pour totalement absenter l’origine organique de l’existence humaine, Sigmund Freud ne pourra se résoudre toutefois à abandonner une certaine représentation biologique du sujet humain dont le concept de Pulsion élaboré en 1913-1915 traduit un point d’articulation fondamentale entre le corps et la psyché. En écrivant que « la Pulsion est l’expression psychique d’une excitation somatique/endogène » Sigmund Freud reconnaît à moitié le rôle prépondérant du substrat organique qui le rattache toujours à un lointain héritage médical. Le corps ou le Soma serait ainsi la source et le réservoir psychique qui déterminerait un potentiel. En tant que « concept limite », la Pulsion restera toujours l’un des éléments de la théorie envers lequel Sigmund Freud éprouvera de l’ambivalence, témoignant de sa propre propension à refouler les enjeux de cette nature autour du corps, de la sexualité, du sexuel et de la mort.
Dans un contexte de remise en chantier de la théorie psychanalytique mais aussi de réaménagement psychique du fait des épreuves qu’il traverse alors, Sigmund Freud, ramène encore la question de la métaphore biologique et du corps qui ne le quitte jamais totalement. Or, qu’est-ce qu’une méta-phore sinon une tentative de mise en image et en sens d’un sens au dessus du sens manifeste ? Un sens transmis et prêt à se révéler à qui veut bien l’entendre ? Durant le « tournant de 1920 », la métaphore biologique et la réflexion sur le corps dans ce qu’il a de plus fondamentalement lié à la matière et à sa nature de substrat organique, vient servir de fondation à un changement paradigmatique majeur de la psychanalyse qui était en germination ou « potentiellement là » depuis déjà plusieurs années. La métaphore du protide ou du polypode vient étayer l’intuition de fonction organique et cellulaire qui rassemble enfin le sexuel, la sexualité, le corps, la transmission et la mort. Cette fois, nous pouvons enfin observer le lien entre le schéma du polypode en tant qu’actualisation et le schème de pensée autour de la problématique des limites de la psychanalyse d’alors en tant que virtualisation d’une réalité vécue et perçu comme forme. Le « au-delà du principe de plaisir » permet d’introduire le corps à une autre place. Autrefois absent, le corps se met à trouver corps dans le texte de Sigmund Freud autour de la question de la mort. L’orgasme est alors une « petite mort » permettant à l’espèce de survivre en transmettant une partie de son patrimoine. Quant à la mort, et notre rapport à elle, le refoulement levé permet à Sigmund Freud d’en donner une nouvelle approche. A partir de la représentation cellulaire qu’il propose, nous pouvons entendre notre rapport à la mort comme l’expression somatique de la réalité de notre finitude « progammée » dans la suite de la chaîne générationnelle. Sans système pour traiter les « déchets » et « restes » qui sont le produit de son travail, et à défaut de « changer de bain », la cellule meurt alors qu’elle pourrait être potentiellement immortelle. Si nous sommes tous persuadés d’être immortels dans notre inconscient, la mort renvoie au principe de réalité dont l’auteur à fait au début de sa théorie la pierre angulaire de l’édification du Moi, une instance virtuelle et en perpétuelle changement malgré une certaine constance. Là encore le Moi est une instance virtuelle à la fois en tant que bourgeonnement à partir du ça selon une métaphore biologique et comme précipité d’identification selon une métaphore plus chimique. La mort serait en elle-même le résultat d’un processus complexe que nous décriront bien plus tard au niveau cellulaire sous le terme de l’Apoptose et que Sigmund Freud relie à l’existence hypothétique et invérifiable d’une Pulsion de Mort invisible à l’action silencieuse, une Pulsion d’un nouvelle nature puisque son résultat n’est pas observable en soi mais dont nous pouvons malgré tout constater son action en cours : une Pulsion donc virtuelle. Le corps, le Soma, est quant à lui d’autant plus présent que son action est silencieuse et imperceptible.
En dépit de ses nombreux efforts pour absenter totalement la question du corps physique et son substrat organique, notamment à travers un changement de thème d’écriture, Sigmund Freud y fera encore référence au crépuscule de sa vie à travers ses derniers textes. Le biologique a pris notamment une place importante dans sa théorie, parfois comme une « réponse temporaire mais pas suffisamment satisfaisante » à la question de l’origine de certains phénomènes psychiques.

Autrefois outil et moyen de différenciation des sexes, puis des générations, la mort notamment la mort du corps « réel », du substrat biologique, vient s’inviter dans le discours psychanalytique à travers un va-et-vient entre virtualisation et actualisation.
Mais par quelle voie(x) ?
L’élaboration progressive de la théorie psychanalytique et l’observation du parcours de cet auteur témoigne donc bien sur ce point de cet ancrage dans le corps et dans son fonctionnement physio-biologique et neuronale et d’un effort chez Sigmund Freud pour se détacher de l’univers médicale et de son corps-us théorique duquel il tente de prendre de la distance. Mais cet héritage et cette filiation ne cesse pourtant de se rappeler à lui et de faire retour jusque dans ses textes les plus tardifs.

Sig(is)mund Freud, la vie, le virtuel, la somatose et la mort

Si nous poursuivons et approfondissons davantage cette question du lien entre la psychologie clinique, la psychanalyse, le virtuel, le corps, la mort et ses enjeux, nous pouvons repérer combien le parcours de vie de Sigmund Freud et ce que nous savons de son intimité révèlent la mise de côté de la question de la mort du corps-même, prise de distance sans doute nécessaire mais supposées dans la construction du positionnement clinique.
La lente progression de la psychanalyse semble s’être étayée sur une forme de virtualisation du corps, pris dans une dimension métaphorique et même virtuelle dont nous trouvons des traces jusque dans la vie de son Fondateur.
En effet, malgré tout le travail de cet auteur et les apports théoriques majeurs et incontournables qui ont été les siens, le corps qui n’a pas cessé de revenir au premier plan par des manières détournée vient parler mais sur un autre plan.
Il nous faut donc nous pencher sur l’homme en lui-même, autrement qu’à travers l’approche d’un chercheur et inventeur de la psychanalyse.

Sigismund, qui était son prénom de naissance avant qu’il ne le change et le raccourcisse en Sigmund, est un pronom d’origine germanique très évocateur qui signifie « la protection par la victoire ».
Sigmund provint à l’origine de « Sieg », la victoire, et « Mund », la bouche.
Mais c’est aussi et surtout le prénom d’un personnage célèbre de la mythologie scandinave dont il nous faut reprendre l’histoire pour y voir les liens avec le choix de Sigismund Freud de se renommer Sigmund. Très cultivé, celui-ci ne pouvait probablement pas ignorer la légende attachée à son nouveau prénom qui ressemble à un diminutif.

L’histoire qui est une saga, débute avec celle d’un Héros nommé Sigi qui était le fils mortel du Dieu tout puissant Odin.
Le fils de Sigi, Réric était un homme de valeur et un grand combattant. Cependant, il ne réussit pas à la reine, un fils et héritier.
Seul un artifice magique parvient à faire accoucher la reine d’un fils nommé Völsung, troisième donc de la lignée royale. Ce fils est hors-norme : très impressionnant de taille et en force, il engendre dix fils et une filles. Les aînés sont Sigmund et Signy des jumeaux de sexes différents.
Par la suite, Sigmund se voit confier par Odin qui est donc son arrière-arrière grand père de lignée divine, une épée capable de fendre la pierre et de trancher l’acier.
Cette épée et son pouvoir donne à Sigmund une réputation exceptionnel qui le lie à jamais son destin.
Pendant que sa sœur jumelle Signy se marie avec un Roi, les neuf frères et sœurs, Sigmund compris, sont capturés. Chacun meurt à son tour dévorés par un loup, excepté Sigmund qui survit avec l’aide de sa sœur Signy qui avide de vengeance jette un sort à Sigmund. Ce denrier sous le charme fait l’amour à sa sœur et donne naissance à un enfant appelé Sinfjolti. Avec l’aide de son fils et surtout de son épée divine, Sigmund parvient à accomplir la vengeance planifiée par sa sœur jumelle et partenaire Signy qui une fois le crime accompli, lève le sortilège et révèle l’union incestueuse à Sigmund, avant de se jeter dans les flammes.
Bien après, Sigmund revendique le trône de son père, et l’obtient. Mais après quelques années de règne, son fils meurt empoisonné. Au cours d’une bataille pour défendre son royaume, Sigmund frappe de son épée la hampe de la lance tenue par un vieillard. C’est alors que l’épée se brise. Sigmund reconnaît Odin et sait que son destin est achevé. Les ennemis de Sigmund le blessent alors mortellement. Dans son dernier souffle, Sigmund dit à sa femme de ramasser les tronçons du glaive d’Odin. Car il connaît la prophétie d’après laquelle son fils obtiendra, grâce à l’épée reforgée, une récompense comme jamais mortel n’en a reçu. Maintenant sans roi, la reine part se réfugier à la cour des Danois et donne naissance à un fils, Sigurd. L’épée reforgé par son fil sera appelée Gram.

Nous pouvons repérer des liens intéressants entre cette légende et certains éléments de la biographie de Sigmund Freud.
Tous d’abord, Sigmund Freud est l’aîné d’une fratrie composé de cinq sœur et d’un frère.
Ensuite, il aura de nombreux demi-frères et demi-sœurs dont certains avaient l’âge de sa mère.
L’épisode de l’ascendant supposé im-puisant qui ne peut donner d’enfants à sa reine pourrait faire écho à la relation particulière de Sigmund Freud avec son Père.
Le thème du désir œdipien et de la faute originelle, attribuée à la femme est également un point commun entre les deux histoires.
Mais c’est aussi en lien avec l’idée du pouvoir, de la réputation et de la puissance, du destin et la punition que les points sont plus troublants.
Déjà au début de son travail Sigmund Freud confie son ambition et son impression que ses découvertes vont lui coûter plus cher qui ne le pense et qu’il est prêt à en payer le prix.
Sigmund Freud « casse sa pipe » à un âge relativement avancé, des suites de l’évolution de deux cancers très invalidants et douleurs. Le corps, absenté, virtualisé dans la théorie autant que dans sa conceptualisation et sa pensée philosophique semble venir re-parler par la fenêtre du réel et du corps malade.

Le lien à la maladie somatique, la somatose, mise de côté au début comme étrangère au traitement et à la cure psychanalytique, prend pour Sigmund Freud une tout autre valeur à partir du moment où il découvrira son premier cancer, puis son second qui n’est pas une récurrence ou une « récidive » du premier mais bien un autre cancer affectant là encore la zone buccale, la bouche (Mund). L’étude approfondie de ses textes théoriques autant que de ces célèbres « correspondances » successives témoignant de ses transferts nous apprennent le lien particulier que cet auteur entretenait avec la mort et la manière avec laquelle il a « négocié » pendant plus d’une dizaine d’années durant avec ses cancers au gré de la trentaine d’opérations qu’il subira et supportera pour pouvoir survivre…
Enfin, le lien à la mort, aux soins palliatifs et à la fin de vie est moins virtuel, et davantage omniprésent et très prononcé à partir du moment où sa vie le confrontera à la guerre, au départ de l’un de ses fils sur le front, et la perte de ses amis, de ses proches, de ces collègues et de certains de ses enfants mais aussi de son propre vieillissement et de l’évolution de ses cancers. Les enjeux autour de la mort chez cet auteur le poursuivront jusqu’au dernier moment puisqu’il fera le choix d’une forme « d’euthanasie préméditée » depuis longtemps…préférant mettre fin à ses jours avec l’aide de son médecin et ami qui lui fera une injection létale de morphine afin d’écourter la douleur causée par son carcinome.

Pourtant, à ne pas vouloir attendre et entendre la mort pour lui-même, c’est ce même auteur qui, reprenant à son compte une maxime célèbre, nous a proposé : « si uis uitam para mortem », c’est-à-dire « Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prêt à accepter la mort. ».

La position clinique comme recherche de bonne distance

Cette même prise de distance et cet éloignement historique du corps « physique » et matériel (et maternelle) se transpose également dans la construction progressive du dispositif analytique qui vient faire passer progressivement le thérapeute analyste d’une position de présence, active, comme c’est le cas dans la méthode cathartique et du traitement par abréaction, à l’hypnose qui représente une phase charnière de présence du thérapeute qui est absent du regard, pour finir par aboutir au dispositif analytique tel que nous le rencontrons par la suite. C’est à cette condition que nous pouvons entendre le transfert qui est une actualisation dans le ici et maintenant de la rencontre d’un passé/présent en souffrance de représentance et prêt à se re-présenter.

A partir de tous ces éléments nous pourrions dire que la mise à distance du corps et l’éloignement physique autant que métaphorique dans la théorie ainsi que le parcours d’élaboration de la méthode analytique traduisent un point d’achoppement nécessaire à l’élaboration d’une pensée philosophique, théorique et professionnelle qui absente le corps biologique et ses enjeux et notamment celui de la dégradation cellulaire, du vieillissement et de la mort.

Mais alors qu’est-ce qui explique tant d’ombre encore aujourd’hui autour de ces pratiques cliniques qui se prête à ce type d’expérience ?
Il est vrai que se pencher sur un moment de la vie qui justement vient questionner les limites de sa propre pensée et de notre (in)capacité de représentation n’est pas chose facile.
Nous avons en effet affaire à de l’impensé, de l’impensable, quelque chose qui fondamentalement nous échappe, non pas simplement et uniquement du fait de la structure de notre psychisme mais en raison tout simplement d’une impossibilité à concevoir cet événement pour soi-même.
Afin de développer ce sujet tout à fait intéressant et passionnant, bien que très compliqué et même délicat de la clinique de la rencontre avec le sujet en fin de vie, en soins palliatifs et souffrants de maladie grave, à issue mortelle, nous allons partir de la clinique de la rencontre avec un patient en proposant le récit de son parcours en amont de la prise en charge, jusqu’à son retour à domicile, puis la mise en place de sa prise en charge dans le cadre du service de l’hospitalisation à domicile et plus particulièrement des rencontres cliniques avec le Psychologue clinicien du service.

Dans cette perspective clinique, à partir de la rencontre avec le patient, nous commencerons dans un premier temps par exposer le matériel clinique inspiré et enrichi par certains éléments tirés d’une pratique de rencontre de plusieurs centaines de patients depuis plusieurs années. Puis, dans un second temps nous procéderons à un détail de la rencontre clinique avec le psychologue clinicien en proposant une analyse psycho-dynamique permettant de lancer quelques pistes de réflexions et d’apporter quelques éléments de pensée. Dans un dernier temps nous procéderons à un développement théorique issu de cette expérience afin de tricoter les mailles d’une approche singulière mais rigoureuse bien qu’encore balbutiante de la pratique des rencontres cliniques à domicile et dans un contexte de maladie grave, de soins palliatifs et de fin de vie dont nous donnerons une première définition du cadre, du champ, et dont nous dégagerons les enjeux qui en émergent.

Sig(is)mund Freud, la vie, le virtuel, la somatose et la mort

Sig(is)mund Freud, la vie, le virtuel, la somatose et la mort

Si nous poursuivons et approfondissons davantage cette question du lien entre la psychologie clinique, la psychanalyse, le corps, la mort et ses enjeux, nous pouvons repérer combien le parcours de vie de Sigmund Freud et ce que nous savons de son intimité révèlent la mise de côté de la question de la mort du corps-même, prise de distance sans doute nécessaire mais supposées dans la construction du positionnement clinique.
La lente progression de la psychanalyse semble s’être étayée sur une forme de virtualisation du corps, pris dans une dimension métaphorique et même virtuelle dont nous trouvons des traces jusque dans la vie de son Fondateur.
En effet, malgré tout le travail de cet auteur et les apports théoriques majeurs et incontournables qui ont été les siens, le corps qui n’a pas cessé de revenir au premier plan par des manières détournée vient parler mais sur un autre plan.
Il nous faut donc nous pencher sur l’homme en lui-même, autrement qu’à travers l’approche d’un chercheur et inventeur de la psychanalyse.

Sigismund, qui était son prénom de naissance avant qu’il ne le change et le raccourcisse en Sigmund, est un pronom d’origine germanique très évocateur qui signifie « la protection par la victoire ».
Sigmund provint à l’origine de « Sieg », la victoire, et « Mund », la bouche.
Mais c’est aussi et surtout le prénom d’un personnage célèbre de la mythologie scandinave dont il nous faut reprendre l’histoire pour y voir les liens avec le choix de Sigismund Freud de se renommer Sigmund. Très cultivé, celui-ci ne pouvait probablement pas ignorer la légende attachée à son nouveau prénom qui ressemble à un diminutif.

L’histoire qui est une saga, débute avec celle d’un Héros nommé Sigi qui était le fils mortel du Dieu tout puissant Odin.
Le fils de Sigi, Réric était un homme de valeur et un grand combattant. Cependant, il ne réussit pas à la reine, un fils et héritier.
Seul un artifice magique parvient à faire accoucher la reine d’un fils nommé Vôlsung, troisième donc de la lignée royale. Ce fils est hors-norme : très impressionnant de taille et en force, il engendre dix fils et une filles. Les aînés sont Sigmund et Signy des jumeaux de sexes différents.
Par la suite, Sigmund se voit confier par Odin qui est donc son arrière-arrière grand père de lignée divine, une épée capable de fendre la pierre et de trancher l’acier.
Cette épée et son pouvoir donne à Sigmund une réputation exceptionnel qui le lie à jamais son destin.
Pendant que sa sœur jumelle Signy se marie avec un Roi, les neuf frères et sœurs, Sigmund compris, sont capturés. Chacun meurt à son tour dévorés par un loup, excepté Sigmund qui survit avec l’aide de sa sœur Signy qui avide de vengeance jette un sort à Sigmund. Ce denrier sous le charme fait l’amour à sa sœur et donne naissance à un enfant appelé Sinfjolti. Avec l’aide de son fils et surtout de son épée divine, Sigmund parvient à accomplir la vengeance planifiée par sa sœur jumelle et partenaire Signy qui une fois le crime accompli, lève le sortilège et révèle l’union incestueuse à Sigmund, avant de se jeter dans les flammes.
Bien après, Sigmund revendique le trône de son père, et l’obtient. Mais après quelques années de règne, son fils meurt empoisonné. Au cours d’une bataille pour défendre son royaume, Sigmund frappe de son épée la hampe de la lance tenue par un vieillard. C’est alors que l’épée se brise. Sigmund reconnaît Odin et sait que son destin est achevé. Les ennemis de Sigmund le blessent alors mortellement. Dans son dernier souffle, Sigmund dit à sa femme de ramasser les tronçons du glaive d’Odin. Car il connaît la prophétie d’après laquelle son fils obtiendra, grâce à l’épée reforgée, une récompense comme jamais mortel n’en a reçu. Maintenant sans roi, la reine part se réfugier à la cour des Danois et donne naissance à un fils, Sigurd. L’épée reforgé par son fil sera appelée Gram.

Nous pouvons repérer des liens intéressant entre cette légende et certains éléments de la biographie de Sigmund Freud.
Tous d’abord, Sigmund Freud est l’aîné d’une fratrie composé de cinq sœur et d’un frère.
Ensuite, Il aura de nombreux demi-frères et demi-sœurs dont certains avaient l’âge de sa mère.
Le thème du désir œdipien et de la faute originelle, attribuée à la femme est également un point commun entre les deux histoire.
Mais c’est aussi en lien avec l’idée du pouvoir, de la réputation et de la puissance, du destin et la punition que les points sont plus troublants.

Déjà au début de son travail Sigmund Freud confie son ambition et son impression que ses découvertes vont lui coûter plus cher qui ne le pense et qu’il est prêt à en payer le prix.
Sigmund Freud « casse sa pipe » à un âge relativement avancé, des suites de l’évolution de deux cancers très invalidants et douleurs. Le corps, absenté, virtualisé dans la théorie autant que dans sa conceptualisation et sa pensée philosophique semble venir re-parler par la fenêtre du réel et du corps malade.

Le lien à la maladie somatique, la somatose, mise de côté au début comme étrangère au traitement et à la cure psychanalytique, prend pour Sigmund Freud une tout autre valeur à partir du moment où il découvrira son premier cancer, puis son second qui n’est pas une récurrence ou une récidive du premier mais bien un autre cancer affectant là encore la zone buccale, la bouche (Mund). L’étude approfondie de ses textes théoriques autant que de ces célèbres « correspondances » successives témoignant de ses transferts nous apprennent le lien particulier que cet auteur entretenait avec la mort et la manière avec laquelle il a « négocié » pendant plus d’une dizaine d’années durant avec ses cancers au gré de la trentaine d’opérations qu’il subira et supportera pour pouvoir survivre…
Enfin, le lien à la mort, aux soins palliatifs et à la fin de vie est moins virtuel, et davantage omniprésent et très prononcé à partir du moment où sa vie le confrontera à la guerre, au départ de l’un de ses fils sur le front, et la perte de ses amis, de ses proches, de ces collègues et de certains de ses enfants mais aussi de son propre vieillissement et de l’évolution de ses cancers. Les enjeux autour de la mort chez cet auteur le poursuivront jusqu’au dernier moment puisqu’il fera le choix d’une forme « d’euthanasie préméditée » depuis longtemps…préférant mettre fin à ses jours avec l’aide de son médecin et ami qui lui fera une injection létale de morphine afin d’écourter la douleur causée par son carcinome.

Pourtant, à ne pas vouloir attendre et entendre la mort pour lui-même, c’est ce même auteur qui, reprenant à son compte une maxime célèbre, nous a proposé : « si uis uitam para mortem », c’est-à-dire « Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prêt à accepter la mort. ».

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