World Of Warcraft : quand le Jeu n’est plus du Jeu – quand le cadre se met à parler –

World Of Warcraft : quand le Jeu n’est plus du Jeu – quand le cadre se met à parler –

« Mais qu’est-ce qui se passe ? »
« Mais qu’est-ce qu’il fout là celui-là ? »
« Il a rien compris ou quoi ? »
« C’est du n’importe quoi ! »
« Mais c’est moi ou bien ? »
« Je n’y arrive pas, j’ai l’impression que je ne suis pas bon »

Voici quelques unes des exclamations et réflexions spontanées qui me viennent bien malgré moi, avec un mélange de malaise et de colère, au moment où nous terminons l’Instance…

Car nous venons de terminer cette partie péniblement et avec un sentiment très désagréable et persistant. Je remarque au moment de l’écriture de ce texte, une gêne particulière à aborder ce sujet en racontant le déplaisir que j’ai ressenti et qui traduit le moment où le Jeu a cessé d’être du Jeu…au moment où la perte de maîtrise mais surtout l’impression de disparition et de déstabilisation de l’implicite garantissant le Jeu vient se manifester.

C’est après la fin de cette aventure qui a durée peu de temps que je me suis interrogé sur la survenue de cet affect de colère et de ce vécu qui semblait être partagé et dont nous avons parlé avec certains membres du groupe encore présents.

Retour en arrière

Depuis que je suis né dans « Wow » au sein de la Guilde Ordalie en tant Tauren-druide-tank par un beau jour Juin en Mulgore, tout a toujours été calé, presque implicitement, sans que nous ayons nécessairement à nous parler entre nous pendant de longues heures…Les choses m’ont été expliqués simplement et j’ai rapidement appris à me mouvoir dans ce monde encore inconnu, en me familiarisant progressivement avec l’interface. Certaines choses se sont mises en place et de manière spontanée sans que je demande ou que l’on m’explique…c’était ainsi et je me suis mis à explorer ce nouveau monde avec les quelques aptitudes que j’ai appris dès le début.

Mon initiation au sein de WOW et qui fait l’objet d’une suite d’articles, témoigne de la manière tout à fait singulière avec laquelle j’ai été accueilli au sein de cette grande famille Ordalie, dont le nom n’est pas sans rappeler ce dont je parle à plusieurs reprises pour évoquer un comportement venant faire intervenir le hasard, le jugement divin, ou l’épreuve de soi notamment par le corps, à travers les autres et la place dans le monde. L’ordalie fut par le passé un moyen de régulation de la « violence sociale » et un moyen d’exercice de la violence légale à certaines époques de l’Histoire.
L’ordalie peut se définir comme la mise et la soumission au jugement divin des personnes accusées à tort de sorcellerie ou d’exaction à l’encontre de la société. Il s’agit d’une épreuve ultime dont le dénouement est presque connu par avance, convoqué comme un signe du destin pour celui qui sert de bouc émissaire au groupe social. L’autorité et la fonction d’enquêteur et de Juge sont projetés vers une instance divine, bien souvent Dieu, qui a alors pour rôle celle d’une forme de juge et de protecteur. L’ordalie est un mécanisme de régulation de la violence inhérente à la vie en groupe et en société… Mais c’est aussi un rite de passage que s’inventent les jeunes gens, notamment les adolescents en mal de repères dans notre société au sein de laquelle les piliers et bouées d’un système paternaliste, ont progressivement disparus. L’anthropologie nous apprend que justement les nouvelles technologies ont introduit une nouvelle forme de rapport au monde qui rend caduques les principes même de ce qui constitue le socle de notre éducation, et nous pourrions dire par extension, à ce qui précisément constituait le socle des êtres plusieurs que nous sommes. Ce singulier-pluriel qui nous caractérise et nous représente se voit ainsi remis en question par un nouveau « système » qui nous fait craindre pour nos identité. Ceci vaut peut-être également avec ce qui définit notre identité de soignant, hérité d’une formation incomplète, nécessaire mais pas suffisante, qui nous laisse à construire le socle de connaissances avec lequel travailler. C’est ce qui fait dire à certains auteurs que nous devenons alors tous, Hommes du vingt et unième siècle, comme des nomades, éternels vagabonds errant peut-être parfois dans le cyberespace à la recherche des coordonnées hyperspatiales de la planète ou de la terre promise…

Ordalie, c’est également, et c’est ce qui nous réunit, une « Horde-à-lit », une Guilde d’analyse sans divan, mais devant un écran, sur un lit numérique qui remplace désormais la couchette du train utilisé comme métaphore de l’analyse par S. Freud, avec tout ce que cela suppose de la découverte, de l’exploration et de surprise.

A peine ErutanAcum, « Eru » pour les confrères de la Guilde, est-il apparu au sein de Wow, ses parents sont venus l’accueillir alors qu’il faisait se premiers pas seuls…déjà.
Presque spontanément, et sans grande cérémonie, j’ai été intégré avec bienveillance, simplicité et chaleur par mes deux « parents » que j’ai rencontré successivement.
Tout d’abord, j’ai été accueilli par Maitre Ocakr, mon parrain, un puissant et majestueux Tauren qui m’a regardé d’un œil bienveillant faire mes premiers pas dans le Jeu et affronter mes premiers ennemis pour défendre mon village assaillis par les ennemis … C’est lui qui le premier est venue à ma rencontre pour me voir débuter et m’encourager à poursuivre, et avant de me laisser découvrir le monde par moi-même. Lui qui m’a accompagné progressivement et patiemment.
Puis, je rencontrais celui avec lequel nous nous sommes choisi respectivement, Maitre Ouriagan, le Maitre de la Guilde Ordalie dont j’ignorais alors la fonction au moment de notre premier échange. C’est lui qui m’enseigna notamment la langue Taurahe, la langue-mère des Taurens, et avec lequel je me suis battu et contre lequel j’ai bien sur perdu, dans une sorte de rite d’initiation du futur Tauren-druide-tank que je deviendrai…déjà impatient d’en savoir davantage sur ce monde qui m’entoure.

Mon initiation, qui fait l’objet d’une suite d’articles, a été très agréable autant pour ce qui concerne le jeu sur wow, la découverte des différentes contrées, l’apprentissage de l’interface et de la manière de la manipuler, que pour ce qui relève de la participation à une Instance.

C’est justement à ce propos que je souhaite faire part d’une expérience vécue lors d’une instance et qui m’a amené à tenter d’en penser quelque chose.

L’Instance : un Jeu dans le Jeu

Une « instance » est le nom donné à une partie spécifique du Jeu dans WOW.
Dans le langage courant nous pourrions dire « quête importante », « mission », « château » ou encore « donjon ». Cependant, ce dernier terme est justement réservé à une autre catégorie de « château » accessible uniquement aux personnages « High Level ».

Si je choisi de distinguer le Jeu à wow du Jeu dans l’Instance c’est pour souligner précisément une différence importante, souligné par d’autres avant moi par ailleurs.
L’Instance fait figure de Jeu dans le Jeu dans la mesure où il s’agit d’une scène particulière répondant à une exigence de préparatifs et à un ensemble de règles spécifiques.

L’instance et le Jeu

L’instance présente un degré et une forme de Jeu tout à fait singulière.
Tout d’abord, et avant même de pouvoir « faire une Instance », il faut choisir une quête particulière qui nécessite de se rendre à un endroit précis. Contrairement au Jeu coutumier dans Wow qui est un monde « ouvert » qui n’impose pas de lieu particulier pour jouer, le Jeu en instance suppose cette contrainte de se déplacer pour atteindre un lieu particulier.
L’instance en elle-même est séparée du reste du monde jouable de wow par une sorte de vitre semblable à une porte d’entrée transparente qui ressemble à un « tourbillon de vent », ou un écran à la surface mobile.
Le fait de passer cette porte induit « un temps chargement » de la part du Jeu vidéo.
Ce moment particulier suspend la perception de la partie en cours pour montrer une simple image figée et une barre de chargement en bas de l’écran.
Ce moment fait office de transition entre « l’extérieur » et « l’intérieur », entre un milieu ouvert, espacée et lumineux au sien duquel le Jeu libre est possible, et un milieu fermé, plus resserré et étroit, sombre, avec un chemin prétracé au sein duquel le Jeu est dirigé et orienté.

L’instance et les rôles

L’instance c’est aussi une nécessaire et indispensable participation des trois types de fonctions sans lesquels ce type de Jeu n’est pas possible.
D’ordinaire, il est possible de jouer à WOW à plusieurs jusqu’à être plusieurs dizaines sur l’écran, en même temps dans la partie. De même, malgré les « spécialisations » choisit en début de Jeu (Druide, chaman, démoniste, guerrier, paladin,…) le joueur a la possibilité de développer par exemple des pouvoirs magiques de guérison même s’il joue plutôt Tank en général. Ainsi, le Jeu sur Wow laisse une certaine liberté de Jeu malgré l’invitation faite au joueurs de faire des choix, et ce dès le départ.
L’instance est en revanche une situation de Jeu singulière.
En effet, elle se déroule avec un nombre limité à cinq participants. Lorsque nous décidons de faire une Instance, il convient tout d’abord de choisir son rôle entre celui de Tank, qui protège les autres en attirant les ennemis sur lui et qui encaisse les coups, celui de DPS qui consiste à tirer et attaquer à distance en infligeant le maximum de dégâts par tire et celui de Healer qui consiste à soigner les autres.

Au commencement, lors de ma première instance, j’ai été surpris de cette répartition bien claire des positions et des rôles de chacun, pensant même qu’il s’agissait d’une structuration caricaturale et un peu trop rigide, qui dénaturait potentiellement la spontanéité du Jeu et empêchait de jouer successivement plusieurs rôles. D’ailleurs, j’ai découvert que cette forme clair et plutôt nettement marquée de la répartition harmonieuse des rôles était une caractéristique de la structuration du Jeu au sein de cette Guilde en particulier.

Or, wow est un « M.M.O. », ce qui suppose de pouvoir jouer des rôles différents… Ma représentation du Jeu vidéo comme un cousin éloigné du rêve me faisait m’interroger sur cette impossibilité d’interchanger les places en cours de partie, du moins, en cours d’Instance. Je compris très tôt que « le Jeu sur Wow, c’est du sérieux » et plus particulièrement en Instance, et que le succès d’une partie jouée en Instance est directement tributaire de l’harmonie et de l’accordage proche de l’osmose, voire d’un vécu de symbiose, entre les différents personnages en présence. Le succès relève d’une forme d’incarnation sur l’écran ou d’une mise en scène et en marionnettes numériques d’une scène d’inter-dépendance réciproque ou de ménage à cinq, et de différentes formes. Bien que cette distribution des rôles aussi distinctement établies m’ait toujours paru plutôt limitante, je m’y étais rapidement adapté au point que les Instances que nous effectuions avec le groupe de la Guilde, se déroulaient avec une simplicité et une « évidence » presque magique. Ceci signifiait sans doute le partage et la contribution commune à une illusion groupale qui nous faisait tenir ensemble comme un seul corps, mais aussi, comme je m’apprête à le raconter, comme un groupe qui se pense comme un bon groupe par rapport aux autres, un groupe qui se définit donc par rapport à un exténuer dont il se démarque. Chacun semblait alors adopter une posture en fonction de sa spécialisation de personnage mais aussi en rapport avec son choix de rôle à jouer durant l’Instance. En tant que Tank, la distribution des rôles suppose que je sois habitué à être seul représentant de ce rôle, sur le devant de la scène, au cœur de l’action et au corps-à-corps, directement confronté à l’action, aux attaques et à l’éventualité de la mort.
Ma fonction de Tank consiste à charger les ennemis et à gérer  « l’Aggro », c’est-à-dire à susciter la colère, d’attirer sur moi uniquement, l’attention et la haine de nos ennemis afin de préserver mes compagnons de route. Je suis ainsi celui qui s’attire les foudres des autres. J’ai pour cela développé des aptitudes particulières permettant de « reprendre l’aggro », c’est-à-dire d’attirer vers moi des ennemis qui ont déjà pris pour cible un de mes confrères du groupe, mes paires, et notamment mes Maîtres. Je compris alors combien le Tank est celui qui gère la bonne distance et doit s’occuper à la fois de son groupe, celui auquel il appartient, et le groupe d’ennemi dont nous pourrions dire qu’il en est l’émissaire…à l’interface entre deux monde.
Le Tank est ainsi un choix tout à fait inconscient au commencement de Wow bien qu’il soit fait dans l’illusion d’avoir choisit en fonction de critère de rationalisation.

Une Instance pas comme les autres

Pour cette Instance, j’ai été contacté par le biais des messages adressés à la Guilde, afin de jouer une instance, même courte.
Lorsque j’ai accepté d’y participer, je n’avais pas remarqué que pour une fois il ne s’agissait pas d’une instance « interne » à la Guilde, au sens où tous les participants n’appartenaient pas  à notre Guilde. En effet, il est tout à fait possible de créer des groupe pour effectuer des instances avec d’autres joueurs de wow qui ne font pas partie de la Guilde.
Dans le cas de ce jour là, le Maître de la Guilde à invité des joueurs d’autres Guildes pour former un groupe d’instance.
Au moment où nous commençons à avancer dans l’Instance, je ressens assez rapidement que quelque chose ne vas pas sans pouvoir immédiatement en définir précisément et en identifier la source. Quelque chose semble inhabituel dans l’atmosphère du Jeu, comme de l’inconfort ou de la gêne dans la manière dont notre groupe se déplace et de la manière dont les personnage occupe l’espace.
Par exemple, alors que je m’élance transformé sous forme de félin pour gagner en vitesse et que je me transforme en ours juste au moment de la rencontre avec les ennemis pour être sous une forme plus puissante et résistante, je suis surpris dès le départ, et à plusieurs reprises, par un phénomène inattendu : alors que je m’attends, comme en temps normal, à être la cible privilégiée de la rage de mes ennemis, à subir leur assauts répétés tout en regardant ma barre de vie baisser sous leurs coups puis remonter sous l’effet des pouvoirs régénérant de mon healer, je constate que certains monstres passent devant moi, presque indifférents, comme si je n’existais pas, pour se ruer sur mes compagnons, et ce en dépit de ma taille imposante et de ma posture apprêtée au combat. Je parviens quand même et tant bien que mal à « reprendre l’aggro » c’est-à-dire l’attention de nos ennemis, en utilisant mon pouvoir de hurlement qui les attire à moi et les éloigne des autres de mes confrères dont je crains naturellement la mort prématurée du fait d’une situation qui semble se précipiter. Sur l’instant, je n’ai pas spécialement le temps de penser en ces termes à ce qui se passe. Une fois les ennemis terrassés, nous reprenons notre chemin. C’est alors que je constate que l’un d’entre nous, me suit de près, court à ma hauteur et par moment me dépasse… Au moment où je m’apprête à me présenter en avant face à mes ennemis pour les provoquer, je vois une flèche partir de derrière moi pour atteindre l’un d’eux, alors qu’ils n’étaient pas encore à ma portée à ce moment là. Inévitablement, cette action entraîne une réaction de la part du groupe d’ennemis qui se met à se ruer sur nous et plus particulièrement sur l’auteur de se tire de flèche, tandis que j’essaie de reprendre l’aggro, m’adaptant ainsi aux circonstances en me disant qu’après tout, c’est aussi une façon de faire : attirer les ennemis et laisser le tank récupérer l’aggro en empêchant ainsi le reste du groupe d’être la cible. Cependant, à ce stade du Jeu, je ne dispose pas encore d’un pouvoir suffisamment puissant me permettant d’alpaguer simultanément plusieurs ennemis pour les provoquer et les inciter à m’attaquer…Je ne peux que le faire pour chaque ennemi un par un. Je constate alors presque impuissant à une ruée en notre direction sachant pertinemment que je ne vais pas pouvoir attirer l’attention de tous ces belligérants. Me voilà donc obligé d’accrocher un ennemi qui va alors venir me frapper, tandis que je vais suivre celui qui me dépasse pour tenter d’éviter qu’il vienne au corps-à-corps avec les autres pour attaquer les DPS et les Healers… Pendant que je déplace lourdement mon avatar qui s’est comme dissocié de moi, je regarde inquiet la jauge de recharge de mon pouvoir de grondement qui me sert à reprendre l’Aggro. La situation devient déplaisante, stressante et angoissante bien qu’il s’agisse d’un faible niveau d’intensité. Une fois les ennemis tués, je marque un temps d’arrêt et j’écris au groupe de bien vouloir patienter quelque instants pour pouvoir bien définir les rôles ou du moins pour les rappeler. Je ressens en effet une gêne et une difficulté globale dans le Jeu de groupe et je pense qu’il est de mon rôle de poser le cadre de cette partie en instance. J’explique que je suis Tank, donc que c’est à moi d’aller au devant des ennemis et de monopoliser leur attention pour nous lancer dans une sorte de ballet de gestes, de coups, d’esquives, de hurlements, de son d’armes, et d’effets spéciaux. Je « parle » seul tandis que mes confrères de la Guilde écoute silencieusement. J’obtiens une brève réponse de ce confrère qui me dépasse et qui semble vouloir me donner des leçons sur l’art de tanker. Bien sur je ne suis qu’un débutant en la matière, mais je suis sur de m’être référé à ce que l’on m’a appris depuis que je joue à Wow. Je rétorque que « je sais jouer », comme vexé malgré moi face à quelqu’un qui visiblement se permet bien vite des familiarités.
Alors que j’écris, le reste du groupe semble déjà décidé à poursuivre, commençant à s’éloigner… je me presse donc pour reprendre ma place à la tête du groupe et me lancer de nouveau dans le combat car déjà au loin j’aperçois de nouveaux ennemis qui nous attendent.
Lorsque nous abordons un groupe d’ennemis suivant, le phénomène se reproduit mais je parviens brièvement à en déterminer l’origine. Alors que je n’ai pas le temps de prendre ma place de Tank, l’un de nous, le chasseur qui m’avait déjà dépassé auparavant, me devance et attaque les ennemis qui nous prennent alors de vitesse. Arrivant tous en même temps, ils désorganisent notre système de Jeu. Me voilà encore à ne plus savoir où donner de la tête pour reprendre l’aggro des ennemis que j’arrive à capter ici et là, espérant d’une part que nous tiendrons le coup, mais aussi et surtout que je ne serais pas trop responsable de ce qui me fait penser à un « bordel ». Avant de repartir, je m’excuse pour mon incapacité à complètement pouvoir gérer l’aggro en remarquant que cette instance est particulière, puisque les ennemis semblent pouvoir choisir une autre cible que le Tank pourtant présent et prévu à cette place. Je me permets de réinsister sur l’idée d’une répartition choisi des rôles et sur la nécessité de respecter un minimum les places de chacun pour qu’un plaisir de Jeu soit partagé. Encore une fois, le chasseur dont d’ailleurs je n’ai pas retenu le nom, me réponds que ce n’est pas toujours aussi stricte. Mon Maitre qui a, pour l’occasion, pris un autre personnage que celui qu’il incarne habituellement, rappelle avec une pointe d’humour l’importance de jouer en équipe et d’être attentif à la place de chacun. Il laisse entendre, en adressant un message au groupe sous forme d’allusion, que justement l’un de nos compagnon de voyage, le chasseur, n’entend pas ce qu’on lui dit. Ce dernier explique que le rôle du Tank est de gérer l’aggro et que celle qui n’est pas captée par moi doit être gérer par lui, en l’occurrence un DPS jouant archer/chasseur. C’est la première fois que j’entends cette façon de jouer et je remarque immédiatement à quel point cela semble inhabituel. Alors que nous avançons dans l’Instance, de nouveaux se pose la question de la captation de l’aggro au point que nous ressentons le besoin de ré-expliquer les choses. J’ai moi-même besoin de l’écrire : « cela n’a jamais été aussi flou ». Bien sur il ne s’agit pas de se montrer rigide, en l’occurrence, il est bien possible de suppléer à un confrère qui ne parvient pas à assurer sa fonction. Seulement, contrairement au DPS et aux Healers, toujours présents en nombres de manière plus ou moins importante dans les Instances, je suis le seul Tank prévu ici et je ne comprends pas cette anticipation de l’action de la part de cette autre joueur. Ce souhait de s’accaparer l’aggro par le chasseur nous met inévitablement en rivalité, à devoir partager l’aggro, donc la violence de cette place de tank, donc l’attention des deux groupes. Il semble qu’un vécu d’usurpation ou d’imposture me conduisent à m’impatienter. Je pense sur l’instant que ce confrère chasseur semble par son individualisme précipiter la désorganisation implicite de nos positions dans l’espaces et quant à nos rôles. Il « fout » n’importe quoi. Il me vient alors l’idée que je ne sers plus à rien et j’ai l’impression que je ne suis pas suffisamment à la hauteur de la tâche que je dois remplir puisque je n’arrive pas à protéger les autres. Un mélange d’un sentiment de colère et de culpabilité m’envahit tandis que nous nous trouvons sur le point d’affronter le Boss final. Bien sur, il s’agit aussi pour moi de me défendre d’un vécu de dépossession et de dévalorisation renforcée par mon statut de « noobs », de joueur-débutant inexpérimenté malgré la facilité avec laquelle je suis monté en niveau. Je rappelle enfin et encore que je suis Tank et que je vais donc à l’assaut, devant. Le combat commence : j’utilise d’emblée le pouvoir me permettant de capter l’attention de notre ennemi. Seulement celui-ci dispose de deux acolytes qui se ruent en direction de mes confrères du groupe. Nous parvenons tant bien que mal à nous défaire de ces ennemis.

Le contenu du récit de cette instance est relativement pauvre car le déplaisir du Jeu m’a conduit à oublier de nombreux détails de cette situation et la manière dont nous avons joué. Alors que je remarque que notre amis chasseur n’appartient pas à la même Guilde, et que par conséquent il dispose en référence, d’une autre façon de jouer, qui n’est peut-être pas « mauvaise en soi », mais dont nous n’avions pas discuté avant de débuter la partie.
J’assois mon avatar après lui avoir rendu forme Tauren.
« Que s’est-il passé ? ».
Nous discutons avec les membres restants et il semble que nous tombions tous d’accord : l’individualisme et l’absence d’écoute de la part de ce collègue semble avoir complètement destabilisé l’équilibre de notre Jeu. En somme il a fait du « hors-jeu » ou de l’anti-jeu. Nous nous laissons, moi le premier, aller à des jugements du côté d’une absence de connaissance dans le Jeu, allant jusqu’à dire qu’il ne savait pas jouer comme un simple amateur.
Puis, je fais la remarque que je n’ai jamais jusqu’alors eu le moindre problème en Instance, car les choses sont plutôt simples et claires lorsque nous jouons entre membres de la Guilde Ordalie. Nous échangeons alors sur le fait de bien se sentir ensemble dans ce groupe et dans cette Guilde, de nous sentir unis, entre nous. Je ne peux malgré tout gardé l’intime conviction d’une responsabilité de ma part, avec l’idée que mes confrères encore présents restent bienveillants, n’osant me dire que je n’ai pas suffisamment bien joué mon rôle…

En guise de réflexion

Il est clair que cet épisode présente de très nombreux traits projectifs quant à ma position au sein du groupe. Outre les éléments qui relèvent des projections personnelles, il convient de repérer deux types d’enjeux : l’un individuels et l’autre groupale.
Sur un plan individuel, il semble que l’attitude « trollienne » de ce chasseur, certainement pas forcément porteuse de mauvaise intentions, ait conduit à un triomphe de l’individualisme sur la dynamique groupale et la bonne entente implicite.
Sur un plan groupal, les échanges après l’Instance semblent confirmer l’idée d’un besoin de restaurer et se re-confirmer une « préférence » pour la culture de la Guilde Ordalie : « ça ne se passe jamais comme ça avec Ordalie »…tout en réaffirmant implicitement l’existence d’une enveloppe.

Il est intéressant de remarquer à quel point cet épisode, banal en apparence, peut réveiller, pour qui se laisse imprégner et immerger dans ce monde, le même type d’angoisse que celle que nous retrouvons au sein d’un groupe non-virtuel, au sens d’un groupe formé par l’absence des corps. Alors, nous pourrions penser que l’illusion groupale ainsi que les mécanismes de constitution du groupe (fantasmes individuels, imago, triangulation œdipienne, enveloppe…)  peuvent être actualisés dans le Jeu à travers les phénomènes d’identification réciproques.

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