La recherche consiste à ne pas chercher là où l’on est supposé le faire : l’égarement et « l’analyse profane » comme moteur deux-temps de la créativité et la découverte scientifique

La recherche consiste à ne pas chercher là où l’on est supposé le faire : l’égarement et « l’analyse profane » comme « moteur deux-temps » de la créativité

Comment comprendre ou du moins approcher le phénomène de l’invention et de la découverte scientifique ?

Comment comprendre les mythes liés à la découverte des grandes lois de l’univers ? ou de l’invention d’un objet devenu indispensable ?

Commet comprendre également que les inventions aient souvent émerger d’un « accident ? ou d’une intuition hors-cadre de recherche ?
J’aime à penser que la découverte et l’inventivité de la recherche prend parfois source sans référence obligatoire au passé mais aussi et surtout sans référence à un courant de pensée théorique ou idéologique qui soit inclut dans la discipline à partir de laquelle le chercheur entreprend sa recherche.

En effet, il n’y a pas de recherche mais des chercheurs.

Le recherche n’étant qu’une conceptualisation et une appellation utilisée conventionnellement pour désigner l’activité ou le moyen à la fois à la source et l’objectif, c’est-à-dire le but, visé par le chercheur dans son travail d’exploration et de découverte du monde ou de l’univers à travers le filtre de sa perception. Or, nous savons que cette perception singulière est un voile sur le réel et que la prétendue « objectivité » sur laquelle débouche la recherche et le travail scientifique consiste en un processus de généralisation/objectivation d’une subjectivité.

En ce sens, la recherche est inévitablement liée à l’art.

Il est bien possible que ce qui caractérise la recherche et son aboutissement dans la découverte scientifique ait pour fondement un schéma que l’on retrouverait quelque soit la « matière » étudiée. Si la psychanalyse nous a apporté quelques éléments de compréhension du « besoin de savoir » ainsi que de la source des interrogations du chercheur, il ressort deux points communs à toute démarche de recherche, tels deux axes transversaux qui infiltrent toute activité d’exploration de la réalité.

En effet, il semble que paradoxalement, toute discipline ne puisse entièrement atteindre l’essence de ce dont elle tient le discours, le « logos » de la psycho-logie, de la bio-logie etc… précisément parce qu’il s’agit de son point ombilic, inatteignable par essence parce que basé sur le langage verbale. Or, nous savons que toute énonciation traduit immédiatement un reste inappréhendable sur l’instant.

Pour nous représenter la « structure » ou plutôt « l’organisation » de toute discipline, nous pourrions utiliser l’image de l’A.D.N. qui malgré un séquençage décrypté et une manipulation devenu courante, semble décéler encore une part de mystère et d’incompréhnsion. Ainsi, tel un brin ou une hélice d’ADN, la discipline constitue à la fois une condensation d’information, une interaction dynamique de connections et d’éléments constitutifs, ainsi qu’une expressivité potentielle tributaire de son environnement mais dont l’essence, c’est-à-dire, ce qui la fait être vivante et créatrice, nous échappe toujours dans sa dynamique intrinsèque.

Le premier point remarquable concerne ce que je propose d’appeler simplement « l’analyse profane » que j’emploierais ici dans un sens légèrement différent de celui qui fut proposé par S. Freud, tout en lui donnant une tonalité qui s’en rapproche.

Plutôt que toujours s’inspirer du travail de ces paires, grands praticiens et théoriciens ayant déjà publiés sur la question, le chercheur gagnera surement à s’intéresser aux travaux de scientifiques d’autres disciplines sur lesquels justement peu de collègues se sont penchés, et à s’en inspirer notamment en remarquant les différences avec son domaine de recherche, mais aussi en les transposant parfois schématiquement ou de manière symbolique depuis un domaine « extra-territoriale »; ou à partir d’une extra-territorialité de la discipline, vers son champ de spécialisation. Ce « dialogue inter et transdisciplinaire interne » s’opère dans un mouvement dynamique de va-et-vient.

Les chercheurs qui ont apporté des avancées significatives dans leur domaine ont pour beaucoup « pioché », emprunté, décalqué, ici et là, dans d’autres domaines parfois très éloignés a piori de ce qui les concernait.

Mise à part S. Freud dont les textes témoignent d’une connaissance parfois très poussée pour l’époque dans de très larges domaines autres que la Psychologie contemporaine de son temps, nous pouvons remarquer une tendance chez les chercheurs à s’inspirer de domaines tout à fait éloignés, au premier abord, de leur thème de recherche.

J’ai proposé d’appeler ce premier élément l’analyse profane car il est important que le chercheur puisse très brièvement s’intéresser à un élément d’un domaine dont il n’est absolument pas le spécialiste : en profane, il déconstruit le concept et va l’interpréter de manière nouvelle et originale puisqu’il est dégagée de l’influence naturelle et intrinsèque à laquelle sont soumis inconsciemment les chercheurs de la discipline en question… En profane, il va simplifier, parfois « profaner » mais pour en tirer quelques chose qui va prendre place dans la chaine de la construction de sa réflexion générale. C’est ce bricolage qui constitue selon moi le « joint de culasse » de la capacité créatrice du chercheur.

Le deuxième point remarquable ou l’autre « clé » du travail implicite du chercheur consiste en une exploration libre et spontanée de son quotidien que j’appellerais « l’égarement ». Il est en effet intéressant de remarquer que les « grandes découvertes », et plus particulièrement, celles qui ont transformé le quotidien de tout à chacun, ont parfois et même souvent émerger d’un domaine qui relève fondamentalement d’un quotidien tout à fait « étranger » a priori du domaine de la recherche scientifique… comme si le chercheur s’était un temps « égaré ». C’est au détour d’une expérience banale ou d’un moment de flottement que le lien survient et que l’idée nouvelle apparait comme une évidence, non pas dans une sorte de conviction délirante, mais comme quelque chose qui était déjà là, et qui soudain se révèle au chercheur. Plus intéressant encore, certaines découvertes fondamentales ont eu « lieu » justement au détour d’un « accident » ou suite à une « maladresse » ou à partir d’une intuition qui semblait en premier lieu ne pas pouvoir s’inscrire dans une démarche scientifique de son temps.

Mais peut-on parler réellement de « maladresse » ?

Quelle place peut-on raisonnablement donner à l’intuition lorsque nous parlons de recherche scientifique ?

Le chercheur en tant qu’être humain ayant construit subjectivement et singulièrement sa réalité par la médiation des autres peut-il être impartial ?

C’est dans la suite de cette piste de réflexion que je propose de considérer que le chercheur se doit d’explorer au hasard de ce qui lui parle, en dehors de son domaine de recherche et de sa discipline, en vue de laisser émerger les liens qui jusque là étaient invisibles.

Bien que le travail de recherche, notamment le travail de recherche universitaire repose sur une méthodologie imposant de faire un tour de la question, le chercheur doit pouvoir suffisamment faire « table rase » de ces lectures et autre références pour pouvoir inventer à son tour dans la rencontre avec l’expérience et la pratique de la recherche.

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