Pourquoi « l’art numérique » est un pléonasme : le jeu vidéo, un art contemporain

Pourquoi « l’art numérique » est un pléonasme : le jeu vidéo, un art contemporain

Cet « article », ou plutôt ce gribouillis, peut paraitre un peu « tardif » par rapport à tout ce qui se dit et même s’écrit actuellement sur « l’art numérique ».

Il sera donc uniquement question d’un point de réflexion sur l’art numérique en lien avec mon travail de recherche sur les médiations numériques.

Plusieurs classifications des arts se sont succédé dans le temps.

Actuellement, parmi les dix arts que l’on répertorie couramment, une discussion se déroule sur le dixième art.

Sont « candidats » pour cette nomination : les arts numériques, les jeux de rôles, les jeux vidéo, le modélisme et le maquettisme, l’art culinaire et la gastronomie, le graphisme, l’art graphique et la calligraphie.

Il m’importe peu ici de donner une préférence ou non pour tel ou tel activité.

Je vais me contenter de repérer que ce qui caractérise nécessairement l’art de manière générale c’est son lien avec :

– LA FORME/L’ESTHETIQUE

L’art est lié à une certaine forme ou une mise en forme renvoyant à un « tracé » perceptif faisant nécessairement appel à quelque chose d’un enveloppement d’origine sensorielle.

Un enveloppement visuel

Un enveloppement sonore

Un enveloppement tactile

un envoleppement gustatif

un enveloppement olfactif

– LE MOUVEMENT/LE GESTE

Mouvement

L’art concerne une triple définition du mouvement.

La première rapproche le mouvement de l’objet, c’est-à-dire le corps entier en action ou le déplacement d’une entité totale délimitée par une membrane.

La deuxième définition renvoie à un déplacement et à un ensemble d’opérations de préparation qui aboutisse à l’œuvre d’art.

Enfin, le mouvement renvoie à une opération de transformation de la « matière » quelle que soit sa « nature ».

Geste

Le geste suppose l’acquisition d’une « conception perceptive » de l’articulaire/l’articulation, c’est-à-dire d’un mouvement d’un élément partiel d’une entité par rapport au tout qui la constitue. Le geste implique donc une sorte de catégorisation dynamique entre l’ensemble et la partie.

Nous pourrions dire que le geste incarne le processus d’articulation entre un « état du corps » et un mouvement.

Ce qui caractérise l’art, au delà de la distinction mouvement/geste, c’est l’idée d’une esquisse, ou d’une furtivité de la motilité.

– LE CORPS/L’ETAT DU CORPS

L’art fait nécessairement lien avec une abstraction d’un état du corps dont il propose une nouvelle figuration imaginaire, détachée de sa base biologique.

– LA PERFECTION ET L’EMPHASE.

L’art renvoie à la perfection d’un mouvement esquissant une forme à partir d’un état corporel dont il propose une représentation à travers l’emphase de l’expressivité ordinaire.

Il y a en effet toujours un processus double-face entre quelque chose d’une exactitude singulière pour le sujet unique qui vit l’œuvre d’art et une sorte « d’exagération de la communication » (verbale, mimogesturo posturale, en positif par emphase ou en négatif par inhibition) à travers le mouvement créateur.

en somme quelque chose se désaccrode et s’accorde.

– LE DISCOURS

L’art est nécessairement lié à un discours. Il constitue le prototype d’une parole qui se libère à partir d’un langage.

Nécessairement cela implique que l’art est un processus de transition entre la pure extériorité de la matière en mouvement et l’intériorisation de celle-ci au niveau psychique par l’intermédiaire du langage et de la parole qui s’en échappe.

– L’INTEMPORALITE

L’art est inéluctablement atemporel ou intemporel.

S’il représente une époque, un style, une tendance de son temps, l’art demeure paradoxalement hors-temps puisque ce qui le sous-tend renvoie non pas à une temporalité extérieure, mais à quelque chose qui fait appel à ce qui par essence ne cesse de se répéter infiniment.

 

Si l’on se fie à cette esquisse de définition, le jeu vidéo est un art et le qualifier d’art numérique est un pléonasme dans la mesure où le numérique consiste précisément en une création qui rentre dans l’ensemble des points communs aux arts.

 

 

 

 

 

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La recherche consiste à ne pas chercher là où l’on est supposé le faire : l’égarement et « l’analyse profane » comme moteur deux-temps de la créativité et la découverte scientifique

La recherche consiste à ne pas chercher là où l’on est supposé le faire : l’égarement et « l’analyse profane » comme « moteur deux-temps » de la créativité

Comment comprendre ou du moins approcher le phénomène de l’invention et de la découverte scientifique ?

Comment comprendre les mythes liés à la découverte des grandes lois de l’univers ? ou de l’invention d’un objet devenu indispensable ?

Commet comprendre également que les inventions aient souvent émerger d’un « accident ? ou d’une intuition hors-cadre de recherche ?
J’aime à penser que la découverte et l’inventivité de la recherche prend parfois source sans référence obligatoire au passé mais aussi et surtout sans référence à un courant de pensée théorique ou idéologique qui soit inclut dans la discipline à partir de laquelle le chercheur entreprend sa recherche.

En effet, il n’y a pas de recherche mais des chercheurs.

Le recherche n’étant qu’une conceptualisation et une appellation utilisée conventionnellement pour désigner l’activité ou le moyen à la fois à la source et l’objectif, c’est-à-dire le but, visé par le chercheur dans son travail d’exploration et de découverte du monde ou de l’univers à travers le filtre de sa perception. Or, nous savons que cette perception singulière est un voile sur le réel et que la prétendue « objectivité » sur laquelle débouche la recherche et le travail scientifique consiste en un processus de généralisation/objectivation d’une subjectivité.

En ce sens, la recherche est inévitablement liée à l’art.

Il est bien possible que ce qui caractérise la recherche et son aboutissement dans la découverte scientifique ait pour fondement un schéma que l’on retrouverait quelque soit la « matière » étudiée. Si la psychanalyse nous a apporté quelques éléments de compréhension du « besoin de savoir » ainsi que de la source des interrogations du chercheur, il ressort deux points communs à toute démarche de recherche, tels deux axes transversaux qui infiltrent toute activité d’exploration de la réalité.

En effet, il semble que paradoxalement, toute discipline ne puisse entièrement atteindre l’essence de ce dont elle tient le discours, le « logos » de la psycho-logie, de la bio-logie etc… précisément parce qu’il s’agit de son point ombilic, inatteignable par essence parce que basé sur le langage verbale. Or, nous savons que toute énonciation traduit immédiatement un reste inappréhendable sur l’instant.

Pour nous représenter la « structure » ou plutôt « l’organisation » de toute discipline, nous pourrions utiliser l’image de l’A.D.N. qui malgré un séquençage décrypté et une manipulation devenu courante, semble décéler encore une part de mystère et d’incompréhnsion. Ainsi, tel un brin ou une hélice d’ADN, la discipline constitue à la fois une condensation d’information, une interaction dynamique de connections et d’éléments constitutifs, ainsi qu’une expressivité potentielle tributaire de son environnement mais dont l’essence, c’est-à-dire, ce qui la fait être vivante et créatrice, nous échappe toujours dans sa dynamique intrinsèque.

Le premier point remarquable concerne ce que je propose d’appeler simplement « l’analyse profane » que j’emploierais ici dans un sens légèrement différent de celui qui fut proposé par S. Freud, tout en lui donnant une tonalité qui s’en rapproche.

Plutôt que toujours s’inspirer du travail de ces paires, grands praticiens et théoriciens ayant déjà publiés sur la question, le chercheur gagnera surement à s’intéresser aux travaux de scientifiques d’autres disciplines sur lesquels justement peu de collègues se sont penchés, et à s’en inspirer notamment en remarquant les différences avec son domaine de recherche, mais aussi en les transposant parfois schématiquement ou de manière symbolique depuis un domaine « extra-territoriale »; ou à partir d’une extra-territorialité de la discipline, vers son champ de spécialisation. Ce « dialogue inter et transdisciplinaire interne » s’opère dans un mouvement dynamique de va-et-vient.

Les chercheurs qui ont apporté des avancées significatives dans leur domaine ont pour beaucoup « pioché », emprunté, décalqué, ici et là, dans d’autres domaines parfois très éloignés a piori de ce qui les concernait.

Mise à part S. Freud dont les textes témoignent d’une connaissance parfois très poussée pour l’époque dans de très larges domaines autres que la Psychologie contemporaine de son temps, nous pouvons remarquer une tendance chez les chercheurs à s’inspirer de domaines tout à fait éloignés, au premier abord, de leur thème de recherche.

J’ai proposé d’appeler ce premier élément l’analyse profane car il est important que le chercheur puisse très brièvement s’intéresser à un élément d’un domaine dont il n’est absolument pas le spécialiste : en profane, il déconstruit le concept et va l’interpréter de manière nouvelle et originale puisqu’il est dégagée de l’influence naturelle et intrinsèque à laquelle sont soumis inconsciemment les chercheurs de la discipline en question… En profane, il va simplifier, parfois « profaner » mais pour en tirer quelques chose qui va prendre place dans la chaine de la construction de sa réflexion générale. C’est ce bricolage qui constitue selon moi le « joint de culasse » de la capacité créatrice du chercheur.

Le deuxième point remarquable ou l’autre « clé » du travail implicite du chercheur consiste en une exploration libre et spontanée de son quotidien que j’appellerais « l’égarement ». Il est en effet intéressant de remarquer que les « grandes découvertes », et plus particulièrement, celles qui ont transformé le quotidien de tout à chacun, ont parfois et même souvent émerger d’un domaine qui relève fondamentalement d’un quotidien tout à fait « étranger » a priori du domaine de la recherche scientifique… comme si le chercheur s’était un temps « égaré ». C’est au détour d’une expérience banale ou d’un moment de flottement que le lien survient et que l’idée nouvelle apparait comme une évidence, non pas dans une sorte de conviction délirante, mais comme quelque chose qui était déjà là, et qui soudain se révèle au chercheur. Plus intéressant encore, certaines découvertes fondamentales ont eu « lieu » justement au détour d’un « accident » ou suite à une « maladresse » ou à partir d’une intuition qui semblait en premier lieu ne pas pouvoir s’inscrire dans une démarche scientifique de son temps.

Mais peut-on parler réellement de « maladresse » ?

Quelle place peut-on raisonnablement donner à l’intuition lorsque nous parlons de recherche scientifique ?

Le chercheur en tant qu’être humain ayant construit subjectivement et singulièrement sa réalité par la médiation des autres peut-il être impartial ?

C’est dans la suite de cette piste de réflexion que je propose de considérer que le chercheur se doit d’explorer au hasard de ce qui lui parle, en dehors de son domaine de recherche et de sa discipline, en vue de laisser émerger les liens qui jusque là étaient invisibles.

Bien que le travail de recherche, notamment le travail de recherche universitaire repose sur une méthodologie imposant de faire un tour de la question, le chercheur doit pouvoir suffisamment faire « table rase » de ces lectures et autre références pour pouvoir inventer à son tour dans la rencontre avec l’expérience et la pratique de la recherche.

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