Bloc note numérique magique : l’origine feotale du Soi ou le tiers inclu au bébé

Voici un moment que j’avais en tête une idée qui m’était venu suite à l’écoute d’une conférence du Groupe Lyonnais de Psychanalyse Rhônes-Alpes (G.L.P.R.A.)

Voici un résumé de la question soulevée :

« Et si finalement la célèbre « fonction tierce » (ou le « tiers ») qui caractérise l’avènement d’une pensée « triangulée » comme on dit dans le jargon, était du au fait non pas de la présence d’un autre dans le regard de la mère mais d’une fonction portée et introduite par l’enfant dès le départ, au commencement de son existence intra-utérine et avant-même sa naisance :  fonction qui serait alors potentialisée et alors « trouvée/créée » dans la rencontre de l’enfant et de son environnement premier ? »

Pour étayer mon intuition, je propose trois axes principaux.

Tout d’abord nous ferons un bref détour par ce qui est admis en général dans la théorie psychanalytique à ce sujet.

Ensuite, nous nous pencherons sur le lien de plus en plus étroit entre d’un côté les apports des neurosciences et sciences dites « dures », et de l’autre les postulats de la psychanalyse.

Enfin, nous nous pencherons de près sur les apports fondamentaux de la génétique et de la physiobiologie afin de déceler une possible origine du Soi et surtout du non-Soi dans une période antérieure à ce que nous savons actuellement des bases du sentiment d’existence intra-utérin.

Nous arriverons ainsi a proposer l’idée que la fonction tierce, ou le tiers, est en réalité inclue dès l’origine dans le destin du fœtus et que sa cristallisation au sein de la structure du psychisme dépend étroitement à la fois de la phase de préconception du futur enfant et du passage de la génétique à la relation intersubjective.

Nous espérons ainsi pouvoir jeter une passerelle entre la Psychologie clinique d’orientation analytique qui se veut être une discipline prenant le sujet dans sa globalité, et ce que nous apprennent les sciences expérimentales. Cette initiative permettra de dépasser le clivage entre les sciences dures et les sciences dites « molles »

voici la partie évolutive de ce bloc magique

PARTIE I : ÉTAT DE LA QUESTION EN PSYCHANALYSE

LES MODÈLES TRADITIONNELS DE LA SYMBOLISATION

Premier modèle de la symbolisation

Dès sa naissance, le bébé est assailli de toutes parts par de grandes quantités d’excitations d’origine intérieure et d’origine extérieure qui le font vivre un état de détresse et d’impuissance intolérable.

Vis-à-vis de l’extérieur, S. Freud avance qu’une sorte d’enveloppe ou d’écorce protectrice, le pare-excitations, tiendrait à l’écart l’afflux d’excitation exogène potentiellement effractant pour l’appareil psychique.
Vis-à-vis de l’intérieur, le bébé ne dispose pas de tels mécanismes d’endiguement des afflux d’excitation qui restent permanents. Son impuissance originelle le rend donc incapable de provoquer par lui-même la décharge adaptée à l’accomplissement de ses besoins vitaux qui sont à l’origine de l’augmentation croissante des excitations internes. S. Freud propose, dès 1894 dans le « Manuscrit E », le concept d’Action spécifique qu’il reprend dans « l’Esquisse » et que l’on peut résumer ainsi : l’état de dépendance absolue du bébé impose une modification à/de l’extérieur à travers l’action motrice adéquate réalisée par l’environnement premier . Cette action appropriée et au bon moment suppose une « compréhension mutuelle » et une capacité de l’environnement premier à endosser le rôle de médiateur entre les exigences pulsionnelles du dedans et la réalité du dehors. Autrement dit, le bébé éprouve un état diffus de malaise somatopsychique auquel il ne peut encore attribuer d’origine ou de cause. Et c’est la capacité d’empathie de l’environnement premier, généralement la Mère, qui permet de comprendre ce qui manque au bébé pour retrouver un équilibre homéostasique. S. Freud précise que la trace mnésique sensorielle liée à l’expérience de satisfaction et de plaisir partagé serait réactivée dès le retour d’un état de tension interne similaire et que cette réaction analogue à une perception serait une hallucination. L’expérience de satisfaction qui est alors une expérience de plaisir partagé avec celui qui participe à cet acte avec le bébé aboutit à un frayage entre deux images mnémoniques : celle de « l’objet » désiré et celle du mouvement réflexe, ce qui conduit à son inscription comme trace mémorielle. Après quelques expérience du même type, et alors que le bébé ressent un état de tension similaire, la répétition suffisamment bonne de l’expérience de satisfaction va lui permettre de réactualiser sous forme hallucinatoire, l’ensemble de la situation. C’est ce que nos pouvons observer lorsque nous voyons un bébé sur le point de se réveiller pour réclamer son biberon : pendant un bref instant et avant d’éventuellement se réveiller et crier il tête à vide, tentant alors, de compenser sous forme hallucinatoire, le manque de nourriture que son corps lui impose de combler.

Cette conception de l’hallucinatoire est à l’origine du premier modèle de la symbolisation qui repose sur une théorie de la réalisation hallucinatoire du désir selon un décalage spatial ou topique, inspiré du modèle du rêve : l’hallucination a lieu en l’absence de l’objet donc en l’absence de perception. La réalité ou l’externalité de l’objet, donc son altérité, serait découverte « dans la haine », à partir de la frustration et de l’expérience désagréable de l’absence d’objet au moment désiré. Selon cette première théorie, perception et hallucination s’opposeraient puisque la « pensée du sein » ou la « préconception de l’objet partiel et providentiel sein » vient en l’absence effective de ce dernier, en tant que substitut. La symbolisation c’est-à-dire l’intégration psychique de la situation procéderait donc d’une intériorisation de/par/en l’absence : lorsque l’objet est absent, à charge pour l’enfant de pallier son absence sous forme de réalisation hallucinatoire. En revanche lorsqu’il est présent, nous en déduisons que le phénomène hallucinatoire n’a pas de raison d’être. Selon cette théorie intra-subjective, qui considère la pensée comme une action intériorisée, on symbolise pour symboliser l’absence et on symbolise « en l’absence de », pour rendre présent l’absent. C’est sur ce mode particulier de travail psychique que s’inspire notamment celui de la cure psychanalytique qui vise à refaire surgir sous forme quasi-hallucinatoire des souvenirs en l’absence de perception et de motricité (règle de l’abstinence).

Deuxième modèle de la symbolisation
Le Psychanalyste anglais W. Bion, introduit un glissement du modèle de la symbolisation du côté de l’objet en proposant une théorie basée sur un décalage temporel ou dynamique entre l’existence des pensées, qu’il nomme le contenu, et la construction de « l’appareil à penser les pensées », le contenant. Pour reprendre une autre image, nous pourrions dire qu’il introduit une distinction entre le verre d’eau qui contient le liquide « eau » et qui est donc le contenant, et le liquide « eau » qui est contenu par le verre. Bien que l’objet « verre » et le liquide « eau » constituent une entité indivisible lorsque l’on utilise le verre d’eau, il demeure néanmoins entre eux des différences structurelles et une hiérarchie fonctionnelle. Pour W. Bion, les proto-pensées sont des vécus somatoesthésiques qui sont encore très ancrées dans le corps qui désorganisent la structure psychique encore rudimentaire du bébé. L’antériorité des pensées sur l’édification et l’existence d’un pensoir contenant ces pensées implique une participation plus « active » de l’objet maternel. Face à la montée des tensions internes désorganisatrices, le bébé projetterait ses vécus d’origines somato-sensoriels-esthésiques sur l’objet maternel présent. En effet, S. Freud avait déjà relevé que la psychée qui fait face à des tensions internes insoutenables pouvait alors se comporter à leur égard comme si elle provenaient de l’extérieure. Cette première esquisse de définition de ce que nous nommons la projection vise selon S. Freud à mettre les tensions à l’extérieure afin de faire agir sur elle le pare-excitation. Dans ce cas, W. Bion propose que l’objet maternel transformerait ces éprouvés toxiques en pensées assimilables grâce à son activité de liaison intrapsychique. Une fois devenus assimilables pour l’enfant les proto-pensées devenues pensée, sont réintrojectées dans la psyché du bébé. Il y aurait donc un transfert des éprouvés vécus au dedans du corps de l’enfant, vers l’extérieur, puis dans la psychée maternelle qui les traiteraient en y mettant un sens.La capacité de rêverie de la Mère, sa présence auprès du bébé, ainsi que sa capacité à identifier et nommer ses états-d’âmes préfigurerait le contenant de l’appareil psychique primitif. Cette deuxième théorie, selon laquelle l’appareil à penser les pensées serait progressivement élaboré à travers le Jeu dynamique des mouvements projectifs et introjectifs, implique un déplacement de la théorie de la symbolisation du côté de l’objet. Ce dernier n’est plus présent en tant que simple exécutant. Cette position induit  un glissement vers l’extérieur ainsi qu’un renversement du statut de la symbolisation : on symbolise pour symboliser la présence et on symbolise avec/par/en présence… de…

Troisième modèle de la symbolisation
R. Roussillon repère dans les avancées de D. Winnicott les éléments qui conduisent à entériner l’infléchissement paradigmatique du modèle de la symbolisation, en dévoilant ses trois étapes.

Première étape : l’hallucination perceptive
Contrairement à la première théorie avancée par S. Freud selon laquelle l’hallucination pallie l’absence de perception, D. Winnicott propose l’idée de la permanence du processus hallucinatoire quelque soit la situation de l’ « objet ». Il y aurait co-incidence spatio-temporelle ou simultanéité entre l’hallucination (la réactivation de la trace mnésique perceptive de l’action motrice à la source de la satisfaction), et la perception liée à l’exécution effective de l’acte par l’environnement maternel. Autrement dit, que l’objet soit présent ou absent il y aurait toujours hallucination. D. Winnicott nomme préoccupation maternelle primaire la position psychique de la Mère qui fournit un Cadre adapté au développement du Self de l’Infans. Cette posture psychique biologiquement pré-programmée permettrait à la Mère ordinairement dévouée d’endosser le rôle d’environnement facilitateur des potentialités du bébé en comprenant et en réalisant à sa place le geste adéquate. Sa manière intuitive de porter (Holding), manier (Handling) et prodiguer des soins (Care giving) au bébé faciliterait le processus d’intégration de son Self. La présentation intuitive du sein réel au moment importun où l’enfant est prêt à le créer lui donne l’illusion positive d’avoir trouvé/créé l’objet désiré : d’avoir créé le monde. La fonction de « miroir du visage maternel »  situe pourtant le bébé dans une position de relative « passivité ». D. Stern  nomme accordage affectif la recherche-d’accord-à-deux entre la Mère et son Bébé , traduisant l’instauration d’un ajustement réciproque qui redonne au bébé une position active de sollicitation de sa Mère. Pour R. Roussillon, cette recherche mutuelle sous-tend la fonction homosexuelle en double de l’objet primaire. Cet auteur rappelle que c’est la présence effective de l’objet et la justesse de sa réponse au processus hallucinatoire de l’enfant qui transforme l’hallucination en illusion. C’est donc la compétence de l’environnement premier à faire se superposer hallucination et perception – son pouvoir d’illusionnement – qui conduirait à l’émergence de l’activité représentative alors trouvé/créée en même temps que l’objet. Les apports des Neurosciences rejoignent d’ailleurs les intuitions de la Psychanalyse en nous apprenant que d’un point de vue cérébral, dans les premiers temps de l’existence, le bébé n’est pas capable de faire la différence entre « faire », c’est-à-dire être agent/acteur d’une action, et « regarder faire » c’est-à-dire percevoir/être spectateur (d’)une action qui se déroule en dehors, devant lui, et qui est réalisée par quelqu’un d’autre . La première étape du processus de symbolisation réside donc dans ce phénomène d’hallucination-perceptive.

Deuxième étape : la survivance du lien
La deuxième étape du processus de symbolisation se repère au moment de la baisse progressive de la préoccupation maternelle primaire. La reprise par la Mère, de sa position de « femme », et la reprise notamment d’une sexualité d’adulte parfois complètement abandonnée durant les premiers mois suivant l’accouchement, a pour effet d’introduire un décalage de plus en plus important entre l’hallucination produite par l’enfant et la réalisation du geste approprié. Ce désaccordage progressif déclenche une poussée de destructivité chez l’enfant « désillusionné ». Jusque là, la relative bonne adaptation aux exigences du bébé lui donnait l’illusion d’être et de contrôler le monde. Cette faille de son omnipotence marque le début de la découverte de l’altérité : non pas l’altérité perçu et comprise intellectuellement, comme le démontre les expérience neuroscientifiques, mais une altérité radicale et totalement étrangère à Soi.

Pour S. Freud « l’objet naît dans la haine » : son altérité d’autre-sujet est issue de la frustration qu’il impose à l’enfant et de la destructivité qui en résulte . D. Winnicott renverse la perspective en proposant que la tâche la plus importante de la « Mère » est de survivre à cette rage du bébé. Autrement dit, après avoir aidé à « trouver/créer » le monde par hallucination-perceptive, et ainsi avoir contribué à la construction de l’omnipotence du bébé en compensation de son impuissance originelle, l’environnement facilitateur doit survivre à l’hallucination de sa destruction en produisant un « démenti » par la perception. L’enfant va donc halluciner cette destruction de l’objet par sa rage mais l’objet ne va pas s’effacer de sa perception. Si D. Winnicott a nommé la première étape du processus de symbolisation le « trouvé/créé », R. Roussillon propose de nommer cette deuxième étape le « détruit/trouvé ». Cette deuxième étape entérine la sortie du narcissisme primaire et suppose une continuité sans transformation de l’objet, ce qui implique que l’objet supporte d’être utilisé, rejeté, attaqué, sans retrait ni représailles. Cette féminité primaire et le maintien actif du lien par l’objet inaugure l’instauration de l’opposition topique fondamental Moi/non-Moi que nous pouvons également traduire par la « Divided Line ». « L’épreuve de réalité » que S. Freud attribue à une fonction du Moi qui distingue monde interne/monde externe par recours à la perception, serait donc le résultat de l’introjection de la réponse adaptée de l’objet et de la survivance du lien.

Commentaires :

Nous pourrions ainsi dire, pour résumer, que c’est la survivance du lien intersubjectif et sa survivance dans la psyché de l’autre et dans le vécu subjectif que le bébé a de la relation intersubjective qui permet sa continuité dans la psyché de l’enfant et assure ainsi la continuum intrapsychique. Les pathologies de la survivance du lien sont nombreuses et nous pouvons comprendre leur effet dans ce que D. Winnicott nomme le « Breakdown », c’est-à-dire la rupture ou l’effondrement psychique. A noter cependant une nuance avec ce terme du fait d’un décalage de traduction. Une succession de raté de cette deuxième étape du processus de symbolisation renvoie davantage à un vécu d’éclatement et d’explosion ou de diffusion et de désintégration qu’à celui d’un effondrement qui renvoie plutôt à un stade plus avancé du développement supposant la constitution d’une unité de base et d’une première enveloppe.

Troisième étape : l’objet médiateur
La troisième étape du processus de symbolisation concerne les objets proposés par l’objet maternel (object-présenting) en relais de sa capacité d’adaptation en déclin. Ces objets représentent le lien avec l’objet premier et ouvrent, avec ses encouragements, sur une métaphorisation de ce lien. La reprise des premières expériences par l’entremise de l’objet de substitution conduit à une remise en Jeu de ce rapport primaire.
L’inflexion paradigmatique de la théorie de la symbolisation introduite par D. Winnicott induit un déplacement du côté de la fonction réflexive et symbolisante de l’objet. Ainsi, comme le souligne R. Roussillon, l’utilisation de l’objet-Autre, ses propriétés, ses réponses et son mode de réponse – l’ensemble des éléments qui constituent les caractéristiques du rapport primaire à l’objet – tendent à se transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation elle-même et la reconnaissance symbolique qu’il peut en attendre . La nébuleuse du lien primaire témoigne donc de notre rapport singulier à la symbolisation qui se transfère dans « l’objet pour symboliser ».

ÉCUEILS : L’ORIGINE DE L4AUTRE/DU TIERS

Outre les premiers objets proposés par l’environnement premier du bébé, pour remettre en Jeu l’énigme du rapport primaire à cet objet-premier et compenser ses défaillances, la psychanalyse a surtout porté son attention, dans les premiers temps, sur les objets dits « transitionnels ». En réalité, l’objet transitionnel n’existe pas en lui-même, tout comme un bébé seul n’existe pas…sans son environnement facilitateur (sa Mère).. D. Winnicott qui a proposé ce terme nous rappelle en effet que ce n’est pas tant cet objet là qui compte mais l’utilisation et le rapport que le sujet entretien avec lui. La manière dont l’enfant utilise, manipule, porte, ce premier objet « Non-Moi », cette « première possession Non-Moi » vient signifier l’accès à un certain mode de fonctionnement psychique. Selon cette conceptualisation, l’objet n’a donc pas intrinsèquement une « qualité transitionnelle ». A un autre niveau et presque en parallèle de ces travaux des psychanalystes anglo-saxons sur la fonction de miroir du visage maternel et de l’objet transitionnel, la Psychanalyse française, portée par J. Lacan, a mis l’accent sur la fonction intégrative de la reconnaissance de Soi dans le miroir par l’enfant, ainsi que sur l’importance du « Nom du Père » dans l’accès à la maturité psychique. Bien que ceci soit présenté de manière un peu rapide et réductrice, nous pouvons résumer la conceptualisation qui en découle en remarquant qu’il est couramment admis, par une grande partie des psychistes, que le Tiers, le Père, l’Autre-homme (ou l’Autre-femme), ou l’Autre, est introduit par la mère dans son discours et ses attitudes à son égard mais aussi dans sa manière de s’occuper de son enfant. Cette « présentation du Père » comme possible autre objet de médiation/relation et comme autre modèle/support d’identification est une des pierres angulaires de la théorie de la psychose dans une perspective Lacanienne, laquelle postule l’existence d’un moment critique au-delà duquel ce tiers ne sera jamais intégré comme un autre à côté de la Mère dans la structure psychique (la Forclusion du nom du Père).

Dans une lecture superficielle de la psychanalyse qui a conduit à des pratiques très discutables, le tiers constitue le séparateur indispensable qu’il faut à tout prix introduire afin de séparer l’enfant de sa Mère. Il fallait ainsi « introduire du Tiers », « mettre du tiers » ou « faire tiers ». Selon cette perspective, la pratique de certains cliniciens a donc consisté à se mettre d’emblée dans une position dite « paternelle », d’écart, de recul… Comme le souligne A. Ciccone, c’est bien vite oublier que la fonction paternelle est présente dès l’origine de la vie du bébé et que son rôle de séparateur n’est que l’une de ses caractéristiques. Avant de séparer, le Père rassemble la Mère et son bébé et soutien leur lien. Le Père supporte la position de la Mère et maintien le narcissisme de celle-ci au cours de cette étape importante qui vient la fragiliser psychiquement. Le Père représente donc un Pont, qui sépare mais relie, ou une enveloppe qui réunis Mère et bébé avant de séparer. Au-delà de cette perspective de séparateur symbolique, le Père constitue très tôt pour l’enfant un objet d’interaction et d’identification précoce qui ne se limite pas à une présence distante purement représentationnelle. Enfin, nous savons que les prémisses de la pensée sont à chercher justement du côté des interactions précoces, qui n’ont pas obligatoirement lieu au niveau de l’appareil à langage et qui supposent d’abord, un certain accordage.

D’après l’exposé précédent sur les modèles de la symbolisation étayé sur les apports de S. Freud, de W. Bion, D. Winnicott, de D. Stern et de R. Roussillon, nous pouvons repérer les origines mimogesturoposturales et sensorimotrices de cette « position paternelle », bien avant l’accès à une pensée basées sur l’intégration de la séparation des corps et de la différence des êtres.

En effet, le Tiers est toujours potentiellement présent même s’il est « caché ». Tout comme il n’existe pas de « stade anobjectale », sauf dans la pure théorie, il n’est possible de postuler l’absence totale d’un tiers, même dans le focntionnement psychique des sujets les plus en difficultés.

Les prémisses de l’accès à cette fonction sont donc à chercher dans le décalage perceptif progressif qui est produit par la baisse de la préoccupation maternelle primaire. Ce sont les écarts provoquées par la Mère, les écarts de pas, dans le ballet des corps Mère/enfant qui sont à l’origine de l’émergence de la notion de tiers, qui finit par s’incarner dans la position de l’autre-être-avec la Mère. En effet, l’autre sujet du désir de la Mère est bien présent dès l’origine mais la relation particulière qui s’instaure avec l’environnement premier est de type « triangulaire à un seul côté ». Ce n’est que progressivement que les décalages et l’énigme de cette baisse d’exactitude la Mère au désir, aux sollicitation et aux demandes d’interaction de l’enfant prend sens potentiellement comme le signe d’une différence radicale et entérine une relation triangulée (comme nous l’entendons lorsque nous parlons des bases fondamentales de la psychée).

PARTIE II :  INFLEXIONS ACTUELLES DE LA THÉORIE

Les apports les plus récents et les croisements avec les neurosciences notamment ont permis de proposer des modèles explicatifs de plus en plus complexes et remontant à des périodes toujours plus précoces dans l’histoire de l’individu et la construction de son monde interne.

Les apports de D. Stern mais aussi les propositions de G. Pankow ou encore les travaux précurseurs de G. Haag ont ouverts sur l’idée d’un ancrage tout à fait précoce de la pensée dans les sens et notamment dans le rapport au corps et à la sensorimotricité : confirmant l’intuition psychanalytique que rien n’est dans la pensée qui n’ait été préalablement dans les sens. Or, les derniers écrits postulent l’existence de mécanisme très précoces directement liés à la phase fœtale de la vie du futur individu.

PARTIE III : DE NOUVELLES PISTES SUR L’ORIGINE DU SOI ET L’ORIGINE DU TIERS

Cette petite réflexion nous conduit à nous pencher de manière précise sur la phase de préconception du sujet humain, et même au moment précis où il se développe.

Pour ce faire, un détour du côté de l’embryologie semble nécessaire.

La recherche en biologie et notamment au niveau des structures élémentaires de l’identité cellulaire nous ont apprises que chaques cellules d’un individu sont porteuses de sa carte d’identité que le système immunitaire ou système immuno-défense d’un autre individu reconnait comme étranger, de sorte qu’il le détruit. Pourtant, il peut paraitre étrange et inattendu que cette règle ne soit pas respectée durant la phase de la grossesse puisque l’organisme de la Mère tolère pendant neuf mois la présence du bébé, qui est pourtant un corps étranger.

Comment expliquer cette énigme ?

La plupart des cellules de l’organisme sont porteuses à leur surface de mollécules appelés « complxes majeur dhistocompabilité »ou « antigènes de surface » ou encore marqueurs antigéntiques » : mollécules du Soi.

Pami les nombreux marqueurs nous connaissons l’antigène HLA (Human Leukocyte Antigen), un système complexe réparti en deux classes. Sans entrer davantage dans sa description, il faut savoir que ce marqueur du Soi est une combinaison unique de sept molécules HLA provenant du Père, et sept molécules HLA provenant de la Mère. C’st avec cette complexité que doivent jouer les chercheurs lors d’une tentative de greffes. L’individu receveur de greffe (la personne transplantée) sera d’autant plus tolérant avec le greffon que les molécules du système HLA du donneur seront proches des mollécules de son système HLA.

Les scientifique considère à partir de là que la grossesse est une énigme immunologique dans la mesure où le bébé peut être considéré selon ces critères comme une greffe semi-compatible. En effet, le bébé ayant un système HLA porteur pour la moitié seulement des marqueurs de la Mère, le corps de cette dernière devrait alors considérer le foetus comme un corps « étranger » à détruire. Or, il n’en est rien. Pourtant, si l’on greffe après l’accouchement des tissus de l’enfant sur la Mère, la réaction immunitaire de celle-ci est immédiate : il y aura rejet.

Mais le foetus est lui aussi pourvu assez tôt d’un système immunitaire qui doit tolérer la présence des cellules de la Mère. Au départ, le système immunitaire du foetus n’est pas assez élaboré et il ne considère pas les cellules maternelles comme « étrangère ».

Dès les premiers moments de grossesse, l’embryon futur bébé s’entoure d’un tissu nomém Trophoblaste qui est l’un des constituants du placenta. Ce tissu sert d’interface entre la Mère et l’enfant.

Des chercheurs ont découvert en 1991 que le Trophoblaste sécrète un antigène HLA appelé « HLA – G » qui joue un rôle dans la tolérance de la Mère pour le corps « semi-étranger » du bébé.

En principe, l’immunité est à la fois cellulaires (des cellules et autres médiateurs combattent les défaillances cellulaires et les corps étrangers) et Humorale (des anticorps s’attaquent aux virus et aux bactéries circulant dans l’organisme).. Parmi les nombreux agents de cette réponse cellulaire, nous trouvons deux types de cellules de défenses

– Les Lymphocytes T Cytotoxiques

– Les cellules tueuses naturelles (NK : Natural Killer)

Action des Lymphocytes T Cytotoxiques :

En principes et de manière simplifiée, les LT Cytotoxiques n’interagissent qu’avec les cellules porteuses des marqueurs complexes d’histocompatibilité. Ils sont programmées pour détecter le Non-Soi et le détruire et à tolérer les cellules qui portent un marqueur qu’ils ont appris à tolérer. S’ils rencontrent une cellules porteuse d’un marqueur HLA qui leur est étranger, ils libèrent de la perforine, une substance qui va percer la membrane de la cellule-cible.

Curieusement, les cellules foetales du trophoblaste ne sont pas reconnues comme appartenant au non-Soi par les LT Cytotoxiques maternels. En effet, les cellules en question n’expriment pas de marqueurs du Soi sous sa forme classique. Or, la présence du site HLA classique est nécessaire et indispensable au déclenchement de l’action de la cytolyse (destruction de la cellule par perforation de sa membrane).

Ceci permet de comprendre qu’à niveau cellulaire, tout comme nous l’apprenons dans les interactions sociales entre des individus, un processus ne peut se déclencher que dans l’apport dynamique des deux parties.

Action des cellules NK :

Si les cellules de la membranes de protection du fœtus sont tolérer par les LT Cytotoqiuese elles sont cependant des cibles prioritaires pour les cellules tueuses naturelles qui ont pour fonction de détruire toutes les cellules qui ne portent pas le marqueur HLA classique qu’elles reconnaissent comme l’absence de Soi.

Autrement dit, le Jeu introduit par la spécialisation cellulaire permet de a priori de tolérer un élément non-Soi tant qu’il n’est reconnu comme étranger : la biologie nous apprend donc qu’il y a une différence dans la nature, entre l’étranger et le non-Soi.

Mais pourtant, les cellules NK infiltrent l’endomètre maternelle sans pour autant s’attaquer au cellules du trophoblasrte…

Il demeure donc un paradoxe : pourquoi les cellules de l’enfant ne sont pas attaquées et détruites alors qu’elles n’expriment pas de marqueurs totalement compatible avec ceux de la carte d’identité maternelle ?

En fait, dès le début e la grossess, les cellules foetales produisent sept formes de HLA-G qui joue le rôel d’inhibiteur des cellules NK maternelles.

C’est la carence voire même l’absence de cet antigène qui cause des avortement précoce.

REFLEXION

En somme n’y a-t-il un lien entre tout ceci et ce que nous apprend la psychanalyse ?

Ces données moléculaires nous apprennent qu’à l’échelle de la cellule, avant même que nous puissions parler d’un sujet, la dimension d’un autre, étranger à Soi/Non-Soi mais toléré en Soi pour la Mère est donc d’abord porté et introduite biologiquement par le bébé. D’une part il porte d’emblée les marqueurs d’un autre vivant mais différent de Soi pour la Mère en même temps qu’il provoque la tolérance du corps de la Mère à sa présence.

La question de l’identité et du Soi/Non-Soi est aussi une question moléculaire : l’identité naissante du fœtus/futur sujet humain est donc d’emblée posée dans un rapport de tolérance à un autre étranger en Soi. C’est le fœtus qui sécrète le trophoblaste ainsique les molécules lui permettant de survivre dans le milieu intérieur a priori hostile de la Mère.

Nous savons également que la prédisposition psychique de la Mère peut avoir un impact sur le développement manifeste de l’enfant. Les « Dénis de grossesse » ou les « grossesses ignorés » ont provoqués des développement silencieux car non visible de l’enfant (développement vers le haut et non pas dans le ventre), avant que la prise de conscience par la Mère de sa grossesse ne conduise à des changements.

Sans vouloir tomber dans une sorte d’interprétation après-coup de données issus d’un domaine extra-psychanalytique, nous pouvons toutefois faire le pont avec les apports les plus récents en terme de développement du sujet et des incidences de la période fœtale sur son développement ultérieur.

Cette question de défense, et de destruction de l’étranger et de tolérance en Soi d’un autre rejoint les fantasme de meurtre de l’enfant par la Mère mais aussi s’oppose à l’idée que le tiers ou l’autre serait un objet purement extérieur présenté par la Mère. Au contraire, il semble que ces enjeux de tiers, d’autre différent de Soi, soit à la base de la conception de l’être humain.

L’intolérance de la Mère pour les marqueur du Père me fait penser à la communauté du déni de M. Fain : ce n’est pas l’enfant qui qui déni mais la réponse de la Mère à l’après-coup de l’expression biologique du rejet du corps étranger en elle ?

Si l’on poursuit dans cette direction nous pouvons nous pouvons nous demander si l’autre ne serait pas au fond présent d’emblée chez l’enfant qui le potentialiserait dans la relation à la Mère. L’enfant ne peut pas « dénier » la présence d’un autre dans une communauté de Déni avec la Mère puisque cela supposerait qu’il ait une préconception préalable de ce autre. il serait plus juste de dire que c’est la réponse de la Mère à l’introduction de l’autre en elle qui déterminerait son acceptation ou son Déni de la réalité.

Le Non Soi serait en fait présent d’emblée…et c’est la réponse de la Mère, y compris dans son propre corps à la présence de l’autre qui préfigurerait une forme d’Inconscient…

Comme rien de psychique n’ait été au préalable dans le corps et les sens, ne pourrait-on voir les fantasmes primaires comme l’expression prépsychique de la biologie moléculaire ?

Freud lui-même n’a-t-il pas chercher des ponts entre biologie et psychanalyse ?

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