En guise de voeux de fins d’année…

Aujourd’hui, un bref trait d’inspiration numérique afin de vous laisser en attente…et proposer quelques nouvelles pistes de réflexion au sujet du numérique….Et puisque c’est de réflexion dont il s’agit, je propose une nouvelle idée concernant le numérique.

pour 2012, nous irons chercher du côté de la fonction de ce que je propose d’appeler la FONCTION DEFLEXIVE DE L’OBJET, c’est-à-dire, la manière dont la matière imprime une certaine forme à l’objet.

Les apports récents de la physiques quantique à travers la théorie de la gravité quantique à boucle ainsi que les dernières conclusions du congrès international des « thérapies quantiques » ont finis de rapprocher la psychanalyse d’une forme de « thérapie quantique ». Ces ponts entre sciences dures et sciences molles sont sur le point de déboucher sur une théorie dur/molle qui permet de comprendre en quoi, au-delà de l’interaction précoce c’est l’existence même d’une certain « qualité » de matière et d’existence, qui imprime quelque chose sur ce qui sera par la suite psychique.

je ne rentre par davantage dans le développement, préférant, pour une fois, laisser le suspence sur ce que nous n’avons pas jusqu’alors penser au sujet du numérique.

 

En complément des travaux de S. Tisseron, Y. Leroux, M. Stora, et tous les auteurs qui ont largement contribué à l’émergence d’une pensée du Jeu vidéo dans une perspective psychodynamique/psychanalytique, je proposerai une inflexion possible de ce qui est admis jusqu’alors au sujet de « ce que c’est que jouer au Jeu vidéo », notamment à partir de ce que nous apprennent des disciplines hors-psychologie.

 

 

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La théorie de la gravitation quantique à boucle : une convergence avec la psychanalyse

Il s’agira ici d’une exception aux articles écrits jusqu’à présent car le sujet ici traité ne concerne le numérique que très indirectement.

Nous verrons que la dernière théorie montante au sein de la physique quantique, à savoir la théorie de la gravitation quantique ou théorie de la gravité quantique à boucle, propose une synthèse permettant de relier la théorie de la mécanique quantique (infiniment petit : molécules, atomes, particules élémentaires, quarks, gluons, fermions, hadron, méson, baryon) et la théorie de la relativité générale, théorie relativiste de la gravitation (infiniment grand, trous noirs,).

Non seulement cette nouvelle théorie des boucles est la seule à ce jour à proposer un schéma globale de l’appréhension de l’univers, en reliant infiniment grand et infiniment petit, mais nous verrons également qu’elle permet de repérer un tournant dans l’évolution des fantasmes originaires, entendons par là des processus psychiques de base représentés de manière imagée par la psyché, dans la constitution de la théorisation de l’origine.

Pour ce faire nous reprendrons les fondements de cette théorie pour montrer que la question de l’origine semble enfin ne plus faire obstacle à l’élaboration de la perception du monde. Jusqu’à présent, les théorie scientifiques ont pour la plupart toujours fait référence à une origine (le Big bang) et une fin (les trous noir comme horizon atteint mais pas explorable par la relativité générale). Nous verrons qu’en proposant l’idée d’un renouvellement de la théorie du Big bang, les chercheurs sont parvenus à offrir la possibilité de concevoir une théorie qui introduit le schème d’une génération précédente de l’univers.

Dans un second temps nous verrons que les proposition de cette théorie scientifique semble se rapprocher des énoncés de base de la psychanalyse sur certains aspects.

 

La théorie de la gravité quantique à boucle est une théorie dynamique proposant une conception de l’espace-temps dtnamique. Contrairement à sa concurrente, la théorie des cordes, cette théorie ne fige pas l’espace temps a priori.

Ainsi, l’espace-temps n’est pas considéré ici comme parfaitement figé et doté d’une certaine constance et d’une élasticité, c’est plutôt la matière qui façonne de façon dynamique le géométrie de l’espace-temps.

Les physiciens parlent alors d’une approche « indépendante sur le fond ». Cette théorie des boucles est héritière d’une part de la théorie de la relativité générale de A. Einstein, dont A. Ashtekar a proposé une reformulation ou une nouvelle lecture, et d’autre part des avancées en matière de particule élémentaires.

Cette théorie de la gravité quantique à boucle propose que l’espace-temps n’est pas, contrairement aux conclusion issue de la théorie de A. Einstein, lisse et continu à toutes les échelles. Il existerait plutôt une particule élémentaire qui conduirait à une représentation de l’espace en « lego ». L’espace serait constitué d’une multitude de grains élémentaires insécable représentés par des noeuds de réseaux ou réseau de spins. L’espace-temps serait de nature granulaire.

La place du corps dans le Jeu vidéo : dématérialisation des interface et perfection du geste

La place du corps dans le Jeu vidéo : dématérialisation des interface et perfection du geste

Voici un article que j’ai laissé en friche pendant quelques temps juste après lui avoir trouvé un titre provisoire.

A vrai dire, je n’ai pas la prétention d’écrire un « Article » mais peut-être que cette réflexion tirée de ma propre expérience et de mon intuition sur ce que c’est, au fond, que « jouer au Jeu vidéo », pourra contribuer à faire avancer le sujet.

Je vous prie de faire preuve de tolérance, car derrière le caractère très fouillis et brouillon de mon développement, se cache peut-être une idée qui mérite qu’on s’y arrête quelque peu et qui peut renverser la perspective couramment admise sur le Jeu vidéo comme outil/moyen de retrouver un accordage précoce satisfaisant et comme objet insuffisamment désillusionnant.

Après un détour sur le contexte qui me pousse à me rapprocher de plus en plus du « corps-à-corps dans le Jeu vidéo », le lecteur verra émerger le fil de ma pensée à ce sujet.

Puisque mon travail se dirige, dans la tendance actuelle, à une recherche du côté d’un enracinement du processus psychique dans le corps (l’originaire), je me penche sur le recours au geste, et la sensorimotricité dans leur rapport au processus hallucinatoire pour entendre quelle dimension de symbolisation est en-jeu dans l’activité de Jeu vidéo.

Je ne présenteraisplus ici mes auteurs de référence : M. Civin, S. Misonniers, G. Pankow, Y. Leroux, R. Roussillon, A. Brun, S. Tisseron, D. Winnicott, M. Stora, F. Lespinasse, C. Debucy etc…à la suite de S. Freud.

Je parlerais donc ici de Jeu vidéo de manière complexe en référence :

– au dispositif matériel couplé au dispositif numérique en lui-même

– au recours obligatoire à l’écran

– à l’activité du Jouer en elle-même

Quel est le terreau de mon idée sur le jeu vidéo et le corps ?

Mes autres terrains de pratiques, et plus précisément le travail d’accompagnement et de soutien à domicile auprès de personnes mourantes ou atteintes de polypathologies somatiques graves et à issue mortelle (cancer métastasé, insuffisance respiratoire/cardiaque « terminales », maladie dégénératives de types SLA, maladie de Huntington), m’ont sensibilisé particulièrement à l’importance que le clinicien (j’entends ici à la fois le chercheur, le théoricien et le praticien) doit porter à son propre corps, ainsi qu’à tout ce qu’il ressent en deçà des mots, ce que je résumerai ici par le « langage du corps » et le « langage par le corps » ou le « langage fait-corps ». Cette façon d’écouter est tout à fait singulière et peu habituelle car nous avons tendance à considérer que, tout comme le recours à l’image, la manifestation du corps est un signe d’un fonctionnement régressif. Les apports de Sami Ali ainsi que ceux de S. Tisseron nous ont permis de revenir au corps dans l’écoute clinique en apprenant que le corps est le schème de tout le schème, celui dans le lequel, par lequel et à travers lequel prend naissance et se complexifie la psyché.

Mais pourquoi ce « langage » ne serait pas à intégrer dans la chaine d’inter-activité associative générale de la rencontre clinique ?

Ainsi, notre écoute « polyphonique » pourrait tendre vers une forme de mosaïque de sens à venir à partir de divers support, un peu à l’instar d’un objet d’art qui serait à la fois et en partie peinture, sculpture, dessin, cinéma, musique, danse et chant

Le corps, qui est un objet externe pour la psyché qui s’y enracine, vient progressivement à « parler » avec l’âge. Nous pouvons ainsi dire que le « silence des organes » qui caractérise ce que nous nommons la « bonne santé » laisse place avec le temps qui passe à une polyphonie somatique qui n’est pas nécessairement liée à une pathologie mais bien à une expressivité corporelle en développement. Bien que la médecine base une partie de son investigation diagnostique sur le repérage de ces « bruits » du corps qui reste pourtant sourd, et parfois peu entendus, nous pouvons dire qu’à partir d’un certain âge, c’est plutôt l’absence totale de signes corporels qui interroge.

Peut-être pouvons-nous relier ceci à l’idée que l’avancé dans l’âge implique que le Ça ait de plus en plus son mot à dire sur le plan qui le caractérise, à savoir qu’il s’agit d’un réservoir pulsionnel dont la source se trouve être le corps (S. Freud).

Nous pouvons dire que notre perception et notre interprétation diffère en fonction de l’organisateur prévalent à une période de la vie du sujet. Ceci a donc une conséquence directe sur notre pratique et notre manière d’écouter de l’autre et en nous, ce que la rencontre induit.

Puisque mon travail de recherche s’intéresse quant à lui à une autre forme de mort « à venir » ou plutôt, qui a déjà été « vécu » hors-soi mais qui est fantasmée comme une mort à venir (D. Winnicott, la crainte de l’effondrement, 1975), à savoir celui de l’agonie primitive dans la schizophrénie, je me suis penché non pas sur le processus en souffrance mais sur l’arrière-fond ou le non-processus, c’est-à-dire le « métaconteneur des conteneurs qui contiennent et transforment les contenus ».

Tout d’abord je vais me pencher sur certains points conceptuels au sujet du Jeu vidéo et des ses effets sur la Psyché.

Contrairement à une idée déjà proposée, notamment par Y. Leroux (Y. Leroux, 2010), le Jeu vidéo n’est pas aussi proche de l’illusion au sens où l’entend D. Winnicott (D. Winnicott, 1971).

Y. Leroux nous permet de penser le Jeu vidéo selon une approche psychodynamique tout à fait intéressante en proposant notamment l’idée que le Jeu vidéo ouvre sur une Illusion proche du processus d’hallucination-perceptive (le trouvé créé selon D. Winnicott), tel que l’on la retrouve dans le processus transitionnel. Selon Y. Leroux, le Jeu vidéo ne propose pas de « désillusion suffisante » puisque le curseur est placé davantage du côté de la perception. Son statut particulier le rapprocherait donc du rêve sans y être tout à fait, et sans pour autant basculer dans l’imaginaire.

Le Jeu vidéo aurait ainsi un statut d’objet intermédiaire à potentiel transitionnel ou transitionnel sous certaine conditions.

Or, c’est justement parce qu’il place ce « curseur » du côté de la perception, que le Jeu vidéo bénéficie d’un point d’ancrage dans la réalité « objective » qui permet de faire « mentir » l’hallucination par la perception, et qu’il ouvre ainsi sur le processus de désillusion.

Je pense qu’une confusion possible entre illusion et source de la désillusion peut venir de la position théorique selon laquelle nous nous plaçons.

– Si nous considérons à la suite de S. Freud, que l’épreuve de réalité revient au Moi qui s’étaie sur la perception et la motricité pour distinguer le dedans du dehors, alors effectivement nous pouvons avancer que l’ancrage perceptif du Jeu vidéo est un moyen de désillusion.

– si nous nous plaçons dans une perspective plus « winnicottienne », le fait que le Jeu vidéo propose peu de butée à la réalisation perceptive nous conduit à penser qu’il n’offre pas suffisamment de prise dans la réalité pour permettre au sujet de sortir d’une position hallucinatoire.

Mon argument qui tempère la proposition de Y. Leroux, repose sur le fait que le Jeu vidéo représente une forme d’hystérisation du vécu subjectif :

Regardons de plus près un Jeu vidéo : avez-vous déjà vu le sol en marbre littéralement s’enfoncer et craqueler sous l’effet des pas de quelqu’un ? Avez-vous vu quelqu’un parvenir à sauter avec un équipement de près de 30 kg sur le dos ? Avez-vous déjà entendu un os craquer à faire résonner une salle dans laquelle on se trouve ? Avez-vous déjà vu quelqu’un parvenir à slalomer entre les balles d’un feu nourri de mitraillette ?

Je propose ainsi de reprendre les étapes de la symbolisation et de nous pencher plus spécifiquement sur le processus de désillusionnent afin d’en proposer une nouvelle représentation :

Il est traditionnellement admis par les tenants de l’approche psychodynamique que la symbolisation se déroule en trois étapes à partir de trois préconditions.

Première étape : l’ hallucination perceptive

Le sujet doit pouvoir faire l’expérience d’une co-incidence spatio-temporelle entre la réactivation de la traces mnésique sensorielle conséquence de l’expérience de satisfaction (trace mnémonique) et la perception (mutlimodale) effective de cette expérience halluciné. C’est le célèbre trouvé/créé qui s’opère grâce et par la médiation de la position de préoccupation maternelle primaire de l’environnement premier du bébé. Le nourrisson a l’illusion de créer le monde/son monde intérieur déjà là, d’en prendre possession et de pallier à son vécu intolérable d’impuissance originel : c’est la mégalomanie infantile.

Deuxième étape : la résistance à la destrucivité

La baisse progressive de la position symbiotique du côté de la mère qui reprend sa vie de femme va induire un décalage conduisant à une réaction de rage du bébé ainsi désillusionné de ne plus vivre cet accordage suffisamment bon. Le nourrisson vit et hallucine un état de destruction de l’autre-maternel qui doit alors survivre à ce processus hallucinatoire : ainsi après avoir halluciné la création du monde, le bébé doit vivre une différence entre ce qui vent de lui (l’hallucination de la destruction de l’objet); et le démenti par la perception : l’objet est toujours là, il n’a pas changé, il est aimant, constant et sollicite toujours l’interaction en répondant par sa présence.

Troisième étape : l’objet médiateur

L’environnement va proposer au bébé d’autres objets pour lui permettre de compenser la baisse progressive de cette fonction adaptative en déclin.

La symbolisation nécessite trois préconditions :

Première pré-conditions : la main mise

Le sujet doit pouvoir faire l’expérience qu’il contrôle un minimum ce qui lui arrive.

La psyché se développe dans les premiers temps sur le modèle du système nerveux dont la première tâche consiste à « main-tenir » à distance les excitations et à écarter le corps d’une source de déplaisir ou de douleur.

Deuxième pré-condition : le lâcher prise

Le sujet une fois rassuré de sa prise sur l’expérience doit accepter de la lpâcher pour s’en ressaisir.

Le lâcher prise suppose une certaine sécurité et un vécu de liberté : pas de symbolisation et de lâcher prise sans une certaine « tranquillité ».

Troisième précondition : le médium malléable

Le sujet doit pouvoir jouer avec l’expérience et introduire du Jeu.

Nous allons nous intéresser ici à l’étape de désillusionnement.

il est couramment admis que le désillusionnement consécutif de la baisse de la préoccupation maternelel primaire provient d’une dysrythmie de plus en plus importante entre les attentes de l’enfant, et le temps et la réalisation par la Mère de cette attente. Ce déclin s’explique ne partie par une adaptation croissante de l’enfant et une maturité suffisante qui lui permet de temporiser, de supporter l’absence, le manque voir de satisfaire par lui-même ces besoins. Du côté de la Mère, c’est la reprise progressive de sa vie de femme et de sa sexualité d’adulte qui implique une disponibilité moindre aux exigences de son bébé.

Autrement dit, le desillusionnement proviendrait de l’introduction du manque, de l’absence et de l’attente.

Mais nous pourrions dire que ce desillusionnement peut se retrouver d’un autre façon.

Le Jeu vidéo, par son aspect spectaculaire, conduit à une exagération ou une emphase du processus hallucinatoire, ce qui pourrait impliquer le passage à une phase de désillusion. Le rapprochement avec le cinéma montre très bien la dimension de dramatisation qui gagne le Jeu vidéo. En ce sens, nous pouvons penser que la désillusion n’est pas nécessairement liée à une absence de perception mais à la réponse de l’objet au niveau de sa rythmicité et de son amplitude dans le geste. Si le Jeu vidéo était une « copie de la réalité », nous ne serions pas si « capté » ou « attiré » par ce que nous en percevons et il n’aurait pas cet effet d’hypnotisme sur nous. . C’est peut-être ce qui fait dire à M. Stora que le Jeu vidéo se rapproche du rêve.

De plus, cette remarque sur l’insuffisante désillusion dans le Jeu vidéo suppose implicitement une prévalence de la sensorialité visuelle sur les autres canaux sensoriels. Il est curieux de constater que malgré la réticence des cliniciens à considérer l’image sur le même plan que le mot (ce que souligne S. Tisseron ou M. Stora notamment), ceux-ci aient paradoxalement attribué à « la vue » un rôle prédominant dans le phénomène du trouvé/créé.  Or, si le Jeu vidéo peut se penser comme un héritier potentiel ou possible de l’objet transitionnel, alors il ne faut pas oublier que parmi les observations faites sur ce type d’objet nous trouvons par exemple l’idée que l’objet transitionnel doit conserver son odeur et faire preuve d’une certaine constance au niveau du toucher tout en étant suffisamment résistant aux déformations qu’il prend pourtant. Or, si effectivement les progrès technologiques en matière d’images ont conduit à un rapprochement toujours plus « saisissant » de la réalité perceptive dans le Jeu vidéo, il reste toutefois beaucoup de choses à faire dans le domaine du son, de l’odorat, et de la sensorialité de la peau. Ainsi, si l’hallucination perceptive est « réalisée » sur le plan visuel, nous ne pouvons pas avancer la même chose concernant les autres modalités sensorielles. En effet, lorsque nous parlons du phénomène d’hallucination perceptive durant l’expérience de nourrissage, il faut entendre que l’enfant hallucine l’ensemble de l’expérience (visuelle, olfactive, kinesthésique, sensorimotrice…).

Ceci permet de penser que l’on peut jouer au Jeu vidéo non pas pour retrouver un accordage affectif ou du moins un vécu de dyade primitive (S. Tisseron) mais plutôt de décalage de cette dyade projetée au préalable par le sujet.

Ensuite, Y. Leroux propose l’idée d’un symbolisation qui s’effectuerait à « corps perdu » dans le Jeu vidéo. Or, les données issus de l’approche neuropsychanalytique et de l’agentivité nous ont appris la similitude entre le faire et le fait de regarder faire. Bien que le joueur soit « immobile » devant son écran, l’activité de son corps, de sa main etc… conduisent à des effets d’activation sur le plan cérébral des schèmes d’actions. Le corps ne se « perd pas » dans la perception : il est fait-perception par transfert. Le processus de symbolisation implique toujours, même de manière déplacée/projeté sur un écran, le recours à un ensemble de schèmes faisant intervenir l’action du corps. Cette remarque tout à fait intéressante de Y. Leroux peut donc plutôt s’entendre au sujet d’un type particulier d’activité ou de type de jeu vidéo.

Voici à quoi me conduit ce développement :

Au hasard d’un moment d’égarement plutôt volontaire au sein d’une galerie marchande, un jour de pluie, je me suis laissé aller à ne rien chercher, à marcher à mon rythme, sans objectif particulier, revenant sur mes pas, pressentant que quelque chose était en train de « murir » mais que je ne pouvais encore « accoucher ». Cela fait quelques temps déjà que je « travaille » le lien entre le jeu vidéo, la sensorimotricité, le geste et l’écran dans une perspective psychodynamique, et j’ajouterai presque par moment : « neuropsychanalytique ».

Il me vint alors l’esquisse d’une idée sur ce qui différencie au fond entre le Jeu vidéo « moderne », récent, faisant appel à un niveau de représentance proche de la réalité perceptive, et le Jeu vidéo tel qu’il a été créé, et qui ne renvoie pas, selon moi, au même processus ou au même non-processus. Par exemple, il est probable qu’un avatar que l’on personnalise entièrement n’engage pas les mêmes processus qu’un petit personnage de pixel dont il faut se contenter.

En effet, j’ai déjà écrit par ailleurs que nous parlons du Jeu vidéo comme quelque chose « d’uniforme » alors que l’on ne peut pas mettre de côté la réalité de son évolution, notamment sur le plan visuel, auditif et « tactile ». Le Jeu vidéo s’est fait davantage mutlisensoriel.

Ce qui m’intéresse donc ici ce n’est pas le contenu, ou du moins le contenu manifeste, mais bien la « matière noire numérique » qui tient le tout en un processus cohérent mais dont les effets sont d’autant plus puissants qu’ils sont jusque là imperceptibles au premier abord.

Au détour d’un magasin spécialisé en vente de Jeu vidéo, j’aperçois une scène de démonstration du dernier « Assassin ‘s Creed ». Et là, je me rend compte que, tout comme le magicien qui effectue son tour de magie, le Jeu vidéo n’illusionne pas mais il désillusionne : il ne se produit pas ce que nous avons eu l’habitude et ce que nous avons appris à percevoir et à entendre, il l’exagère et le détaille en décomposant l’action. C’est le fameux « trucs » du magicien qui nous émerveillé tant : il a fait mentir notre perception. L’utilisation notamment du « ralenti » pour certaines scènes (scène de la mort de l’Avatar ou d’un « Boss »…) montre très bien l’importance que le concepteur du Jeu vidéo attribue à la beauté du mouvement du corps dans sa totalité.

Le Jeu vidéo procède donc en fait d’une « expérience de la nouveauté permanente » sur le même schémas que celle que l’on trouve dans les expériences sur le temps de fixation relatif chez le nourrisson. Il s’agit d’une disjonction entre perception et processus hallucinatoire. Cet écart entre perçu et attendu résulte d’une perfection du geste et du mouvement à l’écran : ce qui séduit dans le Jeu vidéo, c’est l’absence de cet imprévu ou de la maladresse singulière de chacun dans le geste qu’il effectue et la beauté emphasique du mouvement corporel en train de s’accomplir.

Ainsi, l’émerveillement devant le Jeu vidéo serait davantage lié à l’engagement du corps du sujet face à la perfection du geste-trait-numérique.

De la forme à l’informe ceci nous conduit à penser que le jeu vidéo serait une forme moderne de la Gestalt.

Un numérique qui ne l’est plus ? : le numérique comme tentative d’intériorisation externalisée

Nous travaillerons ici de manière associative à partir de l’idée que le numérique procède dès son origine d’un mouvement d’externalisation d’un non-processus et de processus psychiques.

Les liens de plus en plus flagrants entre le numérique et le fonctionnement cérébrale nous invite aujourd’hui à tenter de définir le numérique comme un métaprocessus de retroprojection du processus d’intégration du Self

Slow Science : « moins mais mieux », et si les chercheurs prenaient le temps pour penser ?

Dans le Numéro 410 du mois de décembre 2011 du magasine « Pour La Science », un magasine de vulgarisation scientifique relativement bien écrit et poussé au niveau des explications, figure un article qui fait figure « d’ovni » à notre époque de prolifération et de surproduction des travaux de recherche.

En effet, c’est un article qui ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà.

Il ne sera sans doute pas étonnant de constater que, comme toute institution, la recherche se fait écho de son temps et que par conséquent elle prend la forme de l’époque et du contexte socio-économico-politicoetc… dans lequel elle est inclue. Le politique s’en fait écho puisque nous avons en France en tout cas un « Ministère de la recherche » : c’est-à-dire un « organe étatique » visant à réglementer et encadrer le déroulement et la forme que prend la recherche…ministère lui-même en lien avec le domaine des « affaires », entendons par là « affaires économiques ».

Ces constations peuvent nous mener à interroger le lien curieux, mais bien tangible, entre les « laboratoires », les « centres de recherche » et autres dispositifs à vocations scientifiques, avec les « financeurs ». Cet élément est pour le moins banale mais il faut quand même rappeler que les « recherches » sont bien souvent « encadrées » par les « grands groupes » qui ont tous une vocation bien légitime d’un retour « concret » sur investissement qui est bien loin d’une perspective philanthropique.

Pour revenir à l’article en question, son auteur, Christophe André y défend l’idée soutenue par un groupe de chercheurs, le « Slow Science », qui met l’accent sur la pression du rendement et les exigences tyranniques (c’est moi qui rajoute) d’un système de course à l’excellence et d’accumulation de publications .

Pour commencer, l’auteur nous rappelle les origines de la recherche scientifique, en tout cas ses mythes, et notamment, celui du « savant », un homme âgé, j’ajouterai de préférence pourvu d’une barbe grisonnante ou blanche, qui prenait le temps de devenir savant, en découvrant parfois, tout au long de sa vie, des phénomènes, en dehors de son temps de travail.

A travers ces histoires, nous pouvons remarquer quelque chose d’une certaine « vocation involontaire » à la découverte, si bien que le savant consacrait parfois toute sa vie à l’étude d’un phénomène ou d’un domaine précis de son centre d’intérêt.

Aujourd’hui, nous ne parlons plus beaucoup du savant, mais du « chercheur », dont la représentation, et le style, semblent s’être éloignés de ces représentations mythiques que les siècles avaient contribué à battir.

Le changement ou plutôt le glissement du terme « savant » à celui de « chercheur » est-il du à une simple volonté de changement de nos représentations ? dans un but d »adoucir la tâche » qui incombe au chercheur bien qu’il recouvre la même réalité ? (comme nous sommes passé du terme de femme de ménage à celui de agent d’entretien ?) ou s’agit-il d’une catégorie à part ? ou d’une façon de nommer un chercheur déjà très avancé dans sa carrière ? ou qui a fait « preuve » par diverses manières, d’une certaine disposition d’esprit ou de culture ? ou s’agit-il encore d’une catégorisation à des fins technocratiques ?

Le chercheur d’aujourd’hui a rajeuni, il est parfois plutôt « inséré » dans la société et surtout, il est pour certain en tout cas, très pris par son travail et les conférences, ou autres sollicitations. Le chercheur côtoie plus facilement les médias dans lesquels il intervient dans un souci d’éclairer le grand public et nous pouvons ajouter que dans certains cas le chercheur assure d’autres fonctions ou emplois, que ceux qui se réfèrent à son activité principale de recherche.

La différence vient peut-être de la trajectoire et surtout de ce qui induit cette « motilité » de la recherche. Le savant a pu faire des découvertes au préalable, dans son domaine ou « univers » de recherche. Mais LA découverte s’est faite « par hasard », parfois dans un domaine qui n’était pas tout à fait le sien et en dehors du « temps de travail » du savant, c’est-à-dire dans un espace-temps qui n’était a priori pas « réservé » ou « alloué » à la recherche. En tout cas, nous pouvons dire qu’une certaine représentation nous conduit à imaginer que les « grandes découvertes » sont venues de « nulle part », mais qu’elles ont émerger dans un contexte tout à fait particulier que l’œil expérimenté ou non du savant a su « découvrir », ou « cueillir en vol » en jouant avec ce qui se présentait à lui. C’est ensuite la reconstruction, que nous faisons a postériori de l’histoire, qui nous conduit à voir ici et là les facteurs bien clairs et bien définis dans le temps qui ont inexorablement abouti à la création du savant.

Aujourd’hui, le schémas s’est peut-être légèrement complexifié et sous certains aspects peut-être aussi inversé. Le chercheurs semblent faire des découvertes dans son temps de travail. Pourtant, l’actualité récente nous montre que certaines avancées significatives sont toujours faites sur le schémas de « l’intuition » ou de « l’accident ». Le chercheur se découvre encore aujourd’hui mais pas toujours, chercheur lorsqu’il découvre au hasard quelque chose d’imprévu qu’il parvient à saisir.

Dans ce cas là, nous avons aujourd’hui un terme prévu pour désigner le changement qui s’est opéré : de chercheur il est devenu également « inventeur ».

Pourtant, le contexte actuel semble faire évoluer la recherche du côté d’une intentionnalité de planification et de rationalisation du travail du chercheur. Dans certaines situations, le doute, l’incertitude et le « temps-mort » disposent de moins en moins de place alors qu’en parallèle nous pouvons remarquer que mêmes les sciences les plus « dures », tendent à devenir spéculatives et à intégrer dorénavant ces paramètres de l’imprévu dans leur organisation conceptuelle.

Bien sur on pourrait rétorquer que de telles considérations tiennent plus d’une sorte de « c’était mieux avant », parfois répandue dans certains domaines de recherche, ou chez certains chercheurs, ou encore de dire qu’après tout, ce petit article passe inaperçu parmi les trésors de découverte de ce numéro de décembre 2011…

Et pourtant, à y regarder de plus près, il me vient une réflexion sur le rapprochement toujours plus prononcé entre science « dures » et sciences « molles »… mais surtout sur le fait que nous avons apparemment re-découvert que nous avions le temps…reste à savoir pour quoi faire ?

A une époque ou le battement de cœur de la vie, des villes et du monde entier, semble s’accélérer, un certain nombre de chercheurs s’autorisent à questionner la course à la performance et à la productivité (toujours plus de recherches et de publications). D’un coureur de fond, le chercheur est devenu un sprinteur préparé à pulvériser le record du monde.

Il semble que comme dans de nombreuses situations, la logiques néolibérale, sous couvert d’une libéralisation de la pensée et des moyens de production,  soit venue transformer l’usage des termes que nous employons, et par conséquent, de la manière dont nous concevons ce que nous faisons et que nommons par ces termes. Ce qui est ici dénoncé c’est l’éloignement de la recherche de ce qui la constitue au fond à savoir, le tâtonnement, l’égarement, le doute, le temps perdu, et la recherche sans savoir ce que l’on recherche fondamentalement au fond. Cette logique s’insuffle même à l’Université où les jeunes chercheurs sont « priés » de boucler leur recherches en un temps défini, et ou les publications sont largement encouragées : ceci afin de conserver bien sur les « crédits » et « accréditations » attribuées par le gouvernement aux « pôles de recherches » les plus « dynamiques ». Il est clair que dans un contexte de « catastrophe imminente » tel que nous l’entendons tous les jours et chaque semaines dans les médias, l’accumulation de publications, le débit du flux considérable des travaux de recherche ainsi que le rythme soutenu de la pensée scientifique, sont autant de façons de combler cette angoisse bien légitime que nous ressentons. La recherche est ainsi quelque chose qui vient insuffler la vie dans une atmosphère où paradoxalement la mort devient un tabou bien qu’elle soit surmédiatisée. Il faut savoir qu’aujourd’hui, un laboratoire de recherche qui ne dispose pas de suffisamment d’écrits ou de publications dans telles revues internationales ou à « comités de lecture » important, est voué à rencontrer des difficultés par la suite. Bien que la littérature et la philosophie soient pour le moins éloignées, à priori, d’une écriture scientifique, nous pouvons quand même rappeler avec Montaigne que « Philosopher, c’est apprendre à mourir ».

Même les prémisses de recherche sont censé restées plus « secrètes » pour ne pas que l’on nous « pique l’idée »…à une époque ou une simple publication sur « la toile » peut conduire d’autres collègues sur la même voie.

Si nous ne sommes plus dans une période de « guerre », il convient de remarquer quand même que les enjeux de mondialisation et de guerre économique ont un effet significatif sur la forme et la direction de la recherche. M. Foucault nous rappelle que « La politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ».

Le recherche semble ainsi avoir pris la forme du cadre dans lequel elle se développe à savoir une : « mise en concurrence », une individualisation du travail du chercheur, et un recours systématique à l’objet numérique dans sa dimension de moyen et de fin du travail de réflexion. peut-être que le contexte actuel résulte d’une forme d’externalisation généralisée d’une conflictualité interne devenue difficile à contenir en raison du fourmillement d’enjeux autour du travail de manière général, mais aussi autour de celui de chercheur.

Pour faire le lien avec le numérique, nous ne pouvons pas nier que son recours a eu des effets considérables sur les « temps de latence » qu’un travail de recherche suppose.

Bien sur, le numérique a permis une accélération non-négligeable de la productivité scientifique, de son exactitude et de son évolution. Cependant, il ne faut pas oublier que les objets que nous utilisons ont nécessairement un impact sur le schème inconscients qui guide notre intentionnalité mais aussi sur la forme que cela prendra. La forme étant quelque part « le fond qui remonte à la surface » (V. Hugo).

Il ne faut pas oublier que la science et la recherche ont besoin de créativité et que celle-ci dispose de son propre rythme qui dépend d’un ensemble de facteurs emboités. Le rythme individuel du chercheur, celui de son groupe d’appartenance, de ces contacts, mais aussi du domaine dans lequel il travaille, sont autant de facteurs qui définissent un « rythme de croisière » singulier.

Or, de nous jours, il parait presque utopique ou même décalé d’entreprendre un travail de recherche sans bénéficier d’un plan de vol bien délimité et circonscrit, avec des « check point » réguliers, ainsi que d’une subvention, laquelle bien sur est, de nos jours, largement tournée du côté de contributeurs privés, qui demandent en juste retour, un potentiel de « retour sur investissement » qui semble des plus légitimes.

C’est ainsi que même en science humaines, il faut rationaliser, quantifier, prévoir, anticiper, planifier son parcours et promettre.

Pourtant, il semble tout à fait important de repérer qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Peut-être pouvons dire que l’ère du mécénat étant révolue, le chercheur est avant tout un technicien de pointe, un spécialiste dans son domaine, un homme du futur…Il est intéressant de remarquer que la maturité que nous acquérons lentement, au fur et à mesure de notre parcours, nous enseigne paradoxalement à ne pas se considérer comme un simple technicien sans pour autant se déclarer « expert » ou « spécialiste ». Encore plus curieux est cette tendance à mettre de côté toute la dimension éthique : à partir du moment où les avancées sont considérées comme « bénéfiques », il faut s’y engager.

Dans le contexte actuel, le chercheur est parfois perçu comme un homme disposant de savoirs et de « compétences » qui vont lui permettre (ou plutôt qui vont permettre à ces financeurs), d’avoir enfin une reconnaissance mais surtout un bénéfice financier. C’est ainsi que la recherche est un « pôle » d’investissement tout à fait important au sein des pays développés qui peuvent alors proposer un « savoir-faire » ou une « plus values ».

Nous sommes donc bien loin de la représentation d’un « savant » toujours pris dans ses pensées, la tête en l’air, mais qui prends son temps et se laisse ainsi découvrir/créé des « choses » qu’ils n’avaient pas prévu. Un savant qui prend son temps pour faire autrechose que chercher volontairement. Pourtant, l’historie nous apprend que de grandes découvertes sont entourés de mythes concernant le caractère tout à fait « accidentel » de nombreuses « trouvailles » dans le domaines scientifique.

Comment alors « trouver/créé » sa pratique singulière de chercheur ? peut-on totalement « cloisonner » cette activité du reste en considérant qu’il s’agit d’un « centre d’intérêt » parmi les autres ?

A l’époque du crépuscule du sujet unaire, unité indivisible qui voyait nécessairement son identité de chercheur du quotidien comme le fil rouge de sa vie, le chercheur peut-il encore trouver le temps pour trouer son objet de recherche ? et se retrouver créatif ?

Bloc note numérique magique : l’origine feotale du Soi ou le tiers inclu au bébé

Voici un moment que j’avais en tête une idée qui m’était venu suite à l’écoute d’une conférence du Groupe Lyonnais de Psychanalyse Rhônes-Alpes (G.L.P.R.A.)

Voici un résumé de la question soulevée :

« Et si finalement la célèbre « fonction tierce » (ou le « tiers ») qui caractérise l’avènement d’une pensée « triangulée » comme on dit dans le jargon, était du au fait non pas de la présence d’un autre dans le regard de la mère mais d’une fonction portée et introduite par l’enfant dès le départ, au commencement de son existence intra-utérine et avant-même sa naisance :  fonction qui serait alors potentialisée et alors « trouvée/créée » dans la rencontre de l’enfant et de son environnement premier ? »

Pour étayer mon intuition, je propose trois axes principaux.

Tout d’abord nous ferons un bref détour par ce qui est admis en général dans la théorie psychanalytique à ce sujet.

Ensuite, nous nous pencherons sur le lien de plus en plus étroit entre d’un côté les apports des neurosciences et sciences dites « dures », et de l’autre les postulats de la psychanalyse.

Enfin, nous nous pencherons de près sur les apports fondamentaux de la génétique et de la physiobiologie afin de déceler une possible origine du Soi et surtout du non-Soi dans une période antérieure à ce que nous savons actuellement des bases du sentiment d’existence intra-utérin.

Nous arriverons ainsi a proposer l’idée que la fonction tierce, ou le tiers, est en réalité inclue dès l’origine dans le destin du fœtus et que sa cristallisation au sein de la structure du psychisme dépend étroitement à la fois de la phase de préconception du futur enfant et du passage de la génétique à la relation intersubjective.

Nous espérons ainsi pouvoir jeter une passerelle entre la Psychologie clinique d’orientation analytique qui se veut être une discipline prenant le sujet dans sa globalité, et ce que nous apprennent les sciences expérimentales. Cette initiative permettra de dépasser le clivage entre les sciences dures et les sciences dites « molles »

voici la partie évolutive de ce bloc magique

PARTIE I : ÉTAT DE LA QUESTION EN PSYCHANALYSE

LES MODÈLES TRADITIONNELS DE LA SYMBOLISATION

Premier modèle de la symbolisation

Dès sa naissance, le bébé est assailli de toutes parts par de grandes quantités d’excitations d’origine intérieure et d’origine extérieure qui le font vivre un état de détresse et d’impuissance intolérable.

Vis-à-vis de l’extérieur, S. Freud avance qu’une sorte d’enveloppe ou d’écorce protectrice, le pare-excitations, tiendrait à l’écart l’afflux d’excitation exogène potentiellement effractant pour l’appareil psychique.
Vis-à-vis de l’intérieur, le bébé ne dispose pas de tels mécanismes d’endiguement des afflux d’excitation qui restent permanents. Son impuissance originelle le rend donc incapable de provoquer par lui-même la décharge adaptée à l’accomplissement de ses besoins vitaux qui sont à l’origine de l’augmentation croissante des excitations internes. S. Freud propose, dès 1894 dans le « Manuscrit E », le concept d’Action spécifique qu’il reprend dans « l’Esquisse » et que l’on peut résumer ainsi : l’état de dépendance absolue du bébé impose une modification à/de l’extérieur à travers l’action motrice adéquate réalisée par l’environnement premier . Cette action appropriée et au bon moment suppose une « compréhension mutuelle » et une capacité de l’environnement premier à endosser le rôle de médiateur entre les exigences pulsionnelles du dedans et la réalité du dehors. Autrement dit, le bébé éprouve un état diffus de malaise somatopsychique auquel il ne peut encore attribuer d’origine ou de cause. Et c’est la capacité d’empathie de l’environnement premier, généralement la Mère, qui permet de comprendre ce qui manque au bébé pour retrouver un équilibre homéostasique. S. Freud précise que la trace mnésique sensorielle liée à l’expérience de satisfaction et de plaisir partagé serait réactivée dès le retour d’un état de tension interne similaire et que cette réaction analogue à une perception serait une hallucination. L’expérience de satisfaction qui est alors une expérience de plaisir partagé avec celui qui participe à cet acte avec le bébé aboutit à un frayage entre deux images mnémoniques : celle de « l’objet » désiré et celle du mouvement réflexe, ce qui conduit à son inscription comme trace mémorielle. Après quelques expérience du même type, et alors que le bébé ressent un état de tension similaire, la répétition suffisamment bonne de l’expérience de satisfaction va lui permettre de réactualiser sous forme hallucinatoire, l’ensemble de la situation. C’est ce que nos pouvons observer lorsque nous voyons un bébé sur le point de se réveiller pour réclamer son biberon : pendant un bref instant et avant d’éventuellement se réveiller et crier il tête à vide, tentant alors, de compenser sous forme hallucinatoire, le manque de nourriture que son corps lui impose de combler.

Cette conception de l’hallucinatoire est à l’origine du premier modèle de la symbolisation qui repose sur une théorie de la réalisation hallucinatoire du désir selon un décalage spatial ou topique, inspiré du modèle du rêve : l’hallucination a lieu en l’absence de l’objet donc en l’absence de perception. La réalité ou l’externalité de l’objet, donc son altérité, serait découverte « dans la haine », à partir de la frustration et de l’expérience désagréable de l’absence d’objet au moment désiré. Selon cette première théorie, perception et hallucination s’opposeraient puisque la « pensée du sein » ou la « préconception de l’objet partiel et providentiel sein » vient en l’absence effective de ce dernier, en tant que substitut. La symbolisation c’est-à-dire l’intégration psychique de la situation procéderait donc d’une intériorisation de/par/en l’absence : lorsque l’objet est absent, à charge pour l’enfant de pallier son absence sous forme de réalisation hallucinatoire. En revanche lorsqu’il est présent, nous en déduisons que le phénomène hallucinatoire n’a pas de raison d’être. Selon cette théorie intra-subjective, qui considère la pensée comme une action intériorisée, on symbolise pour symboliser l’absence et on symbolise « en l’absence de », pour rendre présent l’absent. C’est sur ce mode particulier de travail psychique que s’inspire notamment celui de la cure psychanalytique qui vise à refaire surgir sous forme quasi-hallucinatoire des souvenirs en l’absence de perception et de motricité (règle de l’abstinence).

Deuxième modèle de la symbolisation
Le Psychanalyste anglais W. Bion, introduit un glissement du modèle de la symbolisation du côté de l’objet en proposant une théorie basée sur un décalage temporel ou dynamique entre l’existence des pensées, qu’il nomme le contenu, et la construction de « l’appareil à penser les pensées », le contenant. Pour reprendre une autre image, nous pourrions dire qu’il introduit une distinction entre le verre d’eau qui contient le liquide « eau » et qui est donc le contenant, et le liquide « eau » qui est contenu par le verre. Bien que l’objet « verre » et le liquide « eau » constituent une entité indivisible lorsque l’on utilise le verre d’eau, il demeure néanmoins entre eux des différences structurelles et une hiérarchie fonctionnelle. Pour W. Bion, les proto-pensées sont des vécus somatoesthésiques qui sont encore très ancrées dans le corps qui désorganisent la structure psychique encore rudimentaire du bébé. L’antériorité des pensées sur l’édification et l’existence d’un pensoir contenant ces pensées implique une participation plus « active » de l’objet maternel. Face à la montée des tensions internes désorganisatrices, le bébé projetterait ses vécus d’origines somato-sensoriels-esthésiques sur l’objet maternel présent. En effet, S. Freud avait déjà relevé que la psychée qui fait face à des tensions internes insoutenables pouvait alors se comporter à leur égard comme si elle provenaient de l’extérieure. Cette première esquisse de définition de ce que nous nommons la projection vise selon S. Freud à mettre les tensions à l’extérieure afin de faire agir sur elle le pare-excitation. Dans ce cas, W. Bion propose que l’objet maternel transformerait ces éprouvés toxiques en pensées assimilables grâce à son activité de liaison intrapsychique. Une fois devenus assimilables pour l’enfant les proto-pensées devenues pensée, sont réintrojectées dans la psyché du bébé. Il y aurait donc un transfert des éprouvés vécus au dedans du corps de l’enfant, vers l’extérieur, puis dans la psychée maternelle qui les traiteraient en y mettant un sens.La capacité de rêverie de la Mère, sa présence auprès du bébé, ainsi que sa capacité à identifier et nommer ses états-d’âmes préfigurerait le contenant de l’appareil psychique primitif. Cette deuxième théorie, selon laquelle l’appareil à penser les pensées serait progressivement élaboré à travers le Jeu dynamique des mouvements projectifs et introjectifs, implique un déplacement de la théorie de la symbolisation du côté de l’objet. Ce dernier n’est plus présent en tant que simple exécutant. Cette position induit  un glissement vers l’extérieur ainsi qu’un renversement du statut de la symbolisation : on symbolise pour symboliser la présence et on symbolise avec/par/en présence… de…

Troisième modèle de la symbolisation
R. Roussillon repère dans les avancées de D. Winnicott les éléments qui conduisent à entériner l’infléchissement paradigmatique du modèle de la symbolisation, en dévoilant ses trois étapes.

Première étape : l’hallucination perceptive
Contrairement à la première théorie avancée par S. Freud selon laquelle l’hallucination pallie l’absence de perception, D. Winnicott propose l’idée de la permanence du processus hallucinatoire quelque soit la situation de l’ « objet ». Il y aurait co-incidence spatio-temporelle ou simultanéité entre l’hallucination (la réactivation de la trace mnésique perceptive de l’action motrice à la source de la satisfaction), et la perception liée à l’exécution effective de l’acte par l’environnement maternel. Autrement dit, que l’objet soit présent ou absent il y aurait toujours hallucination. D. Winnicott nomme préoccupation maternelle primaire la position psychique de la Mère qui fournit un Cadre adapté au développement du Self de l’Infans. Cette posture psychique biologiquement pré-programmée permettrait à la Mère ordinairement dévouée d’endosser le rôle d’environnement facilitateur des potentialités du bébé en comprenant et en réalisant à sa place le geste adéquate. Sa manière intuitive de porter (Holding), manier (Handling) et prodiguer des soins (Care giving) au bébé faciliterait le processus d’intégration de son Self. La présentation intuitive du sein réel au moment importun où l’enfant est prêt à le créer lui donne l’illusion positive d’avoir trouvé/créé l’objet désiré : d’avoir créé le monde. La fonction de « miroir du visage maternel »  situe pourtant le bébé dans une position de relative « passivité ». D. Stern  nomme accordage affectif la recherche-d’accord-à-deux entre la Mère et son Bébé , traduisant l’instauration d’un ajustement réciproque qui redonne au bébé une position active de sollicitation de sa Mère. Pour R. Roussillon, cette recherche mutuelle sous-tend la fonction homosexuelle en double de l’objet primaire. Cet auteur rappelle que c’est la présence effective de l’objet et la justesse de sa réponse au processus hallucinatoire de l’enfant qui transforme l’hallucination en illusion. C’est donc la compétence de l’environnement premier à faire se superposer hallucination et perception – son pouvoir d’illusionnement – qui conduirait à l’émergence de l’activité représentative alors trouvé/créée en même temps que l’objet. Les apports des Neurosciences rejoignent d’ailleurs les intuitions de la Psychanalyse en nous apprenant que d’un point de vue cérébral, dans les premiers temps de l’existence, le bébé n’est pas capable de faire la différence entre « faire », c’est-à-dire être agent/acteur d’une action, et « regarder faire » c’est-à-dire percevoir/être spectateur (d’)une action qui se déroule en dehors, devant lui, et qui est réalisée par quelqu’un d’autre . La première étape du processus de symbolisation réside donc dans ce phénomène d’hallucination-perceptive.

Deuxième étape : la survivance du lien
La deuxième étape du processus de symbolisation se repère au moment de la baisse progressive de la préoccupation maternelle primaire. La reprise par la Mère, de sa position de « femme », et la reprise notamment d’une sexualité d’adulte parfois complètement abandonnée durant les premiers mois suivant l’accouchement, a pour effet d’introduire un décalage de plus en plus important entre l’hallucination produite par l’enfant et la réalisation du geste approprié. Ce désaccordage progressif déclenche une poussée de destructivité chez l’enfant « désillusionné ». Jusque là, la relative bonne adaptation aux exigences du bébé lui donnait l’illusion d’être et de contrôler le monde. Cette faille de son omnipotence marque le début de la découverte de l’altérité : non pas l’altérité perçu et comprise intellectuellement, comme le démontre les expérience neuroscientifiques, mais une altérité radicale et totalement étrangère à Soi.

Pour S. Freud « l’objet naît dans la haine » : son altérité d’autre-sujet est issue de la frustration qu’il impose à l’enfant et de la destructivité qui en résulte . D. Winnicott renverse la perspective en proposant que la tâche la plus importante de la « Mère » est de survivre à cette rage du bébé. Autrement dit, après avoir aidé à « trouver/créer » le monde par hallucination-perceptive, et ainsi avoir contribué à la construction de l’omnipotence du bébé en compensation de son impuissance originelle, l’environnement facilitateur doit survivre à l’hallucination de sa destruction en produisant un « démenti » par la perception. L’enfant va donc halluciner cette destruction de l’objet par sa rage mais l’objet ne va pas s’effacer de sa perception. Si D. Winnicott a nommé la première étape du processus de symbolisation le « trouvé/créé », R. Roussillon propose de nommer cette deuxième étape le « détruit/trouvé ». Cette deuxième étape entérine la sortie du narcissisme primaire et suppose une continuité sans transformation de l’objet, ce qui implique que l’objet supporte d’être utilisé, rejeté, attaqué, sans retrait ni représailles. Cette féminité primaire et le maintien actif du lien par l’objet inaugure l’instauration de l’opposition topique fondamental Moi/non-Moi que nous pouvons également traduire par la « Divided Line ». « L’épreuve de réalité » que S. Freud attribue à une fonction du Moi qui distingue monde interne/monde externe par recours à la perception, serait donc le résultat de l’introjection de la réponse adaptée de l’objet et de la survivance du lien.

Commentaires :

Nous pourrions ainsi dire, pour résumer, que c’est la survivance du lien intersubjectif et sa survivance dans la psyché de l’autre et dans le vécu subjectif que le bébé a de la relation intersubjective qui permet sa continuité dans la psyché de l’enfant et assure ainsi la continuum intrapsychique. Les pathologies de la survivance du lien sont nombreuses et nous pouvons comprendre leur effet dans ce que D. Winnicott nomme le « Breakdown », c’est-à-dire la rupture ou l’effondrement psychique. A noter cependant une nuance avec ce terme du fait d’un décalage de traduction. Une succession de raté de cette deuxième étape du processus de symbolisation renvoie davantage à un vécu d’éclatement et d’explosion ou de diffusion et de désintégration qu’à celui d’un effondrement qui renvoie plutôt à un stade plus avancé du développement supposant la constitution d’une unité de base et d’une première enveloppe.

Troisième étape : l’objet médiateur
La troisième étape du processus de symbolisation concerne les objets proposés par l’objet maternel (object-présenting) en relais de sa capacité d’adaptation en déclin. Ces objets représentent le lien avec l’objet premier et ouvrent, avec ses encouragements, sur une métaphorisation de ce lien. La reprise des premières expériences par l’entremise de l’objet de substitution conduit à une remise en Jeu de ce rapport primaire.
L’inflexion paradigmatique de la théorie de la symbolisation introduite par D. Winnicott induit un déplacement du côté de la fonction réflexive et symbolisante de l’objet. Ainsi, comme le souligne R. Roussillon, l’utilisation de l’objet-Autre, ses propriétés, ses réponses et son mode de réponse – l’ensemble des éléments qui constituent les caractéristiques du rapport primaire à l’objet – tendent à se transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation elle-même et la reconnaissance symbolique qu’il peut en attendre . La nébuleuse du lien primaire témoigne donc de notre rapport singulier à la symbolisation qui se transfère dans « l’objet pour symboliser ».

ÉCUEILS : L’ORIGINE DE L4AUTRE/DU TIERS

Outre les premiers objets proposés par l’environnement premier du bébé, pour remettre en Jeu l’énigme du rapport primaire à cet objet-premier et compenser ses défaillances, la psychanalyse a surtout porté son attention, dans les premiers temps, sur les objets dits « transitionnels ». En réalité, l’objet transitionnel n’existe pas en lui-même, tout comme un bébé seul n’existe pas…sans son environnement facilitateur (sa Mère).. D. Winnicott qui a proposé ce terme nous rappelle en effet que ce n’est pas tant cet objet là qui compte mais l’utilisation et le rapport que le sujet entretien avec lui. La manière dont l’enfant utilise, manipule, porte, ce premier objet « Non-Moi », cette « première possession Non-Moi » vient signifier l’accès à un certain mode de fonctionnement psychique. Selon cette conceptualisation, l’objet n’a donc pas intrinsèquement une « qualité transitionnelle ». A un autre niveau et presque en parallèle de ces travaux des psychanalystes anglo-saxons sur la fonction de miroir du visage maternel et de l’objet transitionnel, la Psychanalyse française, portée par J. Lacan, a mis l’accent sur la fonction intégrative de la reconnaissance de Soi dans le miroir par l’enfant, ainsi que sur l’importance du « Nom du Père » dans l’accès à la maturité psychique. Bien que ceci soit présenté de manière un peu rapide et réductrice, nous pouvons résumer la conceptualisation qui en découle en remarquant qu’il est couramment admis, par une grande partie des psychistes, que le Tiers, le Père, l’Autre-homme (ou l’Autre-femme), ou l’Autre, est introduit par la mère dans son discours et ses attitudes à son égard mais aussi dans sa manière de s’occuper de son enfant. Cette « présentation du Père » comme possible autre objet de médiation/relation et comme autre modèle/support d’identification est une des pierres angulaires de la théorie de la psychose dans une perspective Lacanienne, laquelle postule l’existence d’un moment critique au-delà duquel ce tiers ne sera jamais intégré comme un autre à côté de la Mère dans la structure psychique (la Forclusion du nom du Père).

Dans une lecture superficielle de la psychanalyse qui a conduit à des pratiques très discutables, le tiers constitue le séparateur indispensable qu’il faut à tout prix introduire afin de séparer l’enfant de sa Mère. Il fallait ainsi « introduire du Tiers », « mettre du tiers » ou « faire tiers ». Selon cette perspective, la pratique de certains cliniciens a donc consisté à se mettre d’emblée dans une position dite « paternelle », d’écart, de recul… Comme le souligne A. Ciccone, c’est bien vite oublier que la fonction paternelle est présente dès l’origine de la vie du bébé et que son rôle de séparateur n’est que l’une de ses caractéristiques. Avant de séparer, le Père rassemble la Mère et son bébé et soutien leur lien. Le Père supporte la position de la Mère et maintien le narcissisme de celle-ci au cours de cette étape importante qui vient la fragiliser psychiquement. Le Père représente donc un Pont, qui sépare mais relie, ou une enveloppe qui réunis Mère et bébé avant de séparer. Au-delà de cette perspective de séparateur symbolique, le Père constitue très tôt pour l’enfant un objet d’interaction et d’identification précoce qui ne se limite pas à une présence distante purement représentationnelle. Enfin, nous savons que les prémisses de la pensée sont à chercher justement du côté des interactions précoces, qui n’ont pas obligatoirement lieu au niveau de l’appareil à langage et qui supposent d’abord, un certain accordage.

D’après l’exposé précédent sur les modèles de la symbolisation étayé sur les apports de S. Freud, de W. Bion, D. Winnicott, de D. Stern et de R. Roussillon, nous pouvons repérer les origines mimogesturoposturales et sensorimotrices de cette « position paternelle », bien avant l’accès à une pensée basées sur l’intégration de la séparation des corps et de la différence des êtres.

En effet, le Tiers est toujours potentiellement présent même s’il est « caché ». Tout comme il n’existe pas de « stade anobjectale », sauf dans la pure théorie, il n’est possible de postuler l’absence totale d’un tiers, même dans le focntionnement psychique des sujets les plus en difficultés.

Les prémisses de l’accès à cette fonction sont donc à chercher dans le décalage perceptif progressif qui est produit par la baisse de la préoccupation maternelle primaire. Ce sont les écarts provoquées par la Mère, les écarts de pas, dans le ballet des corps Mère/enfant qui sont à l’origine de l’émergence de la notion de tiers, qui finit par s’incarner dans la position de l’autre-être-avec la Mère. En effet, l’autre sujet du désir de la Mère est bien présent dès l’origine mais la relation particulière qui s’instaure avec l’environnement premier est de type « triangulaire à un seul côté ». Ce n’est que progressivement que les décalages et l’énigme de cette baisse d’exactitude la Mère au désir, aux sollicitation et aux demandes d’interaction de l’enfant prend sens potentiellement comme le signe d’une différence radicale et entérine une relation triangulée (comme nous l’entendons lorsque nous parlons des bases fondamentales de la psychée).

PARTIE II :  INFLEXIONS ACTUELLES DE LA THÉORIE

Les apports les plus récents et les croisements avec les neurosciences notamment ont permis de proposer des modèles explicatifs de plus en plus complexes et remontant à des périodes toujours plus précoces dans l’histoire de l’individu et la construction de son monde interne.

Les apports de D. Stern mais aussi les propositions de G. Pankow ou encore les travaux précurseurs de G. Haag ont ouverts sur l’idée d’un ancrage tout à fait précoce de la pensée dans les sens et notamment dans le rapport au corps et à la sensorimotricité : confirmant l’intuition psychanalytique que rien n’est dans la pensée qui n’ait été préalablement dans les sens. Or, les derniers écrits postulent l’existence de mécanisme très précoces directement liés à la phase fœtale de la vie du futur individu.

PARTIE III : DE NOUVELLES PISTES SUR L’ORIGINE DU SOI ET L’ORIGINE DU TIERS

Cette petite réflexion nous conduit à nous pencher de manière précise sur la phase de préconception du sujet humain, et même au moment précis où il se développe.

Pour ce faire, un détour du côté de l’embryologie semble nécessaire.

La recherche en biologie et notamment au niveau des structures élémentaires de l’identité cellulaire nous ont apprises que chaques cellules d’un individu sont porteuses de sa carte d’identité que le système immunitaire ou système immuno-défense d’un autre individu reconnait comme étranger, de sorte qu’il le détruit. Pourtant, il peut paraitre étrange et inattendu que cette règle ne soit pas respectée durant la phase de la grossesse puisque l’organisme de la Mère tolère pendant neuf mois la présence du bébé, qui est pourtant un corps étranger.

Comment expliquer cette énigme ?

La plupart des cellules de l’organisme sont porteuses à leur surface de mollécules appelés « complxes majeur dhistocompabilité »ou « antigènes de surface » ou encore marqueurs antigéntiques » : mollécules du Soi.

Pami les nombreux marqueurs nous connaissons l’antigène HLA (Human Leukocyte Antigen), un système complexe réparti en deux classes. Sans entrer davantage dans sa description, il faut savoir que ce marqueur du Soi est une combinaison unique de sept molécules HLA provenant du Père, et sept molécules HLA provenant de la Mère. C’st avec cette complexité que doivent jouer les chercheurs lors d’une tentative de greffes. L’individu receveur de greffe (la personne transplantée) sera d’autant plus tolérant avec le greffon que les molécules du système HLA du donneur seront proches des mollécules de son système HLA.

Les scientifique considère à partir de là que la grossesse est une énigme immunologique dans la mesure où le bébé peut être considéré selon ces critères comme une greffe semi-compatible. En effet, le bébé ayant un système HLA porteur pour la moitié seulement des marqueurs de la Mère, le corps de cette dernière devrait alors considérer le foetus comme un corps « étranger » à détruire. Or, il n’en est rien. Pourtant, si l’on greffe après l’accouchement des tissus de l’enfant sur la Mère, la réaction immunitaire de celle-ci est immédiate : il y aura rejet.

Mais le foetus est lui aussi pourvu assez tôt d’un système immunitaire qui doit tolérer la présence des cellules de la Mère. Au départ, le système immunitaire du foetus n’est pas assez élaboré et il ne considère pas les cellules maternelles comme « étrangère ».

Dès les premiers moments de grossesse, l’embryon futur bébé s’entoure d’un tissu nomém Trophoblaste qui est l’un des constituants du placenta. Ce tissu sert d’interface entre la Mère et l’enfant.

Des chercheurs ont découvert en 1991 que le Trophoblaste sécrète un antigène HLA appelé « HLA – G » qui joue un rôle dans la tolérance de la Mère pour le corps « semi-étranger » du bébé.

En principe, l’immunité est à la fois cellulaires (des cellules et autres médiateurs combattent les défaillances cellulaires et les corps étrangers) et Humorale (des anticorps s’attaquent aux virus et aux bactéries circulant dans l’organisme).. Parmi les nombreux agents de cette réponse cellulaire, nous trouvons deux types de cellules de défenses

– Les Lymphocytes T Cytotoxiques

– Les cellules tueuses naturelles (NK : Natural Killer)

Action des Lymphocytes T Cytotoxiques :

En principes et de manière simplifiée, les LT Cytotoxiques n’interagissent qu’avec les cellules porteuses des marqueurs complexes d’histocompatibilité. Ils sont programmées pour détecter le Non-Soi et le détruire et à tolérer les cellules qui portent un marqueur qu’ils ont appris à tolérer. S’ils rencontrent une cellules porteuse d’un marqueur HLA qui leur est étranger, ils libèrent de la perforine, une substance qui va percer la membrane de la cellule-cible.

Curieusement, les cellules foetales du trophoblaste ne sont pas reconnues comme appartenant au non-Soi par les LT Cytotoxiques maternels. En effet, les cellules en question n’expriment pas de marqueurs du Soi sous sa forme classique. Or, la présence du site HLA classique est nécessaire et indispensable au déclenchement de l’action de la cytolyse (destruction de la cellule par perforation de sa membrane).

Ceci permet de comprendre qu’à niveau cellulaire, tout comme nous l’apprenons dans les interactions sociales entre des individus, un processus ne peut se déclencher que dans l’apport dynamique des deux parties.

Action des cellules NK :

Si les cellules de la membranes de protection du fœtus sont tolérer par les LT Cytotoqiuese elles sont cependant des cibles prioritaires pour les cellules tueuses naturelles qui ont pour fonction de détruire toutes les cellules qui ne portent pas le marqueur HLA classique qu’elles reconnaissent comme l’absence de Soi.

Autrement dit, le Jeu introduit par la spécialisation cellulaire permet de a priori de tolérer un élément non-Soi tant qu’il n’est reconnu comme étranger : la biologie nous apprend donc qu’il y a une différence dans la nature, entre l’étranger et le non-Soi.

Mais pourtant, les cellules NK infiltrent l’endomètre maternelle sans pour autant s’attaquer au cellules du trophoblasrte…

Il demeure donc un paradoxe : pourquoi les cellules de l’enfant ne sont pas attaquées et détruites alors qu’elles n’expriment pas de marqueurs totalement compatible avec ceux de la carte d’identité maternelle ?

En fait, dès le début e la grossess, les cellules foetales produisent sept formes de HLA-G qui joue le rôel d’inhibiteur des cellules NK maternelles.

C’est la carence voire même l’absence de cet antigène qui cause des avortement précoce.

REFLEXION

En somme n’y a-t-il un lien entre tout ceci et ce que nous apprend la psychanalyse ?

Ces données moléculaires nous apprennent qu’à l’échelle de la cellule, avant même que nous puissions parler d’un sujet, la dimension d’un autre, étranger à Soi/Non-Soi mais toléré en Soi pour la Mère est donc d’abord porté et introduite biologiquement par le bébé. D’une part il porte d’emblée les marqueurs d’un autre vivant mais différent de Soi pour la Mère en même temps qu’il provoque la tolérance du corps de la Mère à sa présence.

La question de l’identité et du Soi/Non-Soi est aussi une question moléculaire : l’identité naissante du fœtus/futur sujet humain est donc d’emblée posée dans un rapport de tolérance à un autre étranger en Soi. C’est le fœtus qui sécrète le trophoblaste ainsique les molécules lui permettant de survivre dans le milieu intérieur a priori hostile de la Mère.

Nous savons également que la prédisposition psychique de la Mère peut avoir un impact sur le développement manifeste de l’enfant. Les « Dénis de grossesse » ou les « grossesses ignorés » ont provoqués des développement silencieux car non visible de l’enfant (développement vers le haut et non pas dans le ventre), avant que la prise de conscience par la Mère de sa grossesse ne conduise à des changements.

Sans vouloir tomber dans une sorte d’interprétation après-coup de données issus d’un domaine extra-psychanalytique, nous pouvons toutefois faire le pont avec les apports les plus récents en terme de développement du sujet et des incidences de la période fœtale sur son développement ultérieur.

Cette question de défense, et de destruction de l’étranger et de tolérance en Soi d’un autre rejoint les fantasme de meurtre de l’enfant par la Mère mais aussi s’oppose à l’idée que le tiers ou l’autre serait un objet purement extérieur présenté par la Mère. Au contraire, il semble que ces enjeux de tiers, d’autre différent de Soi, soit à la base de la conception de l’être humain.

L’intolérance de la Mère pour les marqueur du Père me fait penser à la communauté du déni de M. Fain : ce n’est pas l’enfant qui qui déni mais la réponse de la Mère à l’après-coup de l’expression biologique du rejet du corps étranger en elle ?

Si l’on poursuit dans cette direction nous pouvons nous pouvons nous demander si l’autre ne serait pas au fond présent d’emblée chez l’enfant qui le potentialiserait dans la relation à la Mère. L’enfant ne peut pas « dénier » la présence d’un autre dans une communauté de Déni avec la Mère puisque cela supposerait qu’il ait une préconception préalable de ce autre. il serait plus juste de dire que c’est la réponse de la Mère à l’introduction de l’autre en elle qui déterminerait son acceptation ou son Déni de la réalité.

Le Non Soi serait en fait présent d’emblée…et c’est la réponse de la Mère, y compris dans son propre corps à la présence de l’autre qui préfigurerait une forme d’Inconscient…

Comme rien de psychique n’ait été au préalable dans le corps et les sens, ne pourrait-on voir les fantasmes primaires comme l’expression prépsychique de la biologie moléculaire ?

Freud lui-même n’a-t-il pas chercher des ponts entre biologie et psychanalyse ?

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