La Société de l’après-coup

La société… de l’après-coup !

Alors que l’état de la clinique, et notamment de la Psychopathologie, amène certains spécialistes de l’adolescence à ré-interroger la notion de période de latence, avec ce que cela implique au niveau d’un possible revirement paradigmatique de la théorie de l’après-coup (un des piliers de la métapsychologie psychanalytique), nous sommes en même temps devant un paradoxe dont les effets sont d’autant plus importants que la situation semble être passée inaperçue : le monde et notre rapport au monde en général a été bouleversé par l’invention du Numérique.
Nous sommes dorénavant dans un monde qui est entré dans l’ère du numérique ou plutôt, le développement de la logique numérique, dont nous verrons plus loin les correspondances sur le plan cérébral par exemple, s’est concrétisé, s’est matérialisé par l’intermédiaire des progrès de miniaturisation technologique et a infiltré toutes les branches de la société. Les effets de la révolution du numérique à un niveau mondial (avec la libre circulation des flux de données et des flux financiers), à un niveau communautaire (avec l’ouverture des frontières), à un niveau sociétal (avec l’invention des flux d’informations disponibles à toutes heures), et institutionnel (avec l’apparition des ordinateurs puis des réseau Intranet) s’observent nécessairement au niveau des plus petits groupes et au niveau individuel et même intra-subjectif au sens où les Institutions constituent précisément un pan de la réalité psychique et même de l’appareil psychique du sujet singulier. Au-delà de la modification de la communication et de ses modalités concrètes de sa mise en œuvre, l’introduction du numérique dans le quotidien, sa mise en place et son expansion jusqu’à la situation d’omniprésence (d’hégémonie ?) que nous connaissons aujourd’hui a contribué à profondément remanier en quelques années, le rapport au monde, à l’espace et au temps, que vous avons mis des décennies à construire à la fois à un niveau phylogénétique (le numérique est une « invention nouvelle » du vingtième siècle mais aussi un mode de fonctionnent cérébral issu de l’informatique dont l’origine remonte à plusieurs siècles en arrière) et ontogénétique (en tout cas pour ce qui concerne la génération des plus de trente ans qui ne sont pas nés après l’avènement des téléphones portable et d’Internet).

Afin de comprendre de quoi il s’agit et de cibler les enjeux inhérents à l’avènement du numérique à la fois dans la vie quotidienne et dans la clinique, avec une Psychopathologie du virtuel quotidien qui vient de plus en plus se faire entendre auprès des cliniciens, je propose de revisiter la question à travers plusieurs angles d’approche.

LE TRAITEMENT NUMERIQUE DE L’INFORMATION

Mon premier angle sera l’angle cognitif et neurobiologique à partir d’une note de bas de page qui m’a intrigué dans le livre de Gérad Pirlot intitulée : « psychanalyse des addictions » au sujet de la spécialisation hémisphérique de l’encéphale, révélée notamment par les travaux de l’école de Palo Alto, qui ont permis la description de deux langages opposés correspondant à deux modes de traitement de l’information.

Nous apprenons à travers ce résumé très bien écrit et très synthétique p. 59 que les hypothèses récentes au niveau neurobiologique tendent à admettre deux polarités de langages correspondant à deux types d’opérations cognitives différentes mais pourtant parfois simultanées. Les auteurs cités, précurseurs dans ce domaine de la recherche, parlent alors de langage hémisphérique droit et de langage hémisphérique gauche. Le « langage du cerveau droit » ou langage hémisphérique droit, traiterait l’information de manière privilégiée à partir du canal dit « analogique » qui renvoie à la communication infra-verbale ou pré-verbale. Dans ce mode de traitement de l’information et de communication le signe conserverait un lien d’analogie avec ce qu’il représente. Tandis que le « langage du cerveau gauche » ou langage hémisphérique gauche traiterait l’information de manière « digitale » (en français nous traduisons par numérique) à partir d’un code arbitraire et conventionnel : le langage verbal.
Ainsi, l’hémisphère gauche qui serait un hémisphère « à prédominance rationnelle » tendrait à produire un lange scientifique, précis, logique et analytique reposant sur des concepts, donc sur un niveau d’abstraction supérieur comprenant notamment les notions de passé, de présent, et de futur ainsi que la négation : ouvrant sur une logique consciente.
L’hémisphère droit qui serait un hémisphère « plutôt instinctif ou artistique » se rapporterait quant à lui davantage mais pas exclusivement aux images et aux formes, ce qui impliquerait un langage beaucoup plus métaphorique, intuitif et émotionnel au sein duquel la temporalité et la négation sont inexprimables d’une part, en raison de l’étayage sur l’image qui exprime difficilement la négation d’une action et d’autre part, car il s’agit d’un système de langage affirmatif et intemporel.
Bien sur dans la pratique cette spécialisation hémisphérique est relative puisque la communication humaine est un subtil dosage et une inter-relation impossible à décortiquer dans sa totalité entre ces deux modes de langages que nous sommes tenté de séparés pour des raisons de compréhension mais aussi d’idéologie scientifique héritière de la pensée cartésienne.
Ces différents travaux apporterait un appuie à l’idée que l’antériorité du mode de fonctionnement de communication et de compréhension fondé sur l’analogie par rapport au digitale (ou numérique) dans le développement ontogénétique de l’enfant serait une des raisons de l’amnésie infantile décrite par S. Freud, et par conséquent serait l’une des composantes fondamentales du processus de Refoulement.
Pour résumer, la différence de lecture entre les deux hémisphères et le « retard » du langage digital sur le langage analogique serait l’une des causes du phénomène du Refoulement, ce qui se rapprocherait de l’intuition de S. Freud qui parle de Refoulement en terme de « défaut de traduction » (Lettre à Fliess). Autrement dit, les recherches actuelles tendent à montrer un lien de causalité entre la précocité du développement du système analogique chez l’être humain et le retard du système digital qui vient en quelque sorte remoderler/re-moduler le signal perçu et lui offrir après-coup, une nouvelle traduction. Pour prendre de manière métaphorique justement ce dont il s’agit nous pourrions utiliser l’idée issue de la physique au sujet du redressement du signal d’un courant alternatif par un courant de source continu ou nous pourrions dire que la modulation de fréquence du signal à été modifiée ou corrigée.
C’est à partir de ces bases que l’on peut comprendre l’effet de l’après-coup à l’adolescence et du déclenchement de la Névrose au sens où une « situation passées », réellement vécue ou non, vient bien longtemps après revêtir par étayage sur une situation actuelle perçue une nouvelle valeur sémantique qui provoquerait une sorte de « conflit d’adresse mémoire » que certains auteurs soulignent en terme de superposition de trace d’inscription mais que nous pouvons aussi penser en terme de relecture par un système complexifié.
Bien sur il ne s’agit pas de réduire la complexité de l’humain à une approche réductionniste inspiré de l’informatique. Il n’agit pas non plus ici de réduire la relative spécialisation hémisphérique à une simple tentative de correspondance topique au sens métapsychologique mais nous pouvons dore et déjà remarquer que les travaux des scientifiques, qui ne sont pas pour beaucoup lecteur de Psychanalyse, tendent à se rapprocher d’une conception de plusieurs espaces ou plusieurs mode de fonctionnement dont l’articulation semble l’une des pierres angulaires du fonctionnement mental.
Nous apprenons également des travaux des pragmaticiens, que l’enfant est justement très sensibles aux modalités non-verbales du langage et qu’il peut discriminer les rythmes internes propres à la communication. Des expériences des Psychologues généticiens, qui ne sont pas rapportées dans cette note de bas de page, montrent que les enfants peuvent au départ discriminer la langue maternelle d’autre langues étrangères y compris en sélectionnant les différences de modulation dans le langage. C’est ainsi qu’avant que s’effectue la « selection » des phonèmes dominants dans sa langue maternelle, l’enfant est capable de discriminer l’Italien dont la structure laisse une place importante au verbe dans la construction de la phrase, d’une autre langue qui lui donne moins d’importance. C’est d’ailleurs à partir de cette communication analogique que l’enfant pénètre ainsi dans l’univers du langage verbal.
Ce premier développement nous invite à réfléchir sur la pertinence de l’emploi du numérique dans le cadre de rencontre avec des patients souffrants de Schizophrénie ou avec des adolescents en difficultés.
Les travaux de l’école de Palo alto se sont limités, dans leur théorie de la Psychose, au langage verbal, en parlant de double entrave entre le contenu manifeste et le contenu latent du message. A partir de ces apports récents nous pourrions parler de la Schizophrénie en terme de dissociation nette entre les deux formes de langages produisant un double-lien, ou une double entrave emprisonnant le sujet entre une compréhension analogique (gestes, postures, émotions, tonalités, rythmicité) et une compréhension digitale du message (le langage verbale et son contenu de sens manifeste), en dehors de toutes anomalie du corps calleux assurant la communication inter-hémisphérique. Cette dissociation hémisphérique pourrait se produire à l’adolescence du fait de la réorganisation neuro-physio-biologique et hormonale en lien avec les bouleversements physiques et l’acquisition des caractères sexuels secondaires.
Cette conception poursuit ainsi les travaux de l’école de Palo alto au sujet de la Schizophrénie mais dans une perspective plus large, en prenant en compte la globalité de la communication humaine dont le langage verbal ne représente qu’une infime partie. Cela permet également de ne pas tomber dans l’écueil dont nous avons hérités en temps que cliniciens depuis le fameux discours de Rome qui a scellé certaines pratique de psychologues ou Psychanalystes uniquement attentifs au langage verbal.
Ainsi, la proposition d’un dispositif numérique permettrait une forme de ré-accordage entre ces deux modes de traitements de l’information, inconciliables dans la Schizophrénie ou en cours de réaménagement à l’adolescence. La correspondance entre la sensorimotricité, le but visé par le joueur, et le résultat visuel obtenu permettrait une forme de remédiation cognitive et une recoordination des systèmes cérébraux. Cette perspective nécessite la prise en compte de la relation à l’autre, donc de l’analyse des mouvements transférentiels repris notamment au niveau du Jeu vidéo.
Bien sur une telle dissociation de la compréhension de la communication inter-hémisphérique n’est pas systématiquement à l’origine d’un trouble de pensée ou d’une maladie mentale future. On retrouve au contraire ce processus chez de nombreux artistes qui utilisent à merveilles et joue avec cette disjonction en la rendant attractive et hilarante à l’aide de la dramatisation (certains diraient par hystérisation du troubles).

Pour résumer l’ensemble de ce paragraphe à partir de la note de bas de page, nous voyons clairement que le « numérique » était déjà un mode de fonctionnement avant même que les progrès technologique le rendent matériel, palpable et maîtrisable.

UNE LATENCE EN QUESTIONNEMENTS

Mon deuxième angle sera l’angle du quotidien à partir d’un texte de François Lespinasse, Psychologue clinicien intitulé : « Un atelier thérapeutique « jeux vidéo » en hôpital de jour pour jeunes enfants ».
Dans ce court texte, F. Lespinasse raconte comment des enfants pris en charge en hôpital de jour ont amenés progressivement le Jeu vidéo dans les entretiens à travers leur discours. F. Lespinasse réfléchi sur l’écart très surprenant entre d’un côté les compétences des enfants pris en charge dans une perspective psychothérapique « traditionnelle » qui les qualifiait pour certains de « Psychotiques » voire d’« autistes », et de l’autre les compétences révélées au moment où ces mêmes enfants se mettent à jouer au sein d’un atelier jeux vidéo.
Au fil de sa réflexion, F. Lespinsase explique que la génération de plus de trente ans a été éduqué, en ce qui concerne le dialogue avec les machine, selon les schémas analogiques. J’ajouterai qu’en réalité, ce principe d’éducation dont parle cet auteur ne s’est pas limité au dialogue avec les machine mais qu’il a constitué un schème partagé sur « comment nous communiquons de manière général avec l’autre dans la société ». Afin de tenter de comprendre l’écart manifeste entre les deux types de « performances », F. Lespinasse prend l’exemple de l’horloge.
L’horloge classique avec des aiguilles constitue le prototype du fonctionnement analogique. Lorsque nous lisons l’heure sur une telle horloge, la lecture de l’écoulement du temps repose sur une opération mentale de traduction du déplacement de l’aiguille par rapport au point zéro/midi. Par exemple, si nous percevons la grande aiguille, celle qui indique les minutes, pointer sur le sixième trait de l’horloge, de sorte qu’elle se trouve perpendiculaire par rapport au point zéro, alors nous traduisons par « et demi ». Lorsque nous la percevons dans l’hémisphère droit du cadran nous disons « et… » (par exemple « et quart », « et vingt »)…. Lorsqu’elle se trouve dans l’autre hémisphère du cadran nous disons « moins… » (par exemple « moins le quart », « moins vingt »). Autrement dit, c’est le déplacement spatial de l’aiguille par rapport au point d’origine qui indique le manque et qui commande un travail psychique de correspondance entre un déplacement perçu et une opération psychique telle que l’ajout (l’addition « et ») ou le retrait (la soustraction « moins ») qui sont les dérivés des opérations psychiques de bases de l’activité représentative et plus particulièrement dans ce cas là des deux schèmes de transformations séparation/éloignement et attraction/rapprochement . Autrement dit, c’est le déplacement spatial de l’aiguille par rapport au point d’origine qui indique le manque. F. Lespinasse donne une autre illustration en parlant du moment où nous devons remonter ou avancer l’heure, par exemple lorsque nous passons à l’heure d’hivers. Pour ce faire, nous tournons le remontoir pour faire avancer le temps et positionner l’aiguille sur le chiffre ou l’emplacement voulu. Il y a donc analogie, c’est-à-dire un rapport continu de ressemblance entre le déplacement de l’aiguille et l’écoulement du temps.
Nous pourrions résumer ainsi la « logique de l’analogique » en disant qu’elle repose sur le déplacement spatiale et l’attribution d’un bouton par fonction correspondante.
A travers l’analogique, notre cerveau apprend à désigner proportionnellement l’espace et à réaliser un mouvement interne analogue à ce qu’il perçoit.

L’avènement des circuits miniaturisés ou circuits imprimés à permis de concentrer de nombreuses fonctions dans un même appareil et de les tenir accessibles par une simple pression sur un même bouton. Les afficheurs numériques que sont les écrans ont ainsi permis d’afficher directement l’heure en montrant immédiatement le chiffre correspondant : allégeant ainsi le travail psychique de traduction par déplacement spatial. Nous pouvons déceler ici l’infiltration d’une logique « économique » de gain de place et de temps. Outre la facilité de lecture, le numérique a surtout révolutionné notre quotidien par la pléthore de fonctions intégrées qui sont disponibles non plus par déplacement d’une aiguille mais par pressions successives sur le même bouton. Autrement dit : le numérique a permis le passage d’une logique de lecture par déplacement spatiale (par analogie de mouvements) à une logique de lecture par déplacement temporel (par délai entre les actions). C’est le temps entre les pressions de touches qui fait passer d’une fonction à l’autre.
Dans la logique analogique c’est l’espace restant à parcourir entre les graduations de l’horloge qui vient signifier le manque ou à l’inverse, l’espace comblé par le parcours de l’aiguille qui signifie l’espace occupé.
Tandis que dans le numérique, l’objet désiré, toujours entier, défile devant nous en fonction du nombre de fois que nous appuyons sur le même bouton, et c’est la durée de l’attente ou le temps de latence, selon le vocable informatique, qui signifie la manque. Autrement dit : le numérique a permis le passage d’une logique de lecture ou de langage par déplacement spatiale à une logique de lecture par déplacement temporel.

Ce développement nous permet encore une fois de discuter la pertinence de l’emploi du Jeu vidéo mais cette fois auprès d’enfant « en période de latence ».
Si le numérique permet une articulation et un passage d’une logique spatiale à une logique temporelle, alors nous pouvons penser qu’il vient incarner une forme d’évolution topique de la représentation. Ceci permet de comprendre l’engouement des jeunes enfants pour les Jeux vidéo, et plus particulièrement, des enfants « latents qui ne présentent pas de latence ».
Tout d’abord, nous pourrions faire l’hypothèse que l’environnement participerait bien malgré nous et de manière bien plus prononcée que nous le pensons (ou voulons l’admettre), à développer la logique numérique, entraînant une maturation plus précoce du langage hémisphérique digital/numérique. Les multiples occasions de sollicitation dans le quotidien de l’enfant, par ce mode de compréhension et de communication, induirait un rattrapage historique du retard du numérique sur l’analogique. Il est possible que ce retard constituait jusqu’à présent l’essence même de la période de latence chez l’homme et que les conditions environnementales ne parvenaient pas jusqu’alors à combler. Il ne s’agit pas ici de nous engager dans un débat théorique et bien loin de la réalité, mais au contraire de nous pencher tout simplement sur les enfants qui nous entourent. Comment expliquer qu’un enfant utilise intuitivement les machines actuelles tout en montrant un retard sur les apprentissages que nous considérons, nous précédente(s) génération(s), comme primordiaux. Par exemple, les enfants sont capables d’utiliser intuitivement un lecteur DVD ou un ordinateur, ou encore de lire l’heure sur un affichage numérique, mais montrent des difficultés lorsqu’il s’agit de lire l’heure sur une montre à aiguille.
Est-ce à interpréter ? et si oui est-ce à interpréter comme un retard ?
N’oublions pas non plus que c’est S. Freud le premier qui a attribué une origine historique et phylogénétique au phénomène de latence et de refoulement : un ère glacière (ou une Mère plus distance et progressivement refroidie ?) aurait induit une mise à distance des intérêts pulsionnels et la recherche de leur satisfaction directe.

Pouvons-nous diagnostiquer et prétendre soigner des sujets qui dans leur développement n’ont pas ou peu connu la latence que nous pensions universelle ? Le Jeu vidéo ne permet-il pas précisément cet ajustement ?

L’emploi du Jeu vidéo auprès d’enfants « latents » ne présentant pas de latence a déjà montré des résultats tout à fait encourageants. Le Jeu vidéo qui se propose comme un univers de multiples sollicitations et excitations « ressemble » davantage à l’environnement sociétal de plus en plus éclaté/morcellant au sein duquel évoluent les enfants, ce qui le constitue comme un objet d’ajustement privilégié dans l’abord de leur nouvelle problématique.

UN QUOTIDIEN TRÈS ILLUSTRATEUR

Mon troisième angle concerne le quotidien et le bouillon culturel dans lequel nous nous trouvons.
Dernièrement, je visionnais un film assez ancien intitulée « planète interdite » avec les acteurs Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Jack Kelly et Richard Anderson. L’observation attentive des décors, détails et autres effets spéciaux de ce film nous renseigne très précisément sur la manière dont le futur était imaginé à l’époque de la réalisation de ce film, c’est-à-dire à une époque antérieure à l’apparition du numérique.
Comme dans de nombreux films qui commencent à dater, les engins et objets du futur sont encore très encombrants mais surtout ils sont dotés d’un nombre parfois incalculables de lumières et de boutons correspondant à chaque fois à une seule fonction. Nous sommes là dans la logique analogique avec des boutons que l’on tourne et que l’on jauges en permanence avec des cadran à aiguilles.
Lorsque l’on regarde à l’inverse un film très récent on ne peut que constater la dématérialisation du travail physique nécessaire à la commande numérique.
Cette petite illustration pour montrer que le cinéma en tant qu’objet culturel se fait écho et témoin des époques mais aussi des modes de rapport au monde que nous traversons.

Afin d’ouvrir cette réflexion sur une perspective plus large que le simple champ de la psychologie nous pouvons alors nous poser quelques questions.

Il ne s’agit pas ici de nous engager dans un débat théorique et bien loin de la réalité, mais Nous avons tord de négliger l’impact du virtuel quotidien autant que des choix de société que nous faisons : la prédominance et la préférence pour les matières scientifique à haut de degré d’abstraction est d’ailleurs relayer par des phénomènes scolaires (désertion des filières littéraires au profit des classes préparatoires et scientifiques).

Il faut se rendre à l’évidence, le numérique est une nouvelle donne qui a profondément chamboulé les schèmes de bases de la communication humaine. L’analogique et le numérique sont deux modes complémentaires d’appréhension du monde et de la communication.

Une autre question se pose : pouvons-nous diagnostiquer et prétendre soigner en tant que cliniciens, des sujets qui dans leur développement n’ont pas ou peu connu la latence que nous pensions universelle ?

Les principes d’éducation hérités de l’analogique sont-ils toujours d’actualités ? ou les problèmes de scolarité et de violence au sein des écoles ne sont-ils pas aussi, à côté d’autres facteurs biens sur, un signe d’une inadéquation grandissante entre le système analogique, fondateur et précurseur de nos sociétés et de notre mode de civilisation de l’humain, et une logique numérique préférentiellement investie d’emblée par les enfants car plus proche de l’Inconscient ?

Une tentative de réponse s’avance alors : peut-être sommes-nous en train d’aborder une période d’après-coup du numérique…période qui nous interroge dans les fondements même de certains de nos principes de communication et de compréhension qui nous empêche donc de nous laisser pleinement porter par cette tendance actuelle en nous accrochant à des fondamentaux qui ne le sont plus vraiment.

L’universalité de l’Oedipe en tant que matrice de fonctionnement mental et point de passage « obligé » n’est plus d’actualité alors pourquoi ne pas penser qu’une refonte partielle de notre conception du rapport au monde est nécessaire ?

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