Introduction à la réflexion psychanalytique sur l’Artiste James Cameron

« The Terminator : John Connor (James Cameron ?) en analyse ?»

Dès la naissance de la Psychanalyse, les cliniciens se sont penchés sur l’Art et la création à travers l’analyse de grandes œuvres universellement connues ou autour de grands auteurs (De Vinci, Picasso, Dali, Michaux ou Bacon) qui ont laissé une trace de leur passage dans l’Histoire et la Culture et dont les productions nous renseignent sur certains processus inconscients et leur pathologie . C’est dans cette perspective que les générations de cliniciens à la suite de S. Freud et dans la filiation de son œuvre, semblent avoir, en tout cas pour certains, appréhendé et compris l’objet d’art.
Ce serait vite oublier l’intérêt constant de S. Freud pour la création de manière générale et mettre de côté ce que D. Winnicott nous rappelle de l’universalité de la création et de la réalité d’un monde trouvé/créé. Ceci nous invite à recentrer l’analyse autour du processus de création lui-même, processus présent et à l’œuvre dès les balbutiements de l’existence humaine, et qui nous amène à considérer l’artiste et sa création dans un mouvement de création réciproque sur fond d’indécidabilité.
Parmi les supports qui font partie intégrante de notre culture (au sens courant comme au sens winnicottien du terme d’un héritage des phénomènes transitionnels), le cinéma tient une place de choix. La révolution du numérique lui a fourni un potentiel d’extension considérable ouvrant le chemin à une nouvelle génération de créateurs.
Dans cette perspective d’ouverture nous nous pencherons ici sur l’œuvre cinématographique en lien avec un thème auquel je m’intéresse : celui du paradoxe et la relativité de la temporalité en tant qu’objet psychique.
Cette note fait figure de préalable au sein d’un projet plus vaste de réflexion à propos de l’auteur-réalisateur scénariste et producteur canadien James Cameron.

(Sources :
Cameron J., (1989), The Terminator ; Tr. Fr. Terminator, Orion Pictures.
Cameron J., (1991), Terminator 2 : Judgment Day ; Tr. Fr. Terminator 2 : le jugement dernier, TriStar.
http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Cameron
http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Terminator
http://fr.wikipedia.org/wiki/Terminator_2)

« Les machines s’élancèrent des cendres du feu nucléaire,
La guerre totale pour exterminer l’Humanité a fait rage pendant des décennies.
Mais l’Ultime combat n’aura pas lieu dans le futur,
il sera livré dans le présent… ce soir…. »

C’est par l’intermédiaire de ce bref texte énigmatique et accrocheur, simplement affiché à l’écran et lu sur fond d’images apocalyptiques, de tirs de laser et d’une musique pesante, que le décor de The Terminator est planté en 1984 par James Cameron qui en est à la fois le co-scénariste  et le réalisateur.
Je propose ici une analyse qui relie quelques éléments de l’histoire de cet artiste avec l’intrigue et les techniques employé dans ce film. En effet, The Terminator s’inscrit à un moment important de la carrière et du parcours de vie de James Cameron.
D’une fratrie de cinq enfants (il a deux frères et deux sœurs), James Cameron fait un parcours universitaire qui aboutit à un diplôme en physique. Mais ses premiers emplois sont ceux de mécanicien et de conducteur de camions.
Après son premier court métrage Xenogenesis  financé par un consortium de dentistes James Cameron travaille en 1981 aux effets spéciaux de New York 1997 de John Carpenter : un film au scénario apocalyptique. La même année, James Cameron est nommé réalisateur de Piranha 2 : Les Tueurs volants, une coproduction italo-américaine. Cependant, ses relations avec le producteur se dégradent au point que ce dernier lui retire le contrôle artistique du film. James Cameron tente alors de pénétrer par effraction, la nuit, dans la salle de montage mais ses modifications sont systématiquement écartées par le producteur. Bien qu’étant co-crédité comme réalisateur, James Cameron reniera le film qui est souvent absent de ses filmographies officielles. Comme la plupart de ses œuvres suivantes, il existe deux versions du film, celle du producteur, la plus répandue, et le très rare remontage du réalisateur.
En 1984, sur les ruines et les gravas de son dernier film et dans ce contexte compliqué, James Cameron entame l’écriture du scénario de The Terminator …

Le thème du Film : une Humanité face à elle-même ? ou un retour sur Soi ?

The Terminator repose sur le thème manifeste d’une guerre totale entre les machines (à apparence humaine et de plus en plus humaine au fur et à mesure qu’avance l’intrigue) et l’humanité réduite à peau de chagrin suite à un holocauste nucléaire. L’essentiel de l’intrigue concerne la survie du futur leader de la résistance humaine, John Connor, qui mènera l’humanité à la victoire finale contre le super-programme informatique Skynet. Cette intelligence artificielle créée à l’origine par l’Homme à des fins défensives et militaires s’est émancipée et, devenu autonome, a décidé d’exterminer l’humanité.

L’histoire : par où commencer ?

Le paradoxe temporel est un élément central dans le film au point de s’insinuer dans la forme même et la structure de l’intrigue : rendant d’emblée difficile de commencer l’histoire par son commencement ou de décider du bout par lequel la prendre pour l’appréhender. D’ailleurs, les deux films commencent par des scènes qui se passent dans le futur avant de situer l’intrigue dans le présent narratif qui est aussi le présent du spectateur de 1984, et le présent potentiel de tout spectateur…

Le 29 Août 1997, la quasi-totalité de l’humanité est anéantie en quelques instants par un incendie nucléaire appelé « la guerre du jugement dernier ». Les quelques survivants de cette catastrophe doivent faire face à un nouveau « cauchemar » : la guerre contre des machines dont la conception et la forme les rapprochent en apparence et dans leur comportement de plus en plus de ce qu’elles doivent éliminer : les humains.
Au bout de plusieurs décennies d’asservissement et d’extermination de ce qui reste de l’espèce humaine, un Homme, John Connor, né en 1985, se rebelle et apprend aux survivants à résister aux machines et les combattre.
En 2029, l’histoire prend un tournant : la résistance menée par John Connor est sur le point de l’emporter. C’est en investissant un laboratoire de Skynet que les humains découvrent la capacité à voyager dans le temps. Hélas, le superordinateur doté d’une conscience propre et d’un instinct de conservation farouche les a précédés en choisissant d’expédier dans le passé un de ses modèles les plus évolués de Cyborg d’infiltration (un organisme cybernétique mi-homme/mi-machine), le Terminator afin de tuer John Connor et ainsi l’empêcher de mener l’humanité à la victoire.
Les deux films sont articulés et construits autour du même schéma inconscient mais ils sont racontés ou vus à travers un prisme ou un filtre différent.

Dans The Terminator : Skynet envoie le Terminator T-800 modèle 101 en 1984, afin de tuer la Mère de John : Sarah Connor , avant même qu’elle ne soit « enceinte de John ». En somme avant même que John ne soit conçu et ne naisse : causant alors, pour reprendre une réplique du Psychologue dans le film, « une sorte d’avortement rétroactif ». La résistance envoie alors un homme, Kyle Reese, pour atteindre Sarah avant l’humanoïde et la protéger à tout prix. Ce que l’on apprend au cours du film, c’est que Kyle, a été envoyé en 1984 par John lui-même, son fils, depuis le futur, pour le « procréer ». En somme, John envoie son propre Père, depuis le futur, dans le passé  afin qu’il puisse protéger sa Mère et pour qu’il conçoive John avec celle-ci. Ce Père, John ne le rencontrera donc pas avant l’âge adulte , après le début de la guerre, avant de l’envoyer dans le passé. Kyle meurt d’ailleurs à la fin du film, en 1984, peu après avoir « conçu » John avec Sarah et à la suite de son affrontement avec le T-800.

Dans The Terminator II : The jugement Day le scénario reprend ce qui avait fait le succès du premier film à savoir une lutte dans le passé entre deux protagonistes : l’un venant tuer John et l’autre venant le protéger. Ce deuxième film reprend et creuse les sillons déjà amorcés dans le premier en leur donnant une coloration et une profondeur tout à fait particulière et intéressante.
L’originalité de ce deuxième épisode est qu’il se déroule une dizaine d’années après le premier et qu’il met en scène cette fois, John Connor, pré-adolescent, et non-plus comme être potentiel. Ce dernier accompagné de sa Mère, Sarah, se fait protéger par un model identique de Terminator T-800 modèle 101, (rôle interprété par le même acteur) : une copie du modèle qui a tenté de tuer sa Mère plusieurs années auparavant (dans le premier film), Cyborg que John a capturé dans le futur, « reprogrammé » et envoyé dans le passé. Le Cyborg envoyé cette fois par Skynet pour tuer John, est un T-1000, le plus récent prototype de Terminator (un modèle unique donc) plus perfectionné que le T-800. Dans ce film, l’accent est davantage mis sur le paradoxe d’un jeune pré-adolescent un peu perdu, qui sait ce qui DOIT se passer et qui doit sa survie à une machine créé à l’origine pour le tuer, une machine à qui John va apprendre des choses et qui à la fin, selon une réplique de sa Mère, « est ce qui se rapproche le plus d’un Père pour lui ».

Les Terminator T-800 et T-1000 : copie, imitation ou identification à l’humain ?

Le Terminator inventé donc pensé, imaginé et rêvé par James Cameron appartient à la « lignée » des Cyborgs : des organismes cybernétiques quasiment indestructibles, à l’apparence et au comportement humain, contrôlés par une chaîne de microprocesseurs.
L’originalité du Terminator T-800 modèle 101 est qu’il s’agit du premier exemplaire « à tissus humains » . Il parle, saigne, sue, cicatrise comme un humain mais ne ressent pas et n’exprime pas d’émotions. Cette insensibilité à la douleur (« Je ressens les blessures, la douleur est une simple information » dit le T-800) est mise en avant à plusieurs reprises au cours de l’intrigue : le T-800 n’hésitant pas à se mutiler . Son apparence humaine (« un endosquellette de métal sous du tissu charnel ») et sa capacité à imiter n’importe qu’elle voix en fait une parfaite machine d’infiltration, indétectable et terriblement efficace : une unité mécanique enveloppée par du tissu humain, un contenant manifestement humain, mais un contenu purement mécanique …Pour ce rôle du T-800 dans les deux films James Cameron a choisi l’acteur américain Arnold Schwarzenegger dont l’imposante musculature et la capacité à mimer l’absence d’émotions et à « jouer les robots » ajoutent à l’impression de voir un être qui n’est pas habité, une coquille vide, un vêtement sans corps ou un corps sans âme.
Le T-1000, qui apparaît dans le deuxième film, est quant à lui un modèle plus évolué. Sa structure en « poly-alliage mimétique » (métal liquide) fait que « cette chose peut imiter tout ce qu’elle touche ». Ce polymorphisme permet au T-1000 de changer de forme à sa guise, de se modeler et de reproduire à l’identique l’apparence et la voix de tous les corps qu’il touche de même taille que lui . John apprend du T-800 qu’en générale le T-1000 élimine le modèle d’origine qu’il copie pour éviter les doublons. La nature liquide du T-1000 le rend plus souple, plus robuste, plus rapide et lui permet également de se re-fondre et de guérir instantanément de ses blessures sans qu’aucune trace ne subsiste. Cette évolution le rend cependant moins « humains ». Pour ce rôle James Cameron a choisi l’acteur Robert Patrick qui joue si bien la froideur d’un tueur.
Les Terminators se repèrent par leur absence totale d’affects exprimés. Kyle apprend également à Sarah que seuls les chiens peuvent détecter le leurre du tissu humain.

Quelques pistes d’interprétation : un voyage initiatique pour James Cameron ?

Le point central de l’intrigue semble nous conduire sur la piste d’une forme de scénarisation, à travers la représentation en image qu’offre le cinéma, d’un fantasme inconscient de scène primitive « tronquée » mêlée à un fantasme d’auto-engendrement.

Ce n’est pas la présence physique d’un homme ou d’un géniteur qui en fait un Père : le paradoxe de « The Terminator » réside dans le fait que dans l’intrigue du Film John Connor DOIT obligatoirement exister pour pouvoir envoyer plus tard son propre Père dans le passé pour être conçu (sachant également que son Père mourra avant sa naissance). En même temps, comment John peut-il envoyer son propre Père dans le passé s’il n’est pas né ? John Connor ne peut donc pas exister au sens d’un sujet.
D’ailleurs, John ne porte pas le nom de son Père, Reese, mais celui de sa Mère, Connor : signe d’une filiation essentiellement et exclusivement maternelle ? d’une amnésie du Nom du Père ? de l’absence de latence ? ou d’un Gap entre le Père de l’origine et le Père rencontré à l’âge adulte ? En tout cas, nous pouvons remarquer que le T-1000 qui cherche à Tuer John dans le second film porte dès le départ, et à chaque fois qu’il reprend son apparence d’origine, l’uniforme d’un agent de police : un représentant de la Loi. Quel autre crime que celui de l’Inceste peut relier le thème de l’apocalypse, du paradoxe et de la sanction ultime de la mort par un rappel de la Loi ?

Le thème de la machine sous l’apparence humaine, insensible et immortelle, relié au thème de la persécution, de l’extermination et de la posture de sauveur quasi messianique constituent les soubassements du schème inconscient de la position d’allure psychotique. Le scénario d’apocalypse et de fin du monde, tout comme le vécu d’une mécanisation de l’humain et de la pensée, reliés à l’insensibilité à la douleur sont des éléments que l’on rencontre de manière régulière chez des sujets se trouvant dans une phase délirante. La personnification de cette position s’incarne dans le Terminator que les mutilations, blessures et autres pertes laissent de marbres : blessures qu’il s’inflige d’ailleurs lui-même pour continuer sa mission, le seul but justifiant son existence. Nous pouvons parler ici d’une forme de figuration scénique d’un fantasme inconscient chez son auteur.

Cette question de la maladie mentale et de la souffrance identitaire nous entraîne peut-être sur le versant de la paradoxalité et de la folie. Si la Psychiatrie est représentée dans le premier film dans une proportion relativement discrète sous forme d’allusions et de questionnements (Kyle est-il fou en racontant son histoire d’homme du futur ? se demande le Psychologue présent dans le commissariat de police), elle prend une place tout à fait importante dans le deuxième film en s’incarnant dans l’Hôpital psychiatrique, lieu d’enfermement et de moments clés de l’intrigue .
Le thème de la maladie mentale et de la folie s’articule à celui du double, de la mêmeté ou de la gemmélléité, qui est omniprésent dans la forme et le fond des deux films comme dans d’autres films de James Cameron avec le naufrage et l’engloutissement .
La problématique du jumelage et de l’accordage infiltre ainsi les deux films. En ce qui concerne le contenu, les machines tendent de plus en plus à ressembler aux humains qu’elles doivent exterminer  : se rapprochant ainsi de miroirs de plus en plus parfaits, fidèles et exactes. Le Modèle T-800 du deuxième film est identique à celui du premier et c’est le même acteur qui en reprend le rôle. De même, le T-1000 est capable, en se malléabilisant, de faire une copie conforme d’un objet avant d’éliminer le doublon.
La question de la copie, du double et de la répétition est encore plus marquée dans le deuxième film où le T-800 apprend en répétant mot-à-mot, les phrases que lui enseigne John ou lorsqu’il reprend en écho une réplique de John face au T-1000. En ce qui concerne la forme, on retrouve cette problématique dans la structure des deux films et dans la technique de réalisation employée par James Cameron. Au niveau du scénario, il reprend le même schéma de l’intrigue y compris dans l’enchaînement des séquences. Au niveau des effets spéciaux il emploie, comme souvent dans ses films, de vrais jumeaux . La technique d’effets spéciaux employée pour le changement d’apparence du T-1000 est appelée le « Morphing » (une transition fluide d’une forme à l’autre).
Enfin, l’histoire même de The Terminator est prise dans cette question de la « copie » puisque le tournage du premier film fut compromis par des accusations de plagiat de deux épisodes d’une série télévisée The Outer limits (1963).
Ces différents éléments révèlent que c’est un processus de Duplication, comme répétition du même, de manière cyclique, qui est à l’œuvre à tous les niveaux.

En poursuivant notre réflexion sur cette question, nous pouvons interroger la période à laquelle James Cameron décide de s’intéresser dans la vie de John Connor, à savoir le début de l’adolescence. Plusieurs indices permettent de faire le lien entre cette période et certains éléments du film. Le T-1000 avec son apparence paradoxale de « pâte à modeler en métal liquide » personnifie à lui-seul la malléabilité de cette période de la vie et ses risques . Vers la fin du film, suite à l’un des nombreux accidents de camion , le T-1000 se retrouve aspergé de nitrogène, il se rigidifie et finit par geler au point d’être pétrifié. S’obstinant à vouloir encore avancer, le voilà s’arracher une jambe (son pied restant sur le sol), puis chuter, brisant ce qui reste de ses deux jambes et enfin perdre une main en se rattrapant avant de finir immobilisé. Le T-800 lui tire alors une balle avec son arme, le faisant  éclater en milliers de petits morceaux, comme un miroir brisé ou une pâte friable tombant en poussière…
Quel processus James Cameron a voulu représenter à travers cette scène d’homme-pâte-à-modeler-immortel qui, gelé, prisonnier de sa forme, se brise au moindre impact ?
Nous pouvons avancer que cette scène figure une angoisse de morcellement psychotique : faute de forme propre, le gel du vivant conduit à la désintégration.
Pour terminer notre réflexion penchons nous sur un point important de l’Histoire.
L’histoire du film telle qu’elle a été inventé par James Cameron nous amène à faire l’hypothèse de fantasmes sous-jacents du côté d’une boucle paradoxale anti-oedipienne et d’un fantasme d’autoengendrement. L’acceptation de la mort par le T-800 à la fin du second film, comme une obligation pour la survie de « l’Humanité », semble indiquer une matérialisation du processus d’humanisation et la naissance de la pensée.
Afin de soutenir cette hypothèse, penchons-nous sur le discours dans le deuxième film.
A un moment de l’intrigue, le jeune John découvre que le Terminator possède, parmi les paramètres de sa mission, la directive de lui obéir. Une altercation éclate avec deux hommes présents non loin, altercation provoquée par John lui-même, fier de la puissance que lui procure d’avoir « son Terminator ». John ordonne au T-800 de saisir l’un des hommes qui l’a insulté, ce que le cyborg fait mais en sortant également son arme, prêt à tuer cet homme. John intervient et permet aux deux hommes de s’enfuir. S’ensuit le dialogue suivant :
John – « Non de dieu tu allais tuer ce gars là ? »
T-800 – « Biensur je suis un Terminator »
John – « Ecoutes moi très attentivement d’accord ? Tu n’es plus un Terminator »
John – « Tu ne peux pas tuer tous les gens qui ne te plaisent pas ! »
T-800 – « Pourquoi ? »
John – « Comment ça pourquoi ? tu n’a pas le droit ! »
T-800 – « Pourquoi ? »
John – « Parce que tu n’as pas le droit c’est tout. Fais-moi confiance »
Cette première scène illustre la position éducative et paternelle de John qui se place en détenteur d’une parole portant et introduisant une Loi universelle : l’interdit du meurtre.
Il est pourtant étrange de constater d’une part que le T-800 puisse répondre par « JE » et d’autre part qu’il ne réagisse pas au discours paradoxant et disqualifiant de John.
Plus loin, John fait « promettre » à cette « machine » de ne plus tuer personne en lui demandant de lever la main droite et de dire « Je jure ». Par la suite, le T-800 vérifie après chacune de ses interventions que le nombre de « pertes humaines » est nul.
Enfin, le processus d’humanisation ou de naissance de la pensée semble aboutir et se concrétiser lors de la dernière scène du second film.
Après la destruction du T-1000 dans un « bain brulant » de la fonderie , le T-800 est très endommagé : il est privé d’un de ces bras dont il s’est amputé pour se dégager d’un « rouage mécanique » qui l’immobilisait et son visage abîmé laisse apercevoir par endroit le métal sous la peau et un œil bionique. Il comprend alors, que pour que tout se termine, il doit mourir à son tour : « je dois disparaître », « tout doit finir ici », « maintenant ! ». C’est en effet la présence dans le passé de restes du précédent T-800 (un bras et un morceau du processeur) qui avait tenté de tuer Sarah en 1984 qui est à l’origine de la potentielle existence de Skynet. Autrement dit : c’est le paradoxe temporel lui-même qui est la source de l’apocalypse et de la présence virtuelle de Skynet. Le T-800 essuie alors une larme de John et lui dit comprendre pourquoi les humains pleurent, chose qu’il ne pourra jamais faire : comprenant ainsi, par identification sur le fond, la douleur de la perte. Après que les restes du précédent T-800 ait été jeté dans le bain de la fonderie, le T-800 demande à Sarah de l’aider à y descendre à son tour. Il y disparaît alors pour de bon.

Conclusion ?

Ce long détour me permet de proposer de réfléchir à l’articulation entre les deux films. Ceux-ci racontent à la fois, une même histoire vue sous un angle différent et avec un décalage dans le temps, et une suite d’un processus d’Humanisation qui se cristallise dans la reconnaissance de la nécessité de la mort donc de l’acceptation d’une place dans chaîne générationnelle par inscription dans une filiation. En poussant davantage l’analyse nous pouvons nous demander si l’existence des deux films, leurs différences sur fond de similitudes, ne reproduit pas cette tendance repérée chez l’auteur, à faire deux versions de ces œuvres : une officielle et répandue, et une cachée et rare. Comme les deux faces d’un même processus traduisant la réparation d’un premier mouvement destructeur… Rappelons enfin, pour ouvrir la discussion, que la boucle est bel et bien bouclée pour James Cameron à la fin du deuxième film puisqu’à la double casquette de scénariste et de réalisateur dans le premier film il se met lui-même en scène dans le second  il s’ajoute celle de producteur : la seule place qui lui manquait d’occuper et qui fut à l’origine de ses déboires lors de son expérience de coréalisation avant ça.

Publicités
Poster un commentaire

réponse ? ou commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :